‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 129 sur 168 · C'est le prénom du Tasse. 2. Héros du Tasse · texte numérisé non relu

C'est le prénom du Tasse. 2. Héros du Tasse

» Le bruit confus de la cabale A tes pieds va bientôt mourir ; Bientôt à moi-même on t'égale, Et pour ta pompe triomphale Le Capitole va s'ouvrir K »

Virgile a dit. O doux présage !

A peine il rentre en son tombeau , Et le vieux laurier qui l'ombrage , Trois fois inclinant son feuillage , Refleurit plus fier et plus beau.

Les derniers mots que l'ombre achève Du Tasse ont calmé les regrets ; Plein de courage il se relève, Et tenant sa lyre et son glaive , Du destin brave tous les traits2.

(Ode à M. de Chai taubr iand.)

1. Le Tasse fut, en effet, couronnéau Capitole le 15 avril 1595 ; mais ce n'était plus qu'un cadavre. Il était mort la veille.

2. Pour bien comprendre l'apropos et la valeur de ces stances, il faut se rappeler que les Martyrs de M. de Chateaubriand ayant eu fort peu de succès dans le premier moment, et l'auteur ayant été profondément blessé et découragé par cette injustice, Fontanes, son ami , entreprit de relever son rourage, parla narration précédente, où il a mis, il faut l'a-

vouer, une vérité de sentiments et un charme de diction qu'on ne trouve pas souvent chez lui. Il terminait par des stances adressées directement à son ami,

Chateaubriand , le sort du Tasse, Boit ^instruire et te consoler.

Trop heureux qui , suivant sa trace, Au prix de la même disgrâce Dans l'avenir peut régaler.

et lui annonçait le retour des applaudissements et de l'admiration du public ; retour qui ne s'est pa»

fait attendre.

LE BAILLT,

LE BAILLY (Antoine-François) naquit à Caen , le à avril 1758. Les opéras qu'il a donnés et les poésies qu'il a publiées n'ont laissé ni trace ni souvenir; mais son recueil de Fables renferme des apologues ingénieux, dont il est bon de connaître au moins quelques uns. Le Bailly reproduit souvent avec bonheur la manière de La Fontaine. Son style n'a pas l'élégance de celui de Florian , mais il a de la vérité, de la franchise et de l'abandon.

Le Sage et le Conquérant.

Sorti vainqueur de cent combats , Et fier d'avoir porté le deuil et les alarmes

Jusques aux plus lointains climats, Un nouveau Tamerlan visitait les états

Soumis au pouvoir de ses armes. * Un sage , par hasard , accompagnait ses pas ;

Sage qui ne le flattait pas ; Mais on vantait son talent oratoire , Et F adroit conquérant l'admettait à sa cour,

Espérant le charger un jour

Du soin d'écrire son histoire.

Épuisés de fatigue , ils arrivent tous deux

Au sommet d'un roc sourcilleux,

Où le Tartare enfin s'arrête, Jaloux de contempler sa dernière conquête : C'était jadis une vaste cité

Qu'embellissaient les arts , enfants de l'opulence ; Mais en proie au pillage , à la férocité , Ce n'était plus alors qu'une ruine immense. Le sage , à cet aspect , se sent glacé d'horreur.

« Regarde , lui dit k vainqueur , C'est là que j'ai livré dix assauts , vingt batailles;

Là que les ennemis surpris

M'ont abandonné leurs murailles ; Ici , que par milliers des soldats aguerris

Ont rencontré leurs funérailles.

Quels beaux titres de gloire ! ils sont partout écrits. — Ah ! lui répond le sage , osez-vous bien le croire ?

Non , je ne vois autour de ces remparts Que -cendres , que débris et qu'ossements épars :

Vainement j'y cherche la gloire. »

L'Occasion manquée.

