‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 41 sur 127 · Complaisant GVst une espèce substantif · texte numérisé non relu

Complaisant GVst une espèce substantif

d'hypallage du sens actif au sens 5. De les montrer : ob dit au»

passif, asseï commune en français, jourd'liui manquer de.

léger que les deux autres, de s'abandonner au désespoir par une même facilité de croyance, à la vue de ce caractère inconnu. Les sentiments de douleur qu'il en peut légitimement concevoir devraient du moins l'emporter à faire quelques reproches à celle dont il se croit ti-ahi, et lui donner par là l'occasion de le désabuser. La folie d'Éraste n'est pas de meilleure trempe. Je la condamnais dès lors en mon âme ; mai^; comme c'était un ornement de théâtre qui ne manquait jamais de plaire et se faisait souvent admirer, j'affectai volontiers ces grands égarements et en tirai un effet que je tiendrais encore admirable en ce temps. C'est la manière dont Éraste fait connaître à Philandre, en le prenant pour Minos y la fourbe qu'il lui a faite et l'erreur où il l'a jeté. Dans tout ce que j'ai fait depuis, je ne pense pas qu'il se rencontre rien de plus adroit pour un dénouement K

Tout le cinquième acte peut passer pour inutile. Tircis et Mélite se sont raccommodés avant qu'il commence, et par conséquent l'action est terminée. Il n'est plus question que de savoir qui a fait la supposition des lettres, et ils pouvaient l'avoir su de Cloris à qui Philandre l'avait dit pour se justifier. 11 est vrai que cet acte retire Éraste de folie , qu'il le réconcilie avec les deux amants et fait son mariage avec Cloris ; mais tout cela ne regarde plus qu'une action épisodique , qui ne doit pas amuser le théâtre quand la principale est unie ; et surtout ce mariage a si peu d'apparence qu*il est aisé de voir qu'on ne le propose que pour satisfaire à la coutume de ce temps-là , qui était de marier tout ce qu'on introduisait sur la scène. 11 semble même que le personnage de Philandre, qui part avec un ressentiment ridicule , dont on ne craint pas l'effet, ne soit point achevé, et qu'il lui fallait 2 quelque cousine de Mélite ou quelque sœur d'Éraste pour le réunir avec les

1. Cet expédient n'est pas aussi 2. Discordance de mode : soit

heureux que Corneille le suppose, de la phrase précédente appelait

Mais enfin il réussissait alors : au- fallût dans celle-ci , pour que le

jourd^hui on ne le supporterait il semble régît de part et d'autre

pas. un subjonctif.

CORNEILLE. Ui

autres. Mais dès lors je ne m*assujettissais pas tout à fait à cette mode , et me contentai ^ de faire voir Fassiette de son esprit sans prendre soin de le pom-voir d'une autre femme.

Quant à la durée de Faction, il est assez visible qu'elle passe Funité de jour, mais ce n'en est pas le seul défaut ; il y a de plus une inégalité d'intervalle entre les actes qu'il faut éviter \ U doit s'être passé huit ou quinze jours entre le premier et le second et autant entre le second et le troisième; mais du troisième au quatrième , il n'est pas besoin de plus d'une heure , et il en faut encore moins entre les deux derniers de peur de donner le temps de se ralentir à cette chaleur qui jette Éraste dans l'égarement d'esprit Je ne sais même si les personnages qui paraissent deux fois dans un même acte, posé que cela soit permis, ce qae j'examinerai ailleurs, je ne sais, dis-je, s'ils ont le loisir d'aller d'un quartier de la ville à Fautre , puisque ces quartiers doivent être si éloignés l'un de l'autre, que les actem*s aient lieu de ne pas s*entreconnaître\ Au premier acte, Tircis, après avoir quitté Mélite chez elle, n'a que le temps d'environ soixante vers pour aller chez lui, où il rencontre Philandre avec sa sœur, et n'en a guère davantage au second à refaire le même chemin. Je sais bien que la représentation racourcit la durée de Faction , et qu'elle fait voir en deux heures, sans sortir de la règle , ce qui souvent a besoin d'un jour entier pour s'effectuer; mais je voudrais que, pour mettre les choses dans leur justesse , ce raccourcissement se ménageât dans les intervalles des actes, et que le temps qu'il faut perdre s'y perdit, en sorte que chaque acte n'en eût pour la partie de l'action qu'il représente, que ce qu'il en faut pour sa représentation.

