‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 102 sur 168 · Un des amis de Gresset, à tous · texte numérisé non relu

Un des amis de Gresset, à tous

LEFRANG DE POMPIGNAW ,

POMPIGNAN (Jeaw-Jaoqcês Lbf*anc Marquis 4e) issu d'une famille qui occupait un rang distingué «tans la magistrature» naquit à Montauban , et y fut avocat-général et premier président de la Cour des aides. Une grande facilité et une imagination vive lui permirent défaire marcher de front le droit et les lettres. A 25 ans, il donna au public sa tragédie de Didon, dans laquelle il s'était efforcé . d'imiter le style si pur de Racine. Le succès de cette tragédie révéla an poète remarquable; ses Poésies sacrées et surtout ses Odes ajoutèrent à sa réputation , et lui ouvrirent les portes de l'Académie. Cet honneur devint l'occasion de chagrins qui empoisonnèrent sa vie. Il attaqua, dans son discours de réception, les philosophes, aux suffrages desquels il devait son élection ; il blâma amèrement leurs doctrines , les accusa de saper le trône et la religion. Ce discours fit éclater contre lui une conspiration générale : on attaqua ses ouvrages avec acharnement, et Ton tenta de faire perdre à l'auteur l'estime publique , en répandant la calomnie sur sa vie. Pour mettre un terme à ces attaques violentes , Lefranc de Pompignan quitta Paris, et se retira dans sa terre , où il vécut occupé du bien-être de ses vassaux, et se livrant, pour ainsi dire, en secret à l'étude des lettres , comme s'il avait fait assea pour que la pastértté le vengeât. Vers la un de sa carrière il tomba dans un état de découragement et de mélancolie , à la suite duquel il devint fou.

Il mourut en 1784, à Page de 75 ans, laissant la réputation d'un homme de bien , d'un écrivain remarquable et d'un magistrat éclairé.

Désespoir de DMon.

Ce guerrier magnanime , et ce mortel pieux Qui sauva de la flamme et son père et ses dieux !

272 vers.

Le parjure abusait de ma faiblesse extrême ;

Et la gloire n'est point à trahir ce qu'on aime.

Du sang dont il naquit j'ai dû, me défier,

Et de Laomédon connaître l'héritier.

Cruel , tu t'applaudis de ce triomphe insigne;

De tes lâches aïeux , va , tu n'es que trop digne.

Mais tu me fuis en vain , mon ombre te suivra.

Tremble , ingrat , je mourrai , mais ma haine vivra.

Tu vas fonder le trône où le destin t'appelle;

Et moi je te déclare une guerre immortelle.

Mon peuple héritera de ma haine pour toi :

Le tien doit hériter de ton horreur pour moi.

Que ces peuples rivaux , sur la terre et sur l'onde ,

De leurs divisions épouvantent le monde !

Que pour mieux se détruire ils franchissent les mers;

Qu'ils ne puissent ensemble habiter l'univers;

Qu'une égale fureur sans cesse les dévore ,

Qu'après s'être assouvie , elle renaisse encore ;

Qu'ils violent entre eux et la foi des traités ,

Et les droits les plus saints et les plus respectés !

Qu'excités par mes cris , les enfants de Carthage

Jurent dès le berceau de venger mon outrage ;

Et puissent en mourant mes derniers successeurs

Sur tes derniers neveux être encor mes vengeurs !

[Didon.)

David pleure la mort de Saûl et de Jonalbae.

Considère tes disgrâces , Peuple abandonné des cieux ; La mort a souillé tes traces Du sang le plus précieux.

Elle a frappé tes collines , Tes champs sont pleins de ruines , L'appui du trône est tombé.

Ces chefs long-temps invincibles , Ces chefs si forts , si terribles , Comment ont-ils succombé ?

LEFRÀiNC DE P0MP1GNAN. 275

Légions Israélites,

Dissimulez vos douleurs ; *

Aux cruels Ascalonites

N'annoncez pas nos malheurs.

O Juda v que ta tristesse

Se dérobe à l'allégresse

Des femmes des Philistins ;

Et n'augmentons pas la joie

Où ce peuple impur se noie

Dans les jeux et les festins.

De sang montagne arrosée , Séjour de trouble et d'effroi , Gelboé , que la rosée Ne tombe jamais sur toi ; Que dans tes flancs l'eau tarisse , Que tout germe s'y flétrisse , Que tout fruit sèche en sa fleur ; Monument triste et durable De l'outrage irréparable Qu'a souffert l'oint du Seigneur.

La Mort attachait ses ailes Aux flèches de Jonathas ; Saûl, des rois infidèles Exterminait les soldats.

Fils aimable , père illustre , Que vous répandiez de lustre Sur nos jours les moins brillants !

Que d'exploits sous de tels guides !

Les aigles sont moins rapides , Et les lions moins vaillants.

Toujours unis , la mort même Ne les a point séparés.

Objets de ma crainte extrême»

Filles d'Israël, pleurez :

Pleurez des maîtres si justes , Qui , dans nos fêtes augustes , Versaient leurs dons sur vos pas , Et dont les mains triomphantes De parures éclatantes Ornaient vos jeunes appas.

Vous adoriez leur empire ,

C'en est fait , ils ont vécu ;

Dieu loin de nous se retire ,

Et l'idolâtre a vaincu.

Quels nouveaux guerriers s'avancent ?

Quels vils ennemis s'élancent

Des vallons de Jesraël ?

Par des armes méprisées ,

Comment ont été brisées

Les colonnes d'Israël ?

Héros du peuple fidèle , Prince tendre et généreux, Tu meurs : ô douleur mortelle Pour ton ami malheureux !

O Jonathas\ ô mon frère , Je t'aimais comme une mère Aime son unique enfant !

Avec toi notre courage Disparaît comme un nuage Qu'emporte un souffle de vent

Souvenirs de la Captivité.

Captifs chez un peuple inhumain, Nous arrosions de pleurs les rives étrangères ;

Et le souvenir du Jourdain , A l'aspect de l'Euphrate augmentait nos misères.

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