‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 146 sur 168 · BÉRANGER. U5Z · texte numérisé non relu

BÉRANGER. U5Z

» Des potentats, dans vos cités en flammes, Osent du bout de leur sceptre insolent Marquer, compter et recompter les âmes Que leur adjuge un triomphe sanglant.

Faibles troupeaux, vous passez sans défense D'un joug pesant sous un joug inhumain. Peuples, formez une sainte alliance , Et donnez- vous la main.

» Que Mars en vain n'arrête point sa course. Fondez les lois dans vos pays souffrants; De votre sang ne livrez plus la source Aux rois ingrats, aux vastes conquérants. Des astres faux conjurez l'influence; Effroi d'un jour, ils pâliront demain.

Peuples, formez une sainte alliance, Et donnez-vous la main.

» Oui, libre enfin, que le monde respire ; Sur le passé jetez un voile épais, Semez vos champs aux accords de la lyre ; L'encens des arts doit brûler pour la paix. L'espoir riant, au sein de l'abondance, Accueillera les doux fruits de l'hymen.

Peuples, formez une sainte alliance, Et donnez-vous la main. »

Ainsi parlait cette vierge adorée , Et plus d'un roi répétait ses discours. Gomme au printemps la terre était parée ; L'automne en fleurs rappelait les amours. Pour l'étranger, coulez, bons vins de France; De sa frontière il reprend le chemin.

Peuples, formons une sainte alliance , Et donnez-nous la main.

h5U vers.

Le Voyage Imaginaire.

L'automne accourt, et sur son aile humide M'apporte encor de nouvelles douleurs.

Toujours souffrant, toujours pauvre et timide , De ma gaîté je vois pâlir les fleurs.

Arrachez-moi des fanges de Lutèce; Sous un beau ciel mes yeux devaient s'ouvrir. Tout jeune aussi je rêvais à la Grèce ; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.

En vain faut-il qu'on me traduise Homère : Oui, je fus Grec ; Pythagore a raison. Sous Périclès j'eus Athènes pour mère ; Je visitai Socrate en sa prison ; De Phidias j'encensai les merveilles; De l'Ilissus j'ai vu les bords fleurir, J'ai sur l'Hymète éveillé les abeilles; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.

Dieu I qu'un seul jour, éblouissant ma vue,

Ce beau soleil me réchauffe le cœur !

La liberté, que de loin je salue,

Me crie : « Accours, Thrasybule est vainqueur. »

Partons I partons, la barque est préparée ;

Mer, en ton sein garde-moi de périr.

Laisse ma muse aborder au Pirée;

C'est là, c'est là que je voudrais mourir.

Il est bien doux , le ciel de l'Italie, Mais l'esclavage en obscurcit l'azur.

Vogue plus loin, nocher, je t'en supplie, Vogue où là-bas renaît un jour si pur. Quels sont ces flots ? quel est ce roc stfuvagfe ? Quel sol brillant à mes yeux vient s'oflrir ? La tyrannie expire sur la plage ; C'est là, c'est là que je voudrais mourir.

BÉRÀNGER. &55

Daignez au port accueillir un barbare, Vierges d'Athène, encouragez ma voix.

Pour vos climats je quitte un ciel avare Où le génie est l'esclave des rois.

Sauvez ma lyre, elle est persécutée ; Et si mes chants pouvaient vous attendrir, Mêlez ma cendre aux cendres de Tyrtée : Sous ce beau ciel je suis venu mourir.

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