‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 106 sur 168 · BERNARD · texte numérisé non relu

BERNARD

Quand d'an vol agile L'Amour et les Jeux Passent dans la ville, J'y passe avec eux.

Sur la double scène Suivant Melpomène Et ses jeux nouveaux , Je vais voir la guerre Des auteurs nouveaux Qu'on juge au parterre.

Là , sans affecter Les dédains critiques, Je laisse avorter Les brigues publiques.

Du beau seul épris, Envie ou mépris Jamais ne m'enflamme ; Seulement dans l'âme J'approuve ou je blâme, Je bâille ou je ris.

BERNIS (François-Joachiu-Pierbè m) , desthrê à l'église dès l'enfance , fit ses études ecclésiastiques au séminaire de Saint-Sulpice. Trop dissipé pour se faire aimer du sévère Couturier, supérieur de ce séminaire , il entra dans le chapitre de Lyon , et revint bientôt à Paris. La meilleure compagnie le rechercha. Ses grâces, son esprit, son enjouement, et la bonté de son âme le firent aimer de tout le monde : ses vers et ses poésies légères surtout le firent admettre dans les sociétés les plus brillantes. Mais le vieux cardinal de Fleury ne put approuver cet air de dissipation. Il lui dit de ne rien espérer de lui tant qu'il vivrait : « Monseigneur, j'attendrai », répondit de Bernis, et il continua de faire des vers.

Bernis acquit la bienveillance de la marquise de Pompadour par une chanson faite en son honneur. Elle lui fit donner l'ambassade de Venise.

Bernis, de retour à Versailles, y joua un assez grand rôle. Il eut beaucoup de part au traité de 1756 entre la France et l'Autriche contre la Prusse.

Nommé ensuite ministre des affaires étrangères, cardinal, puis disgracié, rappelé en 1764, nommé archevêque d'Albi, envoyé à Rome et chargé de défendre dans le conclave les intérêts de la France et de l'Espagne auprès du pape, il déploya beaucoup d'habileté et poursuivit activement la destruction de l'ordre des Jésuites. Il se fixa ensuite à Rome.

• La fin de sa carrière fut pénible. La révolution lui ôta 400,000 livres de rente et le réduisit presque au dénuement. Il vécut alors d'une pension qu'on obtint pour lui de l'Espagne.

Il mourut à Rome en 1794 , à l'âge de soixante-dix-neuf ans.

BERMS. 283

Une divinité volage Nous anime et nous conduit tous ; .

C'est elle qui dans le même âge Renouvelle cent fois nos goûts :

Ainsi, pour peindre l'origine De nos caprices renaissants, * Regarde une troupe enfantine, Qui , par des tuyaux différents , Dans Tonde où le savon domine Forme des globes transparents.

Un souffle à ces boules légères Porte l'éclat brillant des fleurs , De leurs nuances passagères Un souffle nourrit les couleurs :

L'air , qui les enfle et les colore , En voltigeant sous nos lambris , Leur donne ou lç fraîcheur de Flore , Ou te teint ambré de l'Aurore , Ou le vert inconstant d'Iris.

Mais ce vajp chef-d'œuvre d'Éole , Qu'un souffle léger a produit , Dans l'instant qu'il brille et qu'il vole , Par «tn souffle s'évanouit.

Français, connaissez votre image :

Des modes vous êtes l'ouvrage , Leur souffle incertain vous oendrat Vous séduisez ; l'on rend hommage A l'illusion qui vous suit :

Mais ce triomphe de passage , Effet rapide de l'usage , Par un autre usage est détruit.

28ft VERS.

Fontenelle.

Tes jours comblés d'honneurs et tissus de plaisirs ,

Tes beaux jours , cher Fontenelle , Semés d'heureux travaux et de riants loisirs, Consacrent à jamais la raison éternelle Qui dirigea tes pas et régla tes désirs.

On vit un céleste génie l'apporter tour à tour le compas d'Uranie , La plume de Glio , la lyre des Amours. La gloire répandit ses rayons sur ta vie ; Mais la seule raison en étendit le cours. Les martyrs de l'orgueil prodiguent sans réserve

Leurs jours pour saisir des moments; La gloire , sur ses pas , fait périr ses amants ,

Et la sagesse les conservé.

En s'éclairant soi-même , éclairer l'univers ; Mériter un grand nom ; sentir qu'il est frivole ; Enlever sans effort ces lauriers toujours verts Qu'emporte loin de nous la gloire qui s'envole; Désirer d'être grand sans cesser d'être heureux ; • Enrichir son esprit en prolongeant sa \ie ; Mépriser la faveur et consoler l'envie ; Désarmer ses rivaux , régner sur ses neveux : Tel est l'objet du sage , et telle est ton histoire.

(RpilrtàFenUntU*.)

