LEBRUN
Eût-il sans ce tableau magique.
Dont son noble cœur est flatté , Rompu le charme léthargique De l'indolente Volupté ?
Eût-il dédaigné les richesses?
Eût-il rejeté les caresses Des Circés aux brillants appas ?
Et, par une étude incertaine, Acheté l'estime lointaine Des peuples qu'il ne verra pas ?
Ainsi, l'active chrysalide, Fuyant le jour et le plaisir , Va filer son trésor liquide Dans un mystérieux loisir.
La nymphe s'enferme avec joie Dans ce tombeau d'or et de soie Qui la voile aux profanes yeux , Certaine que ses nobles veilles Enrichiront de leurs merveilles Les rois, les belles et les dieux.
Ceux dont le présent est l'idole
Ne laissent point de souvenir :
Dans un succès vain et frivole
Ils ont usé leur avenir.
Amants des roses passagères,
Us ont les grâces mensongères
Et le sort des rapides fleurs ;
Leur plus long règne est d'une aurore :
Mais le temps rajeunit encore
L'antique laurier des neuf sœurs.
Jusques à quand de vils Procustes Viendront-ils au sacré vallon,
Souillant ces retraites augustes, Mutiler les fils d'Apollon?
Le croirez-vous, races futures?
J'ai vu Zoïle aux mains impures, Zoïle outrager Montesquieu!
Mais quand la Parque inexorable Frappa cet homme irréparable, Nos regrets en firent un dieu.
Quoi ! tour à tour dieux et victimes, Le sort fait marcher les talents Entre l'Olympe et les abîmes, Entre la satire et l'encens !
Malheur au mortel qu'on renomme !
Vivant, nous blessons le grand homme ; Mort, nous tombons à ses genoux.
On n'aime que la gloire absente :
La mémoire est reconnaissante ; Les yeux sont ingrats et jaloux.
Buffbn, dès que, rompant ses voiles Et fugitive du cercueil, De ces palais peuplés d'étoiles Ton âme aura franchi le seuil ; Du sein brillant de l'empyrée Tu verras la France éplorée T'offrir des honneurs immortels, Et le temps, vengeur légitime, De l'envie expier le crime, Et l'enchaîner à tes autels.
Letonn w promet rtmmorttUtté.
Grâce à la muse qui m'inspire.
Il est fini ce monument