Maître Lambin dans son petit ménage Aurait pu vivre heureux ; il avait deux boas bras ,

Le travail ne lui manquait pas :

Mais monsieur n'aimait pas l'ouvrage , Il vivait donc très pauvre , en regardant souvent

De quel côté soufflait le vent.

Lambin venait un jour d'achever un long somme , Lorsqu'une femme ailée apparaît à notre homme. C'est une déité dont le vol est si prompt Que sans cesse elle glisse , en sa course incertaine , Sur un rasoir tranchant où son pied touche à peine. Un toupet de cheveux , qui lui couvre le front ,

Dérobe sa figure entière , »

Et la déesse enfin est chauve par derrière. « Çà , dit-elle à Lambin , debout , vite , et suis-moi. — Debout ! c'est bientôt dit , je veux savoir pourquoi

LE BAIIXY. . 403

— Je viens te combler de largesses.

— - Est-il croyable? — Oui , l'or va pleuvoir chez toi :

Honneurs, dignités, et richesses , Voilà ton lot. — O ciel !... et quand puis-je l'avoir?

— A l'instant Suis mes pas. — Mais où donc ? — Tu vas voir.

— Une minute au moins , pour passer ma mandille ,

Et je vous suis. » — En achevant ces mots , Lambin fait mille tours; à son aise il s'habille;

Il perd le temps en vains propos , Disant à sa moitié : -~- Vide-moi cette armoire ; Pour mieux serrer mon or vide ce coffre aussi. Ce soir , la poule au pot : je prétends rire et boire.

Me voilà riche ; et nargue du souci ! » Lambin débite encor cent sottises pareilles ,

Ne rêvant que monts et merveilles,

Et puis il part Mais inutile soin !

Plus de déesse ! il la cherche , il l'appelle.

Hélas ! elle est déjà bien loin :

Vainement il court après elle.

C'était l'Occasion : qui la laisse échapper

Ne saurait plus la rattraper.

(FabUs.,

Les Métamorphose» du singe.

Gille , historien de faire , un jour par aventure

Trouva sous sa patte un miroir.

Mon singe , au même instant , de chercher à s'y voir. « O le museau grotesque ! ô la plate figure !

S'écria-t-il ; que je suis laid !

Maître des dieux , j'ose implorer tes grâces :

Laisse-moi le lot des grimaces; Du reste je demande un changement complet. » Jupin l'entend , et dit : « Je consens à la chose. Regarde : es-tu content de ta métamorphose? » Le singe était déjà, devenu perroquet.

Sous ce nouvel habit le drôle s'examine ,

Aime assez son plumage , et surtout son caquet; Maïs il n'a pas tout vu. « Peste ! la sotte mine Que me donne , dit-il , le gros bec que voilà !. . . Jupin , vois donc quel bec énorme !

Je me fais peur ; eh ! vite une autre forme. »

Par bonheur, «n ce moment-là Le seigneur Jupiter était d'humeur à rire : Il en fait donc un paon; et cette fois le sire , Promenant sur son corps des yeux émerveillés ,

S'enfle, se pavane , et s'admire.

Mais las ! il voit ses vilains pieds ,

Et mon impertinente bête A Jupin derechef adresse une requête.

« Ma bonté , dit le dieu , commence à se lasser ; Cependant j'ai trop fait pour rester en arrière. En te revêtissant ! d'une forme dernière, Je vais de chaque état où tu viens de passer

Te conserver le caractère :

Mais plus de babil importun. •> A ces mots, Jupiter lui donne un nouvel être ,

Et qu'en fait-il ? un petit maître.

Depuis ce temps, dit-on , les quatre n'en font qu'un.

(TakUt.)

Le Chameau et le Bossa.

Au son du fifre et du tambour, bans les murs de Paris on promenait un jour

Un chameau du plus haut parage.

Il était fraîchement arrivé de Tunis, Et mille curieux , en cercle réunis, Pour le voir déplus près lui fermaient le passage. Un riche, moins jaloux de compter des amis Que de voir à ses pieds ramper un monde esclave,

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