‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 88 sur 168 · HOUDARD DE LA MOTTE · texte numérisé non relu

HOUDARD DE LA MOTTE

Nous avons, dans le premier volume (p. 221) , dit un mot de la vie et du mérite de Lamotte. Nous avons fait entendre qu'il n'avait pas à un bien haut degré les qualités qui font les grands poètes : cependant il a fait beaucoup de vers et dans des genres fort différents. Il a complètement échoué , ou du moins fort peu réussi dans les genres élevés ou qui veulent de la passion , de l'imagination. Mais dans les fables, et partout où c'est la justesse ou la finesse de la pensée qu'on demande, plutôt que l'éclat de la poésie ou la richesse des images, il a obtenu un rang fort honorable. Ses fables sont particulièrement estimées des connaisseurs, à ce point que, La Fontaine étant mis à part, il n'y a guère que Florian qui lui puisse être préféré. C'est du moins l'opinion qu'exprime Ginguené dans la préface de son recueil ; et encore faut-il remarquer que les sujets de Lamotte sont tous de son invention , tandis que Florian , comme La Fontaine, imita presque tous les apologues des fabulistes étrangers. Les fables que nous donnons ici montreront que cet éloge n'est pas exagéré.

Devoirs d'un roi.

Vos foreurs ne sont pas une règle pour moi : Vous parlez en soldat, je dois agir en roi. Quel est donc l'héritier que je laisse à l'empire? Un jeune ambitieux dont le cœur ne respire Que les sanglants combats, les injustes projets, Prêt à compter pour rien le sang de ses sujets. Je plains le Portugal des maux que lui prépare De ce cœur effréné l'ambition barbare.

Est-ce pour conquérir que le ciel fit des rois?

N'aurait-il donc rangé les peuples sous nos lois

Qu'afin gu'à notre gré la folle tyrannie

Osât impunément se jouer de leur vie?

Ah! jugez mieux du trône; et connaissez, mon fils,

A quel titre sacré nous y sommes assis.

Du sang de nos sujets sages dépositaires,

Nous ne sommes pas tant leurs maîtres que leurs pères :

Au péril de nos jours, il faut les rendre heureux ;

Ne conclure ni paix ni guerre que pour eux,

Ne connaître d'honneur que dans leur avantage;

Et quand, dans ses excès, notre aveugle courage

Pour une guerre injuste expose leurs destins,

Nous nous montrons leurs rois moins que leurs assassins.

Songez-y : quand ma mort, tous les jours plus prochaine,

Aura mis en vos mains la grandeur souveraine,

Rappelez ces devoirs et les accomplissez.

(Inès de Ctutro.)

La Louange et la Critique.

Dans le temps qu'au Dieu du Permesse J'adressai mon premier tribut, Heureux fruit de ma douce ivresse, Ce dieu lui-même m'apparut.

Deux déesses suivaient ses traces :

L'une à l'œil fier, au front hautain; L'autre, avec un ris plein de grâces, S'avançait l'encens à la main.

« C'est la Louange et la Critiqua, Me dit Phébus : choisis des deux »

Qui dans la lice poétique Guidera tes pas hasardeux. »

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