BÉRANGER
De tes grandeurs tu sus te faire absoudre , France, et ton nom triomphe des revers : Tujpeux tomber, mais c'est comme la fondre Qui se relève et gronde au haut des airs. Le Rhin, aux bords ravis à ta puissance , Porte à regret le tribut de ses eaux ;
Il crie au fond de ses roseaux ;
« Honneur aux enfants de la France ! »
Pour effacer des coursiers du barbare Les pas empreints dans tes champs profanés. Jamais le ciel te fut-il moins avare î% D'épis nombreux vois ces champs couronnés. D'un vol fameux, prompts à venger l'offense , Vois les beaux-arts, consolant leurs autels, Y graver en traits immortels :
« Honneur aux enfants de la France ! »
Prête l'oreille aux accents de l'histoire : Quel peuple ancien devant toi n'a tremblé ? Quel nouveau peuple, envieux de ta gloire, Ne fut cent fois de ta gloire accablé ? En vain l'Anglais a mis dans la balance L'or que pour vaincre ont mendié les rois.
Dés siècles entends-tu la voix ?
« Honneur aux enfants de la France ! »
Dieu, qui punît le tyran et l'esclave,
Veut te voir libre, et libre pour toujours.
Que tes plaisirs ne soient plus une entrave :
La liberté doit sourire aux amours.
Prends son flambeau, laisse dormir sa lance ,
Instruis le monde, et cent peuples divers Chanteront, en brisant leurs fers :
« Honneur aux enfants de la France! »
Relève-toi, France, reine du monde !
Tu Tas cueillir tes lauriers les plus beaux; Oui, d'âge en âge, une palme féconde Doit de tes fils protéger les tombeaux. Que près du mien (telle est mon espérance) , Pour la patrie admirant mon amour, Le voyageur répète un jour :
« Honneur aux enfants de la France! »
La Sainte-Alliance des Peuples.
J'ai yu la Paix descendre sur la terre, Semant de l'or, des fleurs et des épis. L'air était calme, et du dieu de la guerre Elle étouffait les foudres assoupis.
« Ah ! disait-elle, égaux par la vaillance, Français, Anglais, Belge, Russe ou Germain, Peuples, formez une sainte alliance , Et donnez-vous la main.
» Pauvres mortels, tant de haine vous lasse ! Vous ne goûtez qu'un pénible sommeil, D'un globe étroit divisez mieux l'espace; Chacun de vous aura place au soleil.
Tous attelés au char de la puissance, Du vrai bonheur vous quittez le chemin. Peuples, formez une sainte alliance, Et donnez-vous la main.
» Chez vos voisins vous portez l'incendie : L'aquilon souffle, et vos toits sont brûlés , Et quand la terre est enfin refroidie, Le soc languit sous des bras mutilés.
Près de la borne où chaque état commence, Aucun épi n'est pur de sang humain.
Peuples, formez une sainte alliance, Et donnez-vous la main.