VILLEMAIN
lière et simple , quelque chose qui le rapprochait des autres citoyens. Il gardait presque Tégalité républicaine ; il refusait ce titre de seigneur qui , cinquante ans plus tard , fut donné dans Rome même aux moins importants personnages. Il n'avait aucun faste de cour, aucune imitation des despotes d'Asie. L'empire était pour Auguste une sorte de fonction publique, hors de laquelle il remplissait tous les devoirs d'homme et de citoyen.
Les principaux de Rome l'appelaient à leurs affaires et à leurs fêtes. Il assistait à des assemblées domestiques, à des conseils de famille, où il opinait le dernier. Respectant tous les usages anciens , tous les droits des anciennes mœurs, il laissait même au sénat et au barreau une grande liberté d'opinion et de langage.
Voilà les causes qui , plus puissantes que la protection de Mécènes, permirent aux lettres de fleurir sous Auguste. Il y avait encore de l'élévation dans les esprits, et l'imagination se complaisait sans péril aux souvenirs du passé.
La grande éloquence seule, l'éloquence du forum, n'était plus. Auguste, dit un ancien , avait pacifié l'éloquence comme tout le reste. Pacifier l'éloquence, c'est l'éteindre. Le mot par lui-même est assez expressif; mais il indique en même temps qu'aucune idée d'oppression violente ne s'attachait alors dans les esprits à ce changement de l'état politique.
La gloire de Rome, l'inmiensité de son empire, cette soumission paisible de tant de peuples flattait l'orgueil des Romains. Ils se croyaient moins les sujets d'Auguste que les maîtres des autres nations ; et Virgile, par un ingénieux détour, ne pouvant plus les appeler le peuple-libre, les appelait le peuple-roi.
{Véîangti hisloriquei et littéraires.)
Rèffne de Loals XIV.
Un roi plein d'ardeur et d'espérance saisit lui-même ce sceptre qui , depuis Henri-le-Grand , n'avait été soutenu que par des favoris et des ministres. Son âme , que l'on croyait
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subjuguée par la mollesse et les plaisirs, se déploie, s'affermit et s^éclaire, à mesure qu'il a besoin de régner. Il se montre vaillant, laborieux , ami de la justice et de la gloire. Quelque chose de généreux se mêle aux premiers calculs de sa politique. Il envoie des Français défendre la chrétienté contre les Turcs, en Allemagne et dans Tîle de Crète : il est protecteur avant d'être conquérant; et, lorsque l'ambition l'entraîne à la guerre, ses armes heureuses et rapides paraissent justes à la France éblouie. La pompe des fêtes se mêle aux travaux de la guerre , les jeux du carrousel aux assauts de Yalenciennes et de Lille. Cette altière noblesse , qui fournissait des chefe aux factions , et que Richelieu ne savait dompter que par les ^chafauds, est séduite par les paroles de Louis, et récompensée par les périls qu'il lui accorde à ses côtés. La Flandre est conquise, l'Océan et la Méditerranée sont réunis; de vastes ports sont creusés ; une enceinte de forteresses environne la France ; les colonnades du Louvre s'élèvent ; les jardins de Versailles se dessinent ; l'industrie des Pays-Bas et de la Hollande se voit surpassée par les ateliers nouveaux de la France; une émulation de travail, d'éclat, de grandeur, est partout répandue, un langage sublime et nouveau célèbre toutes ces merveilles et les agrandit pour l'avenir. Les Épîtres de Boileau sont datées des conquêtes de Louis XIV; Racine porte sur la scène les faiblesses et l'élégance de la cour ; Molière doit à la puissance du trône la liberté de son génie ; La Fontaine luimême s'aperçoit des grandes actions du jeune roi , et devient flatteur. Voilà le brillant tableau qu'offrent les vingt premières années de ce règne mémorable.
(Discours (Pouvewfure, iS«4.)
L*Orateiir dirétlen.
Le christianis-ne élevait une tribune où les plus sublimes vérités étaient annoncées hautement pour tout le monde , où les plus pures leçons de la morale étaient rendues familières h. la multitude ignorante; tribune formidable, devant laquelle