FONTANES
» Plus heureux, je passai ma vie Près d'Horace et de Varius; Pollion, Auguste et Livie, Me protégeaient contre l'envie, Et faisaient taire Mévius.
» Mais Énée aux champs de Laurente Attendait mes derniers tableaux , Quand près de moi la mort errante Vint glacer ma main expirante , Et fit échapper mes pinceaux.
» De l'indigence et du naufrage Camoëns connut les tourments :
Naguère les nymphes du Tage, Sur leur mélodieux rivage , Ont redit ?es gémissements.
» Ainsi , les maîtres de la lyre Partout exhalent leurs chagrins ; Vivants; la haine les déchire , Et ces dieux que la terre admire Ont peu compté de jours sereins.
» Longtemps la gloire fugitive Semble tromper leur noble orgueil ; La gloire enfin pour eux arrive , Et toujours sa palme tardive Croît plus belle au pied d'un cercueil
» Torquato l , d'asile en asile L'envie ose en vain t'outrager; Enfant des Muses , sois tranquille , Ton Renaud 2 vivra comme Achille :
L'arrêt du temps doit te venger.