BERNARD
BERNARD (Phare-Joseph ), né à Grenoble, fit ses études à Lyon chez les Jésuites avec assez de succès pour que ces pères voulussent l'attacher à leur ordre ; mais Bernard s'y refusa, vint à Paris et y composa ses premières poésies. De l'étude d'un notaire , il passa en Italie, où le maréchal de Goigny le fit son secrétaire, à la condition qu'il ne ferait plus de vers. En mourant, le maréchal le recommanda à son fils, qui lui procura la charge de secrétaire général des dragons.
Bernard alors dans une position assez heureuse pour se livrer à son goût pour la poésie et les plaisirs, fut recherché dans toutes les sociétés choisies, pour tes grâces de son esprit et pour cette fleur d'urbanité qui caractérisait la bonne compagnie d'alors.
Bernard a composé Castor et Pollux, opéra qui eut un grand succès, l'Art d'Aimer, poëme en quatre chants, Phrosine et Mélùbre, et de petites pièces qui sont, pour ainsi dire, les seuls de ses ouvrages qu'on lise aujourd'hui. Il n'avait pas d'ambition littéraire, et ne songea jamais à se présenter à l'Académie , où il eût pu être reçu. Il était grand mangeur, jouait volontiers, lisait peu; en général son cœur et son esprit avaient peu besoin d'activité.
La nature de ses travaux et l'aménité de ses relations lui firent donner le nom de Gentil Bernard,
L'excès des plaisirs abrégea sa vie ; il n'avait que soixante-cinq ans quand il mourut, et il était déjà tombé en enfance.
Épttre «nr l'Hlrar.
De l'urne céleste Le signe funeste
Domine sur nous; Et sous lui commence L'humide influence De l'Ourse en courroux.
L'onde, suspendue Sur les monts voisins , Est dans nos bassins En vain attendue. Ces bois , ces ruisseaux N'ont rien qui m'amuse :
La froide Aréthuse Fuit dans les roseaux ; C'est en vain qu'Alphée Mêle avec ces eaux Son onde échauffée.
< Telle est des saisons La marche éternelle , Des fleurs , des moissons , Des fruits, des glaçons.
Ce tribut fidèle Qui se renouvelle Avec nos désirs , En changeant nos plaines , Fait tantôt nos peines , Tantôt nos plaisirs.
Cédant nos campagnes Au tyran des airs , Flore et ses compagnes Ont fui ces déserts.
Si quelqu'une y reste , Son sein outragé Gémit, ombragé D'un voile funeste.
La Nymphe modeste Versera des pleurs Jusqu'au temps des fleurs.