Ce compliment est agréable, quoique un peu entortillé
Il manque d'ailleurs de justesse, car ceux qui passent leurs jours auprès d'une belle ne peuvent pas craindre de les voir finir comme cette belle qui est sous le coup d'une condamnation à mort Malgré cette petite inadvertance, la pensée est douce et sera toujours bien reçue des lecteurs.
LEGOUVE,
LEGOUVÉ ( Gabriel-Marie- Jban-Baptistb) naquit à Paris le 23 juin 1764. Après quelques essais poétiques qui passèrent inaperçus, il donna au théâtre la Mort d'Abel , tragédie qui commença sa réputation; Epickaris et Néron, qu'il fit représenter ensuite, eut un succès éclatant ; Quintus Fabius , Etéocle et Polynice, enfin la Mort d'Henri IV, furent favorablement accueillis aussi dans la nouveauté; mais aucun de ces ouvrages n'est resté au répertoire. Un petit poëme écrit avec élégance et rempli de détails heureux, le Mérite des femmes, a procuré à son nom une popularité qui jusqu'à ce moment lui est restée fidèle. On relit aussi avec plaisir la Sépulture, la Mélancolie, et les Souvenirs, compositions gracieuses, \ remarquables par la pureté et la douceur du style.
Legouvé, qui était entfé à l'Institut en 1798, mourut à Paris, le 30 août 1812.
Le Cimetière de campagne.
Où suis-je ? à mes regards un humble cimetière
Offre de l'homme éteint la demeure dernière.
Un cimetière aux champs ! quel tableau ! quel trésor !
Là ne se montrent point l'airain, le marbre t l'or ;
Là ne s'élèvent point ces tombes fastueuses,
Où dorment à grands frais les ombres orgueilleuses
De ces usurpateurs par la mort dévorés ,
Et , j usque dans la mort , du peuple séparés.
On y trouve, fermés par des remparts agrestes,
Quelques pierres sans nom, quelques tombes modestes,
622 vers.
Le reste dans la poudre au hasard confondu.
Salut, cendre du pauvre! Ah ! ce respect t'est dû. Souvent ceux dont le marbre immense et solitaire D'un vain poids après eux fatigue encor la terre, Ne firent que changer de mort dan» le tombeau ; Toi, chacun de tes jours fut un bienfait nouveau. Courbé sur les sillons, de leurs trésors serviles Ta sueur enrichit l'oisiveté des villes ; Et, quand Mars des combats fit retentir le cri , Tu défendis l'État après l'avoir nourri. Enfin, chaque tombeau de cet enclos tranquille Renferme un citoyen qui fut toujours utile. Salut, cendre du pauvre ! accepte tous mes pleurs.
Mais quelle autre pensée éveille mes douleurs? Tel est donc de la mort l'inévitable empire, Vertueux ou méchant, il faut que l'homme expire. La foule des humains est un faible troupeau Qu'effroyable pasteur, le Temps mène au tombeau. Notre sol n'est formé que de poussière humaine ; Et lorsque dans les champs l'automne nous promène, Nos pieds inattentifs foulent à chaque pas Un informe débris, monument du trépas.
Voilà de quels pensers les cercueils m'environnent. Mais, loin que mes esprits à leur aspect s'étonnent, De l'immortalité je sens mieux le besoin, Quand j'ai pour siège une urne et la mort pour témoin.
{la Mélancolie.)
Luealo 9 on rEntftftosfasme do potte*
L'avenir !. . . pour lui seul chante et vit le poète ;
Sans regarder son siècle, au sein de la retraite,
Il écrit l'œil fixé sur la postérité,
Et déjà respirant son immortalité.
Je croîs sentir la mienne en célébrant Pharsale.
Quel sujet! quels exploits! quels tableaux il étale !
LEGOUYÉ. A23
Ce n'est point ces combats, ces héros ignorés,
Si par Virgile, Homère, ils n'étaient célébrés :
C'est dans ses fondements la liberté sapée l
L'univers asservi! Carton, César, Pompée!
Les plus grands fies humains l'un à l'autre opposés ?
Le plus grand des débats par l'histoire exposés !
Des crimes, des vertus d'nn nouveau caractère,
Rome opposée à Rome, et la terre à la terre 1
Àh! si tous ces transports dont je suis tourmenté,
Ces élans inquiets vers la postérité,
Ne sont pas de l'orgueil une vaine chimère,
O sublime Virgile, et toi, divin Homère !
Un jour peut-être, un jour, grâce à des noms si beaux,
Le monde assocîra mon urne à vos tombeaux ;
Et Caton et Pompée, au temple de Mémoire,
Porteront près de vous lé chantre de leur gloire.
(Epicharts et Néron.)
