‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 111 sur 168 · LEMIERRE · texte numérisé non relu

LEMIERRE

Mortel, jusques aux deux élève ta prière ; Demande au Tout-Puissant , non pas que la poussière Qu'on jette sur ces morts soit légère à leurs os; Ce n'est point là que l'homme a besoin de repos; Et l'âme , qui du corps a dépouillé l'argile , Cherche au sein de Dieu même un éternel asile.

Le Clair de lune*

Mais de Diane au ciel l'astre vient de paraître ; Qu'il luit paisiblement sur ce séjour champêtre ! Éloigne tes pavots, Morphée, et laisse-moi Contempler ce bel astre, aussi calme que toi. Cette voûte des cieux mélancolique et pure, Ce demi-jour si doux levé sur la nature, Ces sphères qui, roulant dans l'espace des cieux, Semblent y ralentir leur cours silencieux ; Du disque de Phébé la lumière argentée, En rayons tremblotants sous ces eaux répétée ; Ou qui jette en ces bois, à travers les rameaux, Une clarté douteuse et des jours inégaux. Des différents objets la couleur affaiblie, Tout repose la vue, et l'âme recueillie. Reine des nuits, l'amant devant toi vient rêver, Le sage réfléchir, le savant observer.

Il tarde au voyageur, dans une nuit obscure, Que ton pâle flambeau se lève et le rassure : Le ciel d'où tu me luis est le sacré vallon, Et je sens que Diane est la sœur d'Apollon.

(Ut Fa$U$,]

L'OrlflDe de la Flûte.

L'Arcadie, autrefois si riche en ses campagnes, Vit une hamadryade errer sur ses montagnes;

298 vers.

Syrinx était son nom : la beauté de ses traits

Des Nymphes d'alentour effaçait les attraits:

Belle, mais inhumaine, elle avait, par la fuite,

Du Faune et du Satyre éludé la poursuite :

O Diane ! elle avait ta grâce enchanteresse,

Ta démarche , ton air et ta chaste rudesse :

On la prendrait pour toi , si son arc était d'or ,

Et souvent toutefois on s'y trompait encor.

Le dieu Pan l'aperçoit, il descend des montagnes :

« En beauté , lui dit-il , vous passez vos compagnes ;

Je suis dieu , je vous aime , et le Ciel m'est témoin. . . »

A peine a-t-il parlé , la nymphe est déjà loin :

Vers les bords du Ladon elle fuyait craintive ;

Son amant la poursuit et l'atteint sur la rive.

Ciel ! comment échapper ? La voilà , dans ce lieu,

Entre les eaux du fleuve et les transports du dieu.

« Nymphes, à mon secours I » de loin s'écria-t-efle;

Elle trembla , pâlit , et n'en fut. que plus belle.

Diane la transforme ; et Pan , qui sous les eaux !

Courait pour l'embrasser , embrasse des roseaux.

Il se plaint , il gémit ; mais , tandis qu'il soupire , |

Les airs furent émus par un léger zéphyre , j

Et tout -à-coup du creux des roseaux frémissants *

Il entendit sortir je ne sais quels accents.

De quel étonnement son âme fut atteinte !

C'était l'air dans les joncs qui répétait sa plainte.

« Ingrat objet , dit-il , qui dédaignais ma foi ,

Ta forme a disparu , tu ne peux être à moi;

Mais je veux qu'à jamais , malgré mon sort funeste ,

A l'aide de ces joncs quelque entretien nous reste. »

Il dit, et dans l'instant il coupe des roseaux,

Ouvre à l'air un passage en ces divers tuyaux,

Les presse de sa lèvre , et des sons qu'il en tire

Naissent les doux accents que la flûte soupire.

Ainsi la fable a su , par un emblème heureux ,

De l'amour et des arts nous découvrir les nœuds.

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