‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 17 sur 127 · Même, dans le sens de surtout. 10. Fait vœu · texte numérisé non relu

Même, dans le sens de surtout. 10. Fait vœu

MONTAIGNE (Michel de) naquit au château de ce nom dans le Périgord. Il fit d'excellentes études, soit dans la maison de son père, soit au collège de Bordeaux ; il voyagea en France, en Allemagne , en Suisse , en Italie , et toujours en observateur curieux et en philosophe profond. 11 remplit honorablement plusieurs fonctions publiques, entre autres celle de maire de Bordeaux, et revint enfin habiter son ch&teau et s^y livrer tout entier à la philosophie. C'est là qu'il a pu achever l'ouvrage qui lui a fait une réputation immortelle, sous le titre modeste d'Essais. On ne peut en donner une idée par l'analyse, car c^est une réunion de chapitres traitant des sujets les plus divers safïs aucune liaison entre eux. Vous trouverez même tel chapitre intitulé des lois, où il n'y a pas quatre lignes sur ce sujet. Aussi Balzac disait-il de lui : « Montaigne sait bien ce qu'il dit, mais il ne sait pas toujours ce qu'il va dire. » Les Essais de Montaigne ne sont pas moins de tous nos vieux livres le plus lu et le plus médité. C'est que, en effet, c'est un champ fertile, où les fleurs et les fruits sont mêlés sans aucun art II y a tant d'esprit, de bon sens, de naïveté, de finesse, de génie, que le désordre de ses pensées plait plus que l'arrangement symétrique d'un écrivain médiocre.

Montaigne mourut le 15 septembre 1592.

Par dlverfl moyens on arrive * pareille fin.

La plus commune façon d'amollir les cœurs de ceux qu'on a offensés, lorsqu'ayant la vengeance en main , ils nous tiennent à leur merci, c'est de les émouvoir , par soumission, à 'commisération et à pitié. Toutefois la braverie ' et la constance, moyens tout contraires, ont quelquefois servi à ce même effet Edouard, prince de Galles, celui qu régenta

Le courage 2. Gouverna

longtemps notre Guyenne , personns^e duquel les conditions et la fortune ont beaucoup de notables parties de grandeur » ayant été bien fort offensé par les Limosins , et prenant leur vifle par force, ne put être arrêté par les cris du peuple et desfenunes et enfants abandonnés à la boucherie , lui criant merci, et se jetant à ses pieds ; jusqu'à ce que, passant toujours outre dans la ville, il aperçut trois gentilshommes français qui d'une hardiesse incroyable soutenaient seuls l'effort de son armée victorieuse. La considération et le respect d'une si notable vertu reboucha ^ premièrement la pointe de sa colère ; et commença ^ par ces trois à faire miséricorde à tous les autres habitants de la ville. Scanderberch , prince de l'Épire , suivant un soldat des siens pour le tuer ; et ce soldat, ayant essayé par toute espèce d'humilités et de supplications de l'apaiser, se résolut à toute extrémité de l'attendre l'épée au poing. Cette sienne résolution arrêta sus bout ^ la furie de son maître, qui , pour lui avoir vu prendre un si honorable parti, le reçut en grâce. Cet exemple pourra souffrir autre interprétation * de ceux qui n'auront lu la prodigieuse force et vaillance de ce prince-là. L'empereur Conrad III , ayant assiégé Guelphe duc de Bavière, ne voulut condescendre à plus douces conditions, quelque viles et lâches satisfactions qu'on lui offrît , que de permettre seulement aux gentilsfemmes ^ qui étaient assiégées avec le duc de sortir , leur honneur sauve ^, à pied avec ce qu'elles pourraient emporter sur elles. Elles» d'un coeur magnanime , s'avisèrent de charger sur leurs épaules leurs maris, leurs enfants, et le duc même. L'empereur prit si grand plaisir à voir la gentillesse de leur courage, qu'il en pleura d'aise, et amortit toute cette aigreur d'inimitié mortelle et capitale qu'il avait portée contre ce duc ; et dès Ion* en avant ^ traita humainement lui et les siens. L'un et l'autre de ces deux moyens m'emporterait aisément , car j'ai une

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