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CHATEAUBRIAND (François-Augdste, vicomte de) naquit près de Saint-Malo eu septembre 1768. C'est un des écrivaioB les pins illustres du xix« siècle. Le Génie du Christianisme ^ les Martyrs et l'Itinéraire de Paris à Jérusalem sont des productions dont la France sera éternellement fière. M. de Chateaubriand, qui a participé d'une manière remarquable sous la Restauration aux discussions politiques de la chambre des pairs et à la polémique quotidienne du Journal des Débats , a conquis par sa noble opposition une popularité qui a encore ajouté à sa gloire. Les Etudes historiques , dernière production de Fauteur, sont un projet d'ouvrage qui probablement restera inachevé.
M. de Chateaubriand a été nommé mendnre de llnsUtut en 1611, après la mort de Marie-Joseph Chéoier.
Boum antl^pw.
J*errais sans cesse du Forum au Gapitole, du quartier des Carènes au Ghamp-de-Blars; je courais au théâtre de Germanicus, au môle d'Adrien, au cirque de Néron, au panthéon d* Agrippa ; je ne pouvais me lasser de voir le mouvement d'un peu]^ composé de tous les peuples de la terre, et la marche de ces troupes romaines, gadoises, germaniques, grecques, africaines, chacune différemment armée et vêtue. Un vieux Sabin passait avec ses sandales d*écorce de bouleau auprès d'un sénateur couvert de pourpre ; la litière d'un consulaire était arrêtée par le char d'une courtisane ; les grands bœufs du Clitumne traînaient au Forum l'antique chariot du Yolsque; l'équipage de chasse d'un chevalier romain embarrassait la voie Sacrée; des prêtres couraient encenser leurs dieux, et des rhéteurs ouvrir leurs écoles.
CHATEAUBRIAND. llkl
Que de fois j'ai visité ces thermes ornés de bibliothèques , ces palais les uns déjà croulants, les autres à moitié démolis pour servir à construire d'autres édifices ! La grandeur de l'horizon romain se mariant aux grandes lignes de Tarchitecture romaine ; ces aqueducs qui , comme des rayons aboutis* sant à un même centre, amènent les eaux au peuple-roi sur des arcs de triomphe ; le bruit sans fin des fontaines ; ces innoDal>rables statues qui ressemblent à un peuple immobile au milieu d'un peuple agité; ces monuments de tous les âges et de tous les pays; ces travaux des rois , des consuls, des Césars; ces obélisques ravis à TÉgypte, ces tombeaux enlevés à la Grèce : je ne sais quelle beauté dans la lumière , les vapeurs et le dessin des montagnes ; la rudesse même du cours du Tibre ; les troupeaux de cavales demi-sauvages qui viennent s'abreuver dans ses eaux; cette campagne que le citoyen de Rome dédaigne maintenant de cultiver, se réservant à déclarer chaque année aux nations esclaves quelle partie de la terre aura l'honneur de le nourrir. Que vous dirai-je enfin ? tout porte, à Rome, l'empreinte de la domination et de la durée : j'ai vu la carte de la ville éternelle tracée sur des roches de marbre au Capitole, afin que son image même ne pût s'efifacer !
( Lts Martyrs,)
Dcstraetton de Jémsaleni.
La religion accrut sa force sous les règnes de Vespasien et de Titus, par la consommation d'un des oracles écrits aux livres saints : Jérusalem périt...
Des prodiges annoncèrent la destruction du temple; une voix avait été entendue qui disait : « Sortons d'ici. » Jésus, fils d'Ananus , courant autour des murailles de la ville assiégée , s'était écrié : « Malheur! malheur sur la ville I malheur sur le temple ! malheur sur le peuple I malheur sur moi ! » Famine, peste et guerre civile au-dedans de la cité ; au-dehors, les soldats romains crucifiaient tout ce qui voulait s'échapper :
hUS PROSE.
les croix manquèrent et la place pour dresser les croix. On éventrait les fugitifs pour fouiller dans leurs entrailles For qu'ils avaient avalé. Six cent mille cadavres de pauvres furent jetés dans les fossés, par dessus les murailles. On changeait les maisons en sépulcres, et quand elles étaient pleines, on en fermait les portes. Titus, après avoir pris la forteresse Antonia, attaqua le temple, le 17 juillet, année 70 de J.-C, jour où le sacrifice perpétuel avait cessé, faute de mains consacrées pour Toffrir...
Le temple fut brûlé le 8 août de cette année 70, ensuite la ville basse incendiée, et la ville haute emportée d*assaut. Titus fit abattre ce qui restait du temple^t de la ville, excepté trois tours ; on promena la charrue sur les ruines. Telle fut la grandeur du butin , que le prix de Tor baissa de moitié en Syrie. Onze cent mille Juifs moururent pendant le siège, quatre-vingt-dix-sept mille furent vendus; à peine trouvait-on des acheteurs pour ce vil troupeau.
{Études historique*^
Campagne et aspect de Rome moderne*
Figurez-vous quelque chose de la désolation de Tyr et de Babylone, dont parle l'Écriture ; un silence et une solitude aussi vastes que le bruit et le tumulte des hommes qui se pressaient jadis sur ce sol. On croit y entendre retentir cette malédiction du prophète : Venient tibi duo hœc subito in die unâ , sterilitas et viduitas. Vous apercevez çà et là quelques bouts de voies romaines , dans les lieux où il ne passe plus personne, quelques traces desséchées des torrents de Fhiver, qui, vues de loin, ont elles-mêmes Tair de grands chemins battus et fréquentés , et qui ne sont que le lit désert d'une onde orageuse qui s*est écoulée comme le peuple romain. A peine découvrez-vous quelques arbres, mais vous voyez partout des ruines d'aqueducs et de tombeaux , qui semfient être les forêts et les plantes indigènes d'une terre composée de la poussière des morts et des débris des empires. Souvent,