FONT ANES
FONTANES (Louis, marquis de) naquit à Niort (Deux-Sèvres). 11 débuta dans la carrière littéraire par la traduction de V Essai sur l'homme de Pope. Le style pur et brillant de cet ouvrage donna une opinion avantageuse du goût et du talent de l'auteur, que les petits poèmes du Cloître des Chartreux, du Verger et de la Forêt de Navarre, le Jour des morts dans une campagne, poème imité de Grav, placèrent au rang des littérateurs les plus distingués de son temps. Il faut reconnaître toutefois que ce n'est ni par la grandeur, ni par l'originalité des idées, que Fontanes s'est fait un nom; de sorte qu'aujourd'hui c'est plutôt un versificateur correct qu'un grand poète.
On sait que Fontanes fut, sous le nom de Grand-Maître, le premier chef de l'Université impériale. Sous la restauration, cette dignité fut supprimée, et il ne fut plus que Pair de FraLce.
Fontanes, nommé membre de la seconde classe de l'Institut (Académie française), à l'époque de son organisation, mourut à Paris le 17 mars 1820.
La Raison et r Amour-propre.
L'homme de deux pouvoirs suit la force contraire, L'amour-propre qui meut, la raison qui modère : Utiles tous les deux, s'ils remplissent leurs lois, Nuisibles tous les deux, s'ils confondent leurs droits. Bannissez Tamour-propre, et l'âme en léthargie Perd, dans un froid repos, son active énergie. Bannissez la raison, et l'âme ne sait plus Gouverner de ses vœux le flux et le reflux.
FONTÀNES. 397
Telle, au bord du marais, la plante solitaire Naît, croît et multiplie, et pourrit sur la terre; Ou tel un météore, en son cours inconstant, Détruit tout, et lui-même est détruit à l'instant. L'amour-propre est ardent, il presse, il sollicite, Et, sans cesse agité, sans cesse nous agite : La tranquille raison doute et juge à loisir, Et, la balance en main, elle hésite à choisir. Sur les objets présents l'amour-propre s'élance, Dévore et perd soudain sa prompte jouissance ; Tandis que la raison, heureuse avec lenteur, Calcule, assure, attend et prévoit le bonheur. L'homme veut avec force, et résiste avec peine. Si l'aveugle amour-propre au hasard nous entraîne, Il faut que la raison, nous prêtant son appui, Toujours veille, attentive à lutter contre lui; Elle croît par le temps et par l'expérience ; Tous deux de l'amour-propre accusent l'imprudence. La raison, l'amour-propre, ont le même désir, Ils évitent la peine, ils cherchent le plaisir. Mais l'un cueille la rose avant qu'elle fleurisse, L'autre en suce le miel sans blesser le calice. Dans le champ du plaisir, que l'œil de la raison Des innocentes fleurs distingue le poison. Heureux si, modérant une indiscrète envie, Tu ne portes la main qu'à l'arbre de la vie; Malheureux, si ton cœur succombait aux appas De ce fruit défendu qui donne le trépas !
Des passions en nous l'amour-propre est le père, Leur instinct se ressemble, et leur marche diffère ; Un bien réel ou faux est l'objet de leurs vœux : Tout mortel ici-bas a le droit d'être heureux : La loi de la nature avant tout veut qu'il s'aime, Et lorsque d'un bonheur concentré dans lui-même Il peut jouir en paix sans offenser autrui,
398 vers.
Son intérêt l'absout, la raison est pour lui Mais quand la passion, par son but ennoblie, Pour l'intérêt de tous elle-même s'oublie, Elle change de nom, et devient la vertu !
(L'Euai sur l'homme.
Le Tasse.
Le Tasse, errant de ville en ville,
Un jour, accablé de ses maux, *
S'assit près du laurier fertile
Qui, sur la tombe de Virgile,
Étend toujours ses verts rameaux.
En contemplant l'urne sacrée,
Ses yeux de larmes sont. couverts;
Et là, d'une voix éplorée,
Il raconte à l'ombre adorée
Les longs tourments qu'il a soufferts.
Il veut fuir l'ingrate Àusonie ; Des talents il maudit le don , Quand, touché des pleurs du génie, Devant le ch antre d'Herminie Paraît le chantre de Didon.
«« Eh quoi , dit-il , tu fis Ârmlde , Et tu peux accuser ton sort!
Souviens-toi que le Méonide * , Notre modèle et notre guide , Ne devint grand qu'après sa mort.
» L'infortune, en sa coupe amère , L'abreuva d'affronts et de pleurs; Et quelque jour un autre Homère Doit, au fond d'une île étrangère , Mourir aveugle et sans honneurs.