A. CHENIER
CHÉNIER (André-Marib) naquit à Gonstantinople , le 29 octobre 1762. Admirateur passionné des écrivains de l'ancienne Grèce, it forma son style sur ces modèles, et tâcha de reproduire chez nous, peut-être un peu trop servilement copiées , des formes tombées en désuétude , et sans intérêt pour nous autres modernes. Du reste, il n'a rien produit d'achevé, et les éloges exagérés qu'on a faits de lui, dansces derniers temps, ne sauraient donner à ses œuvres le mérite dont elles sont dépourvues. Il est difficile d'y trouver un seul passage irréprochable. Le genre de mort d'André Chénier a contribué sans doute à le faire regretter plus vivement. Il avait osé célébrer Char* lotte Gorday, flétrir Gollot d'Herbois, attaquer Robespierre et partager avec M. de Malesherbes la périlleuse défense de Louis XVI» Arrêté comme suspect, il fut condamné à mort, malgré les efforts que fit pour le sauver Marie-Joseph Chénier, son frère. En attendant l'heure du supplice, il composa la pièce suivante, qui n'était pas encore terminée lorsque le bourreau vint l'appeler :
Comme un dernier rayon , comme un dernier zéphire
Anime la fin d'un beau jour, Au pied de l'écbafaud j'essaie encor ma lyre.
Peut-être est-ce bientôt mon tour ; Peut-être , avant que l'heure , en cercle promenée ,
Ait posé sur l'émail brillant , Dans les soixante pas où sa route est bornée ,
Son pied sonore et vigilant , Le sommeil du tombeau pressera mes paupières ;
Avant que de ses deux moitiés Ce vers , que je commence , ait atteint la dernière ,
Peut-être en ces murs effrayés Le messager de mort , noir recruteur des ombres,
Escorté d'infâmes soldats , Remplira de mon nom ces longs corridors sombres...
Il cherchait le vers suivant quand la voix du commissaire fit en effet retentir le nom de Chénier sous les voûtes de la prison.
li\k VERS.
André Chénier vit placer à côté de luî sur la fatale charrette son ami le poète Roucher. Ils périrent presque au même instant, le 25 juillet 1794.
Éloge de la France.
France! ô belle contrée, ô terre généreuse,
Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse,
Tu ne sens point du Nord les glaçantes horreurs :
Le Midi de ses feux t'épargne les foreurs,
Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles ,
Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles y
Ne trompent une main crédule, ni tes bois
Des tigres frémissants ne redoutent la toîx ;
Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes
En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes.
Les chênes, les sapins et les ormes épais
En utiles rameaux ombragent tes sommets ;
Et de Beaune et d'Aï les rives fortunées,
Et la riche Aquitaine et les haut» i Pyrénées,
Sous leurs bruyants pressoirs font couler en rnJ89eaux
Des vins délicieux mûris sur leurs coteaux.
La Provence odorante et de ZépUre aimée
Respire sur les mers une haleine embaumée ,
Au bord des flots couvrant, délicieux trésor,
L'orange et le citron de leur tunique d'or 2.
Et plus loin , au penchant des collines pierreuses ,
Forme la grasse olive aux liqueurs savonneuses,
Et ces réseaux légers, diaphanes habits,
Où la fraîche grenade enferme ses rubis.
Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse;
Tes prés enflent de lait la féconde génisse ,
Et tu vois tes brebis , sur le jeune gazon ,
Épaissir le tissu de leur blanche toison.