CORNEILLE
La nouveauté de ce genre de comédie, dont il n'y a point d'exemple en aucune langue , et le style naïf, qui faisait une peinture de la conversation de& honnêtes gens , furent sans doute causes de ce bonheur surprenant, qui fit alors tant de bruit On n'avait jamais vu jusque là que la comédie fît rire sans personnages ridicules, tels que les valets bouffons, les parasites , les capitansS les docteurs, etc. Celle-ci faisait son effet par l'humeur enjouée de gens d'une condition au-dessus de ceux qu'on voit dans les comédies de Plante et de Térence, qui n'étaient que des marchands. Avec tout cela, j'avoue que l'auditeur fut bien facile ^ à donner son approbation à une pièce , dont le noeud n'avait aucune justesse. Éraste y fait contrefaire des lettres de Mélite et les porter à Phikûidre. Ce Philandre est bien crédule de se persuader d'être aimé d'une personne qu'il n'a jamais entretenue, dont il ne connaît point l'écriture, et qui lui défend de l'aller voir, cependant qu'elle reçoit^ les visites d'un autre, avec qui il doit avoir une amitié assez étroite, puisqu'il est accordé^ de sa sœur. Il fait ï^us, sur la légèreté d'une croyance si peu raisonnable, il renonce à une affection dont il était assuré , et qui était prête d'avoir son effet Éraste n'est pas moins ridicule que lui de s'imaginer que sa fourbe causera cette rupture, qui serait toutefois inutile à son dessein , s'il ne savait de certitude que Philandre, malgré le secret qu'il lui fait demander par Mélite dans ses fausses lettres, ne manquera pas à les montrer ^ à Tircis ; que cet amant favorisé croira plutôt un caractère qu'il n'a jamais vu que les assurances d'amour qu'il reçoit tous les jours de sa maîtresse; et qu'il rompra avec elle sans lui parler de peur de s'en éclaircir. Cette prétention d'Éraste ne pouvait être supportable à moins d'une révélation, et Tircis, qui est l'honnête homme de la pièce, n'a pas l'esprit moins
1. Personnages fenfA'ons de 3. Pendant qu^elle reçoit Tancienne comédie. 4. L'accordé. Ce mot est ici