‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 56 sur 168 · ROTROU · texte numérisé non relu

ROTROU

Par le reste qu'en vous elle me laissa d'elle;

Mais hélas ! ce portrait qu'elle s'était tracé

Perd beaucoup de son lustre et s'est bien effacé ;

Et vous considérant, moins je la vois paraître ,

Plus l'ennui de sa mort commence à me renaître ;

Toutes vos actions démentent votre rang;

Je n'y vois rien d'auguste et digne de mon sang;

J'y cherche Ladislas et ne le puis connaître ;

Vous n'avez rien d'un roi que le désir de l'être ;

Et ce désir , dit-on , peu discret et trop prompt ,

En souffre avec ennui le bandeau sur mon front

Vous plaignez le travail où ce fardeau m'engage ;

Et n'osant m'attaquer , vous attaquez mon âge.

Je suis vieux; mais un fruit de mj vieille saison

Est d'en posséder mieux la parfaite raison.

Régner est un secret dont la haute science

Ne s'acquiert que par l'âge et par l'expérience.

Un roi vous semble heureux , et sa condition

Est douce au sentiment de votre ambition.

H dispose à son gré des fortunes humaines :

Mais comme les douceurs en savez- vous les peines ?

A quelque heureuse fin que tendent ses projets ,

Jamais il ne fait bien au gré de ses sujets :

Il passe pour cruel , s'il garde la justice ;

S'il est doux, pour timide et partisan du vice ;

S'il se porte à la guerre, il fait des malheureux ;

S'il entretient la paix, il n'est pas généreux ;

S'il pardonne , il est mol ; s'il se venge , barbare ;

S'il donne, il est prodigue, et s'il épargne , avare.

Ses desseins les plus purs et les plus innocents

Toujours en quelque esprit jettent un mauvais sens ;

Et jamais sa vertu , tant soit-elle connue ,

En l'estime des siens, ne passe toute nue.

Si donc , pour mériter de régir des États ,

La plus pure vertu même ne suffit pas ,

Par quel heur voulez-vous que le règne succède ,

A des esprits oisifs que le vice possède,

Hors de leurs voluptés incapables d'agir ,

Et qui , serfs de leurs sens , ne se sauraient régir ?

(Fencetltu.)

Dieu*

C'est Dieu qui du néant a tiré l'univers ; C'est lui qui sur la terre a répandu les mers; Qui de l'air étendit les humides contrées ; Qui sema de brillants les voûtes azurées , Qui fit naître la guerre entre les éléments, Et qui régla des cieux les divers mouvements. La terre à son pouvoir rend un muet hommage ; Les rois sont ses sujets , le monde est son partage. Si Tonde est agitée, il la peut affermir; S'il querelle les vents, ils n'osent plus frémir; S'il commande au soleil, il arrête sa course ; Il est maître de tout, comme il en est la source. Tout subsiste par lui , sans lui rien n'eût été , Et lui seul des mortels' est la félicité.

(Poiiîea diverse t.)

CHAPELLE sr BAGHAUMONT,

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