LÉONARD
iVirai-je plus in'asseoir à l'ombre des grenades , Du jasmin virginal qui formait ces arcades , Et du pâle oranger vacillant dans les airs? Là , le soleil brillant n'attend point que l'aurore Ouvre devant son char les barrières du jour ; Il part comme un géant , des rivages qu'il dore , Atteint, du premier pas , la moitié de son tour, Et commande aux vents frais qui composent sa cour De souffler sur ces lieux que sa flamme dévore. Là , des bois sont couverts d'un feuillage éternel , Et des fleuves roulant dans un vaste silence , fiaignent des régions qui , loin de l'œil mortel , Étalent vainement leur superbe opulence.
D'antiques animaux habitent ces déserts : Peuple heureux! de nos traits il ignore l'atteinte; Et tandis que sa race a végété sans crainte , Des siècles écoulés ont changé l'univers.
(Ttmpttde Gnide.l
ROUCHER (J.-A.) naquit à Montpellier, le 22 février 1745. Ce poète , moissonné dans la force de Page par la faux révolutionnaire, le même jour et presqu'au même instant qu'André Chénier, nous a laissé un poème des M&iar plus remarquable par la richesse des détails que par la science qui a présidé à l'ensemble de la composition. Quelques unes de ses» poésies- qu'on a publiée» dans différents recueils prouvent qu'il avait un talent flexible et qu'il était capable de produire dans le genre lyrique désœuvrés belles et durables.
Les Glaciers des Alpes.
Monts chantés par Haller, recevez un poëte , Errant parmi ces monts, imposante retraite, Au front de Grindelval je m'élève et je voi. . . Dieu ! quel pompeux spectacle étalé devant moi ! Sous mes yeux enchantés la nature rassemble Tout ce qu'elle a d'horreurs et de beautés ensemble. Dans un lointain qui fuit un monde entier s'étend : Et comment embrasser ce mélange éclatant De Verdure, de fleurs, de moissons ondoyantes, De paisibles ruisseaux, de cascades bruyantes, De fontaines, de lacs, de fleuves, de torrents ? D'hommes et de troupeaux sur les plaines errants ? De forêts de sapins au lugubre feuillage? De terrains éboulés? de rocs minés par l'âge, Pendants sur des vallons où le printemps fleurit ?