‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 154 sur 168 · C. DELAVIGNE. hSO · texte numérisé non relu

C. DELAVIGNE. hSO

La Popularité.

Écoute :

La popularité, que pour toi je redoute , Commence , en nous prenant sur ses ailes de feu , Par nous donner beaucoup et nous demander peu. Elle est amie ardente ou mortelle ennemie, Et comme elle a sa gloire, elle a son infamie. Jeune, tu dois l'aimer : son charme décevant Fait battre mon vieux cœur ; il m'enivre ; et souvent Au fond de la tribune où ta voix me remue , Quand d'un même transport toute une chambre émue Se lève, t'applaudit, te porte jusqu'aux deux; Je sens des pleurs divins me rouler dans les yeux. Mais si la volonté n'est égale au génie , Cette faveur bientôt se tourne en tyrannie. Tel qui croit la conduire est par elle entraîné ; Elle demande alors plus qu'elle n'a donné. On fait pour lui complaire un premier sacrifice, Un second, puis un autre; et quand à son caprice On a cédé fortune, et repos et bonheur, Elle vient fièrement vous demander l'honneur ; Non pas cet honneur faux qu'elle-même dispense, Mais l'estime de soi qu'aucun bien ne compense. Ou l'honnête homme, alors, ou le dieu doit tomber : Vaincre dans cette lutte est encor succomber. On résiste, elle ordonne ; on fléchit, elle opprime, Et traîne le vaincu des fautes jusqu'au crime. De son ordre, au contraire, avez-vous fait mépris , Cachez-vous, apostat, ou voyez à mes cris Se dresser de fureur ceux qu'elle tient en laisse Pour flatter qui lui cède et mordre qui la blesse : Des vertus qu'ils n'ont plus ces détracteurs si bas , Ces insulteurs gagés des talents qu'ils n'ont pas.

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Elle excite leur meute , et les pousse , et se venge En vous jetant au front leur colère et leur fange. Voilà ce qu'elle fut , ce qu'elle est dé nos jours , €e qu'en un pays libre on la verra toujours ; Et s'il faut être enfin ou paraître coupable , Laissant là l'honneur faux pour l'honneur véritable , Souviens-toi qu'il vaut mieux tomber en citoyen Sous le mépris de tous, que mériter le tien.

fia Popularité.)

ht Duel*

Un duel ! Tu prendrais pour arbitre suprême

Le hasard d'un duel entre un infâme et toi !

Écoute, j'ai du cœur, et ma vie en fait foi ;

Mais je tiens que se battre est un pauvre courage,

Quand le combat vous souille encor plus que l'outrage.

A quoi sont bons ses jours, au mépris dévolus ? L'État n'en a que faire, et l'honneur n'en veut plus ; Les tiens sont l'honneur même, une cause à défendre , Des services rendus, des services à rendre. La vertu, la patrie, ont des droits sur les tiens, Plus tu te sens utile et moins tu t'appartiens. « Le lâche, diras-tu, peut tenir ce langage; » L'homme de cœur le doit ; pour relever le gage Qu'une insulte à mon nom jette sur mon chemin. Je veux , en le touchant, ne pas salir ma main. Là, ce serait l'opprobre avec la gloire aux prises. Fais fi de ta vengeance : un sang que tu méprises Ne vaut pas , ô mon fils, pour laver ton affront Les pleurs sacrés qu'un père a versés sur ton front

(la Popularité.}

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