‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 152 sur 168 · G DELAVIGNE · texte numérisé non relu

G DELAVIGNE

La Cassette.

LE C1D à Elvire , sa. fille.

C'est une vieille histoire Que je veux vous conter; maisJrien bas, pour ma gloire. « A nous, Compéador! m'avait écrit le roi, Voici les Sarrazins. » Pas un réal chez moi Pour équiper ma bande et la conduire en plaine ! Alors de mon manoir la douce châtelaine, Qui voyait mon souci, te mit sur mes genoux ; Me quitta ; puis revint en m'offrarit ses bijoux. Je crois l'entendre encor : «Tiens, mon Cid, va les vendre, Le Sarrazin, dit-elle, est là pour me les rendre. » A quoi je répondis : « Chimène, mes amours, Il te rendra ton bien avant qu'il soit dix jours. » J'emportai les brillants; mais est-il femme ou fille Qui se puisse tenir d'admirer ce qui brille? Non : les vouloir, les prendre, et ne plus les lâcher, C'est ce que fit Ëivire ; et j'eus beau me fâcher ; Dans son courroux d'enfant qui la rendait plus belle, Tenant toujours sa proie, elle osa, la rebelle, Lever pour se défendre, en lionne qu'elle est, Ses deux petits poings nus contre mon gantelet — Vous l'avez ôté, Cid ? — Oui, mais je fis en sorte, Elvire, que ta main ne fût pas la plus forte. Tu te pris à pleurer, et, tout gonflés, tes yeux Faisaient à ce trésor de si tristes adieux, Que je sentis mon cœur s'amollir de tendresse ; La pitié l'emporta. Jamais, c'est ma faiblesse, Aux larmes d'un enfant je n'ai su résister; Et je dis à Chimène : Il faut la contenter. Qui sourit? ce fut toi : j'avais mis bas les armes; Sourire plus charmant, lorsqu'il fit sous tes larmes Rayonner de plaisir ton visage vermeil, Qu'à travers une pluie un éclair de soleil !

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