Ce coup d'essai a sans doute encore d'autres irrégularités,

i. Discordance dans le temps. 3. Beau mot aujourd'hui inu-

2. Que se rapporte à Ftn^^a/tfe, site, et plus précis que le simple et non aux actes. se connaître*

mais je ne m'attache pas^ à les examîiier si ponctuellement» que je m*d)stine à n'en vouloir oublier aucune. Je pense avoir marqué les plus notables , et pour peu que le lecteur ait d'indulgence pour moi, j'espère qu'il ne s'offensera pas d'un peu de n^ligenee pour le reste.

{Théâtre de CorneUi^.)

MÉZERAT,

IfÉZfiRÂY (Fbançois-Ec»ss m) naquit à Rye (Bass&NoraMiDdie). Cest un de nos anciens historiens. Il écrivit, après Dupleix, une g^rande Histoire de France, en 3 Tolumes m-foHo, qu^on ne lit plus guère. Méxeray n^était pas assez instruit, et ne voulait pas se donner la peine de s^instruire. II avouait bonnement qu'il écrivait d*après ceux qui avaient compilé avant hii. Mais il aimait la vérité, et la disait avec une énergie qui lui fat quelquefois ftineste. Il BKinquait de noblesse, de correction, de décence même dans son style ; mais il avait de la vivacité et de Ténergie. Plusieurs de ses morceaux oratoires sont dignes d^ètre comparés aux beaux discours de SaHusIe*

Mézeray entra à l'Académie française en 1648, après la mort de Voitwe ; il nooml à Paris le 10 juillet 16âa.

Jàeifties Molay à «es Juge».

N'attendez pas, messieurs, que, gentilbofome et chevalier, j*aine noircir^ par tme atroce calomnie, la réputatioa de tant de gens de bien à qui j'ai si sonTent t» faire des actions d'honneur. Us ne sent coupables ni de lâcheté ni de trahison; et , si vous en voyez ici deux qui perdent leur honneur et leur âme pour sauver leur misérable vie , vous en avez va mille périr constamment dans les gênes ^ et ccmfîrmer par leur mort l'innocence de leur vie. Je vous demande donc pardon , victimes illustres et généreuses, si , par une lâche complaisance, je vous ai faussement accusées de quelques crimes devant le roi à Poitiers; j'ai été un calomniateur ; tout ce que j'ai dit est faux et controuvé : j'ai été un sacrilège moi-même et un im- [»e de proférer de si exécrables mensonges contre un ordre

i. Les tourments.

lik PROSE.

si saint, si pieux et si catholique. Je le reconnais pour tel, et innocent de tous les crimes dont la malice des hommes a osé le charger; et parce que je ne saurais jamais assez réparer de parole le crime que j'ai commis en le calomniant, il est juste que je meure, et je m'offre de bon cœur à tous les tourments qu'on me voudra faire souffrir. Sus donc ' (en se tournant vers les cardinaux), inventez-en de nouveaux pour moi, qui suis le seul coupable : achevez sur ce misérable corps, achevez les cruautés que vous avez exercées sur tant d'innocents. Allumez vos bûchers; faites-y conduire le dernier des Templiers , et rassasiez enfin votre cupidité des richesses qui font tout leur crime, et qui ne sont que le prix glorieux de leurs travaux pour la protection de la foi et la défense des saints lieux.

{Hutoire de France.)

Le maréchal de Blron ft Henrt IV.

Quoi ! Sire , on vous conseille de monter sur mer, conmie s'il n'y avait pas d'autre moyen de conserver votre royaume que de le quitter! Si vous n'étiez pas en France, il faudrait percer au travers de tous les hasards et de tous les obstacles pour y venir; et maintenant cpie vous y êtes, on voudrait que vous en sortissiez ! et vos amis seraient d'avis que vous fissiez de votre bon gré ce que les plus grands efforts de vos ennemis ne sauraient vous contraindre de faire! En l'état où vous êtes, sortir seulement de la France pour vingirquatre heures, c'est s'en bannir pour jamais.

