‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 101 sur 127 · DE TRACY · texte numérisé non relu

DE TRACY

le temps, ont donné naissance à une plus grande encore, laquelle est devenue leur capitale et leur centre commun, parce qu'elle s'est trouvée la mieux placée pour unir toutes les autres, et être approvisionnée et défendue par elles. Enfin toutes ces villes communiquent entre elles et avec les mers voisines et les pays étrangers, par le moyen de ports , de ponts, de chaussées, de canaux, où se déploie toute l'industrie humaine. Tels sont les objets qui nous frappent au premier aspect d'une contrée où les hommes ont exercé toute leur puissance, et qu'ils se sont appropriée de longue main.

Si nous pénétrons dans l'intérieur de leurs habitations, nous y trouvons une foule immense d'animaux utiles, élevés, nourris, domptés par l'homme, multipliés par lui à un point inconcevable; une quantité prodigieuse d'approvisionnements de toute espèce, de denrées, de meubles, d'outils, d'instruments, de vêtements, de matières brutes ou manufacturées, de métaux nécessaires ou précieux, enfin de tout ce qui peut servir , de près ou de loin , à la satisfaction de nos besoins. Nous y admirons surtout une population réellement étonnante, dont tous les individus ont l'usage d'un langage perfectionné, ont une raison développée jusqu'à un certain points ont des mœurs assez adoucies et une industrie assez intelligente pour vivre en si grand nombre près les uns des autres, et parmi lesquels , en général, les plus dénués sont secourus, les plus faibles sont défendus. Nous remarquons avec plus de surprise encore que beaucoup de ces honunes sont parvenus à un degré de connaissances très di£Bciles à acquérir, qu'ils possèdent une infinité d'arts agréables ou utiles, qu'ils connaissent plusieurs des lois de la nature, qu'ils savent en calculer les effets et les faire tourner à leur avantage ; qu'ils ont même entrevu la plus difficile de toutes les sciences, puisqu'ils sont arrivés à démêler, au moins en partie, les véritables intérêts de l'espèce en général, et en particulier ceux de leur société et de ses membres; qu'en conséquence ils ont imaginé des lois souvent justes, des institutions passablement sages, et créé une foule d'établissements propres à répandre et à ac-

croître encore rinstruction et les lumières ; et qu'enfin , non contents d'avoir ainsi assuré la prospérité intérieure, ils ont exploré le reste de la terre, établi des relations avec les nations étrangères et pourvu à leur sûreté à l'extérieur.

Quelle immense accumulation de moyens de bien-être ! quels prodigieux résultats de la partie des travaux de nos prédécesseurs qui n*a pas été ^mnïédiatentônt nécessaire à soutenir leur existence , et qui ne s'est pas anéantie avec eux ! L'imagination même en est effrayée, et elle Test d'autant plus que plus on y réfléchit ; car il faut encore considérer que beaucoup de ces ouvrages sont peu durables, que les plus solides ont été renouvelés bien des fois pendant le cours des siècles, et qu'il n'en est presque aucun qui n'exige des soins et un entretien continuel pour sa conservation.

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