‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 103 sur 168 · LEFRANC DE POMPIGNAN · texte numérisé non relu

LEFRANC DE POMPIGNAN

Aux arbres qui couvraient ses eaux Nos lyres tristement demeuraient suspendues ,

Tandis que nos maîtres nouveaux Fatiguaient de leurs cris nos tribus éperdues.

Chantez , nous disaient ces tyrans , Les hymnes préparés pour vos fêtes publiques ;

Chantez , et que vos conquérants Admirent de Sion les sublimes cantiques.

Ah ! dans ces climats odieux , Arbitre des humains, peut-on chanter ta gloire ?

Peut-on dans ces funestes lieux Des beaux jours de Sion célébrer la mémoire ;

De nos aïeux sacré berceau , Sainte Jérusalem , si jamais je t'oublie $

Si tu n'es pas jusqu'au tombeau L'objet de mes désirs et l'espoir de ma vie ;

Rebelle aux efforts de mes doigt»

Que ma lyre se taise entre mes mains glacées !

Et que l'organe de ma voix Ne prête plus de son à mes tristes pensées !

Rappelle-toi ce jour affreux , Seigneur , où d'Esaiï la race criminelle

Contre ses frères malheureux Animait du vainqueur la vengeance cruelle.

Égorgez ces peuples épars ; Consommez , criaient-Us , les vengeances divines ;

Brûlez , abattez ces remparts Et de leurs fondements dispersez les ruines.

276 vers.

Malheur à tes peuples pervers Reine des nations , fille de Babylone !

La foudre gronde dans les airs ; Le Seigneur n'est pas loin ; tremble , descends du trône !

Puissent tes palais embrasés Éclairer de tes rois les tristes funérailles ;

Et que sur la pierre écrasés Tes enfants de leur sang arrosent tes murailles !

[Poétieê sacrétê.i

La Mort de J.-B. Routteaa.

Quand le premier chantre du monde Expira sur les bords glacés Où l'Ebre, effrayé dans son onde , Reçut ses membres dispersés ; Le Thrace errant sur les montagnes Remplit les bois et les campagnes Du cri perçant de ses douleurs ; Les champs de l'air en retentirent , Et dans les antres qui gémirent Le lion répandit des pleurs.

La France a perdu son Orphée ; Muses , dans ces moments de deuil , Elevez le pompeux trophée Que vous demande son cercueil ; Laissez , par de nouveaux prodiges.

D'éclatants et dignes vestiges D'un jour marqué par vos regrets.

Ainsi , le tombeau de Virgile Est couvert du laurier fertile Qui par vos soins ne meurt jamais.

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