Description poétique eu natta*

Le feu des étoiles Commence à pâlir; La nuit dans ses voiles Court s'ensevelir :

L'ombre diminue , Et comme une nue

b^nis. 285

S'élève et s'enfuit; Le jour la poursuit, Et par sa présence Chasse le silence, Enfant de la nuit L'amoureux satire, Au malin sourire, Déjà dans les bois Conte son martyre :

Mais, sourde à sa voix, La nymphe timide Fuit d'un pas rapide.

Mais déjà l'Aurore Du feu de ses yeux Embellit et dore Les portes des cieux :

Son teint brille encore Des vives couleurs Qu'on voit sur les fleurs Qu'elle fait éclore.

Le dieu du repos , Couvert de pavots, Remonte avec peine Sur son char d'ébène.

Dans les airs portés , Les aimables songes , Suivis des mensonges, Sont à ses côtés :

Sur un lit de roses Fraîchement écloses Flore du grand jour Attend le retour.

L'abeille agissante , Fidèle au travail , De la fleur naissante

Enlève l'émail, Tandis que , moins sage , Le papillon vain Parcourt en volage La rose et le thym.

Tandis qu'à pas lents Le bouvier rustique Traîne dans les chaaape Sa charrue antique , Au bord des ruisseaux Où naît la fougère La jeune bergère Conduit ses troupeaux.

Une clarté pure Éclaire ces lieux, Et dans sa parure La simple nature Vient frapper imms yeux.

Philomète éveille Par ses doux concerts Écho qui sommeille Au fond des déserts»

En prenant sa route Au plus haut des deux , Phébus glorieux Pousse sous leur voûte Son char radieux.

Le Bleu de Sptnesa.

Je vis sortir alors des débris de la terre

Un énorme géant. Que dis-je ? un monde entier ,

Un colosse infini, mais pourtant régulier.

Sa tête est à mes yeux une montagne horrible ;

Ses cheveux, des forêts; son œil sombre et terrible,

BERNTS. 287

Une fournaise ardente, un abîme enflammé.

Je crois voir l'univers en un corps transformé.

Dans ses moindres vaisseaux serpentent des fontaines,

Le profond Océan bouillonne dans ses veines ;

La robe qui le couvre est le voile des airs :

Sa tête touche aux deux et ses pieds aux enfers.

H paraît : la frayeur de mon âme s'empare :

Mais dans le trouble affreux où mon esprit s'égare ,

Plus tremblant que soumis, plus surpris qu'agité ,

Je cherche en lui les traits de la divinité,

Lorsqu'appuyant vers moi sa paupière enrayante,

Il m'adresse ces mots d'une voix foudroyante :

« Cesse de méditer dans ce sauvage lieu ,

Homme , plante, animaux, esprit, corps, tout est Dieu.

Spinosa le premier connut mon existence,

Je suis l'être complet et l'unique substance :

La matière et l'esprit en sont les attributs ,

Si je n'embrassais tout, je n'existerais plus.

Principe universel , je comprends tous les êtres ;

Je suis le souverain de tous les autres maîtres.

Les membres différents de ce vaste univers

Ne composent qu'un tout , dont les modes divers,

Dans les airs , dans les cieux , sur la terre et sur l'onde ,

Embellissent entre eux le théâtre du monde. »

Le* Poètes lyriques»

A-t-on vu l'aigle au vol rapide Quitter le vaste champ de l'air Pour raser d'une aile timide Les bords arides de la mer ?

Non : plus hardi dans sa carrière , Jusqu'au séjour de la lumière Il perce d'un vol assuré ; Et là , devenu plus tranquille ,.

288 vers.

Il soutient d'un œil immobile Les feux dont il est entouré.

Ainsi les poètes célèbres , Ainsi les esprits créateurs Laissent ramper dans les ténèbres Le peuple orgueilleux des auteurs.

Ennemis des routes connues , Ils volent au-dessus des nues ; Ils s'ouvrent le palais des dieux :

Aussi promptes que la pensée, Leurs muses , rivales d' Alcée , Vont se reposer dans les cieux.

Pindare , ce peintre sublime , Marche sans ordre et sans dessein ; Ce n'est pas l'esprit qui l'anime , C'est un dieu caché dans son sein.

Aux champs de Mars ce fier Tyrtée Souffle le feu que Prométhée Ravit au céleste séjour.

Plus grand encor , le seul Horace Réunit la force , la grâce , Et chante Bellone et l'Amour.

Qu'entends-je ? les sons de la lyre Font taire les sistres gaulois ; La raison règle le délire , fit l'enthousiasme a des lois.

J'aperçois le sage Malherbe Assis sur le trône superbe De Stésichore et de Linus :

Quinaut , rempli de leur génie , Accorde aux chants de Polymnie Le luth de la tendre Vénus.

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