L'Histoire.
Avant qu'on vît briller sa lumière féconde, Les temps se succédaient dans une nuit profonde ; Les peuples, tour a tour par l'oubli dévorés, Sur la terre passaient l'un de l'autre ignorés ; Les grands événements n'avaient point d'interprètes ; Les débris étaient morts et les tombes muettes. L'histoire luit, soudain les temps ont reculé ; L'ombre a fui; les tombeaux, les débris ont parlé; Les générations s'entendent et s'instruisent, Et de l'esprit humain les travaux s'éternisent. O charmes de l'étude! ô sublimes récits ! Dans quels transports le sage, à son foyer assis, Suit les nombreux combats et d' Athène et de Rome ; A travers deux mille ans applaudit un grand homme : Consulte l'orateur et le guerrier fameux ; Partage les revers des peuples grands comme eux;
Voit l'empire romain, sous les fers des Vandales, De ses vils empereurs expier les scandales ; Et, bientôt déchiré par divers potentats, Son cadavre fécond enfanter cent États ; Retrouve en d'autres lieux, sur la sanglante arène, Marcius dans Condé, Scîpion dans Turenne, Et, rempli des héros et des faits éclatants, Ainsi que tous les lieux, embrasse tous les temps.
(Lu Somtmin.)
b/i.-j. chenier,
GHÉNIER ( M abib- Joseph) , né à Constantinople, débuta à l'âge de vingt-cinq ans par la tragédie de Charles IX, dont le succès fut dû, en grande partie, aux passions qui animaient toute la France en 1789. On y trouvait tous les défauts qui déparent le théâtre de Chénier, défauts qui consistent surtout en ce que Fauteur oublie toujours son action et ses personnages pour exposer ses idées actuelles. Le théâtre semble n'avoir été pour Ghénier qu'un moyen de faire entendre à l'auditoire des théories républicaines ou philosophiques* De là vient que, malgré l'immense lalent du poète, aucune de ses pièces n'a eu un succès durable , et qu'on n'y peut trouver que de beaux morceaux. Son génie le portait vers la satire; c'est là qu'il a montré une verve égale à son imagination ; c'est là aussi , pourraiton dire , qu'il a déposé tout ce qu'il y avait en lui de vraiment poétique ; car dans ses tragédies et dans ses élégies , les passages les plus animés et les plus cités sont encore des morceaux satiriques.
Ghénier était de l'Académie française, à laquelle il a fait, en 1808,. un rapport justement célèbre, présenté par elle à l'empereur et souvent réimprimé depuis sur Vêlai et les progrès de la littérature fran» çaise depuis 1789.
Il est mort le 10 janvier 1811.
Règne de Tibère.
Quand sous le crime heureux tout languit abattu,
Malheur au citoyen coupable de vertu,
Et dont la gloire offense, à Rome ou dans l'armée,
Tibère impatient de toute renommée.
Les délateurs, vendant leurs voix et leurs écrits,
Viennent dans son palais marchander les proscrits ;
Lui seul des tribunaux fait pencher la balance ; Le sénat le contemple , et décrète en silence ; Les regards sont muets, les lois n'osent parler ; Tibère à ses genoux voit l'univers trembler, Et, subissant lui~inâne tm tyramriqiie empire , Éprouve , en l'ordonnant, la frayeur qu'il inspire. En ses yeux , qui toujours commandent les forfaits, Son ministre devine et prévient les arrêts ; Et le ciel à la fois fit naître en sa colère, Tibère pour Séjan, et Séjan pour Tibère. S'ils n'eussent divisé Germanicus et vous, Peut-être un jour plus pur luirait encore sur noua. Le peuple est fatigué du pouvoir despotique : Naguère, il m'en souvient, le nom de république À , jusque dans sa cour, effrayé l'oppresseur, Quand des derniers Romains et la veuve et la sœur, La nièce de Gaton , cette illustre Junie » A leurs mânes sanglante fat enfin réunie. Devant l'urne funèbre on portait ses aïeux : Entre tous les héros qui , présents à nos yeux , Provoquaient la douleur et la reconnaissance % Brutus et Cassius brillaient par leur absence» Que dis-je ? Le tyran ne peut dormir en paix : Quand la nuit sur nos murs étend son voile épais, Des regrets importuns fatiguent son oreille ; Des Romains opprimés la douleur se réveille ; Et leurs cris menaçants, par Tibère entendus , Vont lui porter ces mots : « Rends-nous Germanicus! »
(Tibire.)
Mort d'Anne de tomlen.
Sire , chargé par vous d'un ordre de clémence , Je courais à la mort enlever l'innocence. Je vois de tous côtés vos sujets éperdu», Vos malheureux sujets à grands flots répandus