‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 138 sur 168 · CLYTEMNESTRE · texte numérisé non relu

CLYTEMNESTRE

Quelle haine enflamme tes esprits?...

Ne saurais-tu me voir sans frémir d'épouvante?

CASSANDRE

Ousuis-je?

AGAMEMNON

Chez Atride.

CASSANDRE

O demeure sanglante !

Murs qu'a souillés le meurtre ! exécrable séjour» Dont l'aspect fit pâlir et reculer le jour.

CLYTEMNESTRE , troublée.

De ses esprits émus le délire s'empare.

CASSANDRE

Quels cris! quels hurlements, quel appareil barbare» Des femmes, des enfants, tombant sous les couteaux... Que vois-je autour de moi?... Que de pères bourreaux! De parjures époux ! de frères parricides I

AGAMEMNON

Hélas ! contre le sang des tristes Pélopides Qui t'anime aujourd'hui ? par queMe déraison Rappeler les malheurs de toute ma maison?

CASSANDRE

N'apercevez-vous pas ces fantômes livides, Dans ce palais assis, monstres de sang avides? L'œil arrêté sur nous, ils portent dans leurs i De palpitantes chairs et des lambeaux humains.. Effroyable repas dont se nourrit un père.

LEMERCIER. UZ9

AGAMEMHOIt, irrité.

Veux-tu du ciel vengeur réveiller la colère ?

CASSANDRE

Toi, qui de ces forfaits me défends de parler, Prévois-tu qu'ils sont prêts à se renouveler ? Ignores-tu le coup que médite la rage?... Écoute : chez Pluton je vais fuir l'esclavage. Tremble que le destin ne t'y pousse avec moi. Déjà sa main de fer s'appesantit sur toi.

CLYTEMNESTRE, à part.

Dieux!

STROPHUS.

Je cède & l'horreur que ce discours m'inspire : Qu'il soit ou non l'effet des songes du délire ; Ou que l'esprit divin lui prête son secours, Atride, il m'est permis de craindre pour tes jours. Toi, prêtresse, éclaircis la cause de ton trouble... Tu ne me réponds point, et ton effroi redouble... Des présages affreux paraissent te glacer?...

CASSANDRE

Oui, je sens sur mon front mes cheveux se dresser. . . Mon corps transit et brûle, et mon âme obsédée Ne contient plus le dieu dont elle est possédée... U me presse, il m'embrasse, et la mort m'apparait La victime s'approche, et le fer est tout prêt... O vous tous, arrachez-le aux coups qu'elle lui porte... Tous les mânes en foule assiègent cette porte. .. Dans un chant funéraire éclatent leurs transports! Oubliait-on qu'ici les déesses des morts Sont du dieu des banquets les compagnes cruelles, Et que dans le carnage il s'enivre avec elles?

AGAMEMNON

De quelle obscurité tes discours sont voilés !

CASSANDRE

Ne m'entendez-vous pas?

hiiO VERS.

STROPBUS.

Explique-toi.

CASS ANDRE

Tremblez î

STROPHUS.

D'où naît de tous tes sens l'horreur involontaire? Réponds.

CASSANDRE

Ne pouvez-vous percer ce noir mystère?

AGAMEMNON

Sommes-nous d'un malheur menacés par les deux?

CASSANDRE , reculant.

Quel sang, quel air impur respiré-je en ces lieux?

AGAMEMNON

Celui qu'au prochain temple exhale l'hécatombe.

CASSANDRE

Non ; le souffle infecté, la vapeur de la tombe !

AGAMEMNON

Grands Dieux ! et quel péril ?. . .

CASSANDRE

O déplorable Roi!

AGAMEMNON

Qui te l'annonce?

CASSANDRE

Un dieu.

AGAMEMNON

Qui doit-on frapper?

CASSANDRE

Toi.

AGAMEMNON

Moi ! quand de mon retour le triomphe s'apprête !

CASSANDRE

Mon a péri dans la nuit d'une fête.

AGAMEMNON

Quand mes vœux, mon encens, reçus des immortels...

LEMERCIER. Mil

CASSANDRE

On égorgea Priam embrassant leurs autels.

CLVTEMNESTRE, courroucée.

De Troie et de Priam chasse l'image vaine.

CASSANDRE

Je puis voir une Troie où je vois une Hélène.

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