‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 137 sur 168 · LEMERCIER · texte numérisé non relu

LEMERCIER

Vivant, je crus descendre au noir séjour des morts.

Là, jurant et le Styx et les dieux de ses bords,

Et les monstres hideux de ses rives fatales,

Je vis, à la pâleur des torches infernales,

Les trois sœurs de l'enfer irriter leurs serpents ,

Le rire d'Alecton accueillir mes serments;

Thyeste les reçut , me tendit son épée ,

Et je m'en saisissais , quand à ma main trompée

Le vain spectre échappa poussant d'horribles cris.

Je fuyais... Je ne sais à mes faibles esprits

Quelle flatteuse erreur présenta sa chimère.

Il me sembla monter au trône de mon père ;

Que, de sa pourpre auguste héritier glorieux,

Tout un peuple en mon nom brûlait l'encens des dieux ;

Je vis la Grèce entière à mon joug enchaînée ,

La reine me guidant aux autels d'hyménée ,

Et mes fiers ennemis , consternés et tremblants,

Abjurer à mes pieds leurs mépris insolents.

(Agamemnon.)

Prophéties de Cassandre.

AGAMEMNON

Mais je revois Strophus et Cassandre avec lui.

CASSANDRE

Qui me rappelle au jour ? qui me ravit encore A l'éternelle nuit que ma douleur implore? Ne puis-je attendre en paix l'instant de mon trépas? Prince, que me veut-on ? où conduis-tu mes pas ?

AGAMEMNON

Devant Agamemnon qui confie à la reine Le soin de soulager ta misère et ta chaîne. Son joug, comme le mien, facile à supporter, N'aura pas de rigueurs qui soient à redouter : De ton sort à jamais elle devient maîtresse.

CASSANDRE

Apollon ! prends pitié de ta triste prêtresse! Dieux! justes Dieux*

STRoraus.

Pourquoi leur adresser tes cris?

CASSANDRE

Apollon !

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