LEFRANC DE POMPIGNAN
D'une brillante et triste vie Rousseau quitte aujourd'hui les fers; Et, loin du ciel de sa patrie , La mort termine ses revers.
D'où ses maux ont-ils pris leur source î Quelles épines , dans sa course , Etouffaient les fleurs sous ses pas ?
Quel ennuis , quelle vie errante !
Et quelle foule renaissante D'adversaires et de combats !
Le Nil a vu sur ses rivages Les noirs habitants des déserts Insulter par leurs cris sauvages L'astre éclatant de l'univers.
Cris impuissants, fureurs bizarres !
Tandis que ces monstres barbares Poussaient d'insolentes clameurs, Le dieu, poursuivant sa carrière , Versait des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.
Souveraine des chants lyriques , Toi que Rousseau, dans nos climats , Appela des jeux olympiques Qui semblaient seuls fixer ses pas :
Par qui ta trompette éclatante , Secondant ta voix triomphante, Formera-t-elle des concerts ?
Des héros muse magnanime , Par quel organe assez sublime Vas-tu parler à l'univers ?
Favoris , élèves dociles De ce ministre d'Apollon ,
278 vers.
Vous à qui ses conseils utiles Ont ouvert le sacré vallon :
Accourez , troupe désolée , Déposez sur son mausolée Votre lyre qu'il inspirait !
La mort a frappé votre maître , Et d'un souffle a fait disparaître Le flambeau qui vous éclairait.
Et vous , dont sa fière harmonie Egala les superbes sons , Qui reviviez dans ce génie Formé par vos seules leçons :
Mânes <T Alcée et de Pindare , Que votre suffrage répare La rigueur de son sort fatal ; Dans la nuit du séjour funèbre , Consolez son ombre célèbre , Et couronnez votre rival.