Le péril , au reste, n'est pas si grand qu'on vous le dépeint. Ceux qui nous pensent envelopper sont, ou ceux mêmes que nous avons tenus enfermés si lâchement à Paris , ou gens qui ne valent pas mieux, et (jui auront plus d'affaires entre euxmêmes que contre nous. Enfin , Sire, nous sommes en France, il nous y faut enterrer : il s'agit d'un royaume, il faut l'emporter ou y perdre la vie : et (juand même il n'y aurait point d'autre sûreté pour votre personne sacrée que la fuite, je sais

i. Allons donc. Interjection pour exhorter, aujourd'hui Tieillié.

MÉZERAY. /i5

bien que vous aimeriez mieux mille fois mourir de pied ferme, que de vous sauver par ce moyen. Votre Majesté ne souffrirait jamais qu'on dît qu'un cadet de la maison de Lorraine lui aurait fait perdre terre; encore moins qu'on la vît mendier à la porte d'un prince étranger.

Non , Sire, il n'y a ni couronne ni honneur pour vous audelà de la mer. Si vous allez au-devant du secours de l'Angleterre , il reculera. Si vous vous présentez au port de la RocheUe en homme qui se sauve, vous n'y trouverez que des reproches et du mépris. Je ne puis croire que vous deviez plutôt fier « votre personne à l'inconstance des flots et à la merci de l'étranger, qu'à tant de braves gentilshommes et tant de vieux soldats qui sont prêts à lui servir de rempart et de bouclier; et je suis trop serviteur de votre Majesté pour lui dissimuler que, si elle cherchait sa sûreté ailleurs que dans leur vertu , ils seraient obUgés de chercher la leur dans un autre parti que dans le sien K

{Histoire de France,)

le maréchal de BlroD le fils à ses Jases.

Je vous ai rétablis, Messieurs, sur les fleurs de lis, d'où les saturnales de la Ligue vous avaient chassés. Ce corps, qui dépend de vous aujourd'hui, n'a veine qui n'ait saigné pour vous. Cette main , qui a écrit ces lettres produites contre moi , a fait tout le contraire de ce qu'elle écrivait...

Il est vrai: j'ai écrit, j'ai pensé, j'ai dit, j'ai parlé plus que je ne devais faire. Mais où est la loi qui punit de mort la légèreté de la langue et le mouvement de la pensée? Ne pouvais-je pas desservir le roi en Angleterre et en Suisse? Cependant j'ai été irréprochable dans ces deux ambassades; et, si vous considérez avec quel cortège je suis venu , dans quel état j'ai laissé les places de Bourgogne , vous reconnaîtrez la

i. Confier : le simple ne se 2. Voltaire a cité ce discours prend plus guère que dans le sens tout entier dans son Dictionnaire réfléchi , se fier, philosophique, au mot étoqttence.

confiance d'un homme qui compte sur la parole de son roi , et la fidélité d'un sujet bien éloigné de se rendre souverain dans son gouvernement

J'ai voulu mal faire; mais ma volonté n'a point passé les bornes d'une première pensée, envelq)pée dans les nuages de la cdère et du dépit; et ce serait chose bien dure que l'on commençât par moi à punir les pensées. La reine d'An^eterre m'a dit que si le comte d'Essex eût demandé pardon, il l'aurait obtenu; je le demande aujourd'hui : le comte d'Ëssex était coupable, et moi je suis innocent.

Est-il possible que le roi ait oublié mes services? Ne se souvient-il plus du siège d'Amiens, où il m'a vu tant de fois, couvert de feu et de plomb , courir tant de hasards pour donner ou recevoir la mort? Le cruel, il ne m'a jmnais aimé que tant qu'il a cru que je lui étais nécessaire. Il éleint k flambeau en mon sang, après qu'il s'en est servi. Mon père a souffert la mort pour lui mettre la couronne sur la tête. J'ai reçu quarante blessures pour la maintenir, et, pour récompense, il m'abat la tête des épaules. C'est à vous, Messieurs, d'empêcher une injustice qui déshonorerait son règne , et de lui conserver un serviteur, à l'État un bon guerrier, et au roi d'Espagne un grand ennemi.

(Histoire de Frante.)

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