LA ROCHEFOUCAULD
BOQohalaiice quand <eUes sont unies. 11 a ime gnuide firéseQce d*-e^it , et iiail; teUemeot toumierÀ mm. a¥antage les eccasions qae èà foitu&e lui «offre,^ ^'il ^mble qu'il les ait prévnes et âémées. ilaime àvaoonler : ril veut >éhJdttir iudiff^emmeat iMis ceux cpû Féofrateiit par des aventure» extraordinaires, et 80ii¥ent son imagination lui founait:|)lus>que sa mémoire.
11 est iaox dmis là plnp«rtrde^s«quaîités; et ce qui a le plus contribué à sa réputation, est de savoir «donner un beau jour à ses d^auts. Il est insensible à la haine et à Tamitié, quelque soin qu'il ait pris de paraître occupé de Tune ou de l'autre. Il est incapable d'envie et d'avarice, soit par vertu , soit par inapplication. Il a plus emprunté de ses amis, qu'un particulier ne pouvait espérer de pouvoir^ leur rendre ; il a senti de la vanité à trouver tant de crédit , et à entreprendre de s'acquitter. Il n'a point de goût ni de délicatesse ; il s'amuse à tout et ne se plaît à rien. Il évite avec adresse de laisser pénétrer qu'il n'a qu'une légère connaissance de toutes choses. La retraite qu'il vient de faire est la plus éclatante et la plus fausse action de sa vie; c'est un sacrifice qu'il fait à son orgueil, sous prétexte de dévotion. Il quitte la cour où il ne peut s'attacher, et il s'éloigne du monde qui s'éloigne de lui2.
[Mémoires.)
Be la Gonversatton.
Une des choses qui fait ^ que l'on trouve si peu de gens qui paraissent raisonnables et agréables dans la conversation , c'est qu'il n'y a presque personne qui ne pense plutôt à ce qu'il veut dire qu'à répondre précisément à ce qu'on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants se contentent de mon-
i. Tautologie blâmable. La Rochefoucauld de son eonemi.
2. Ce portrait n'est pas;flalté. \oy» U Esprit de la Fronde,\iY. XI *
La haine que se portaient ces deux chap. 6.
hommes doit faire révoquer en 3. Nous disons aujourd'hui une
doute une partie du mal que dit des choses qui font.
trer seulement une mine attentive, en même temps que l*on voit dans leurs yeux et dans leur esprit un égarement pour ce que Ton dit, et une précipitation pour retourner à ce qu'ils veulent dire, au lieu de considérer que c'est un mauvais moyen de plaire aux autres, ou de les persuader, que de chercher si fort à se plaire à soi-même, et que bien écouter et bien répondre est une des plus grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.
(Maximti.)
RETZ (Jean-François-Paul db Gondi, cardinal de) naquit à Montmirail en Brie. Sa famille le força d'embrasser Télat ecclésiastique, pour lequel il n'avait aucune disposition. Il fit ses études avec succès, prit le bonnet de docteur en Sorbonne en 1643, et fut nommé la même année coadjuteur de Tarchevêque de Paris, son oncle. Dès que le cardinal Mazarin eut été mis à la tête du ministère , Retz se jeta dans le par(i de la Fronde. Par Tascendant de sa place, de son nom et de ses talents, il précipita le parlement dans les cabales et le peuple dans la sédition. Il se réunit secrètement avec la cour pour avoir le chapeau de cardinal , qui lui fut donné en 1651 , et ne cabala pas moins. Enfin il fut arrêté au Louvre, conduit àVincennes, et de là dans le château de Nantes, d'où il se sauva. Après avoir erré longtemps dans les pays étrangers, il revint en France en 1661. Il s'était réconcilié avec la cour en abandonnant l'archevêché de Paris, et obtint en dédommagement l'abbaye de Saint-Denis. C'est là qu'il vécut assez modestement pour pouvoir rembourser à ses créanciers plus d'un million d'écus. Il écrivit aussi ses Mémoires y dont Voltaire a dit qu'on y trouve un air de grandeur, une impétuosité de génie et une inégalité qui sont l'image de la conduite de l'auteur. Il les composa dans sa retraite, avec l'impartialité d'un philosophe, mais d'un philosophe qui ne l'a pas toujours été. Il ne s'y ménage point et ne ménage pas davantage les autres. Le style est d'ailleurs souvent incorrect et quelquefois louche et embarrassé, mais plein de vie et de mouvement.
Aussi, malgré ces défauts, les Mémoires de Retz sont au nombre des livres les plus originaux et les plus précieux de notre littérature.
Retz mourut à Paris en 1679.
L'enlèvement de Bronssel.
Le lendemain de la fête, c'est-à-dire le 26 d'août de 16/i8, le roi alla au TeDeum, L'on borda, selon la coutume, depuis le Palais-Royai jusqu'à Notre-Dame, toutes les rues de soldats du
régiment des gaines. Aussitôt que le roi fut revenu au Palais- Royal, Ton forma de tous ces soldats trois bataillons, qui demeurèrent sur le Pont-Neuf et dans la place Dauphlne. Comminges, lieutenant des gardes de la reine, enleva dans un carrosse fermé le bonhomme Broussel, conseiller de la grand*chambre, et il le mena à Saint-Germain. BlancménU, président aux enquêtes, fut pris en même temps aussi chez lui, et il fut conduit au bois de Vincennes. Vous vous étonnerez du choix de ce dernier; et si vous aviez connu le bonhonmie Broussel, vous ne seriez pas moins surpris du sien. Je vous expliquerai ce détail en temps et lieu ; mais je ne vous puis exprimer la comstematiim qui parut dans Paris le premier quart d*beure de Tenlèvement de Broussel, et le mouvement qui se fit dès le second. La tri^esse ou plutôt rabattement saisit jusqu'aux enfants; Ton se regardait et Ton ne se disait rien. L'on éclata tout d'un coup : Ton s'émut, l'on ceurut, l'on cria, l'on ferma les boutiques. J'en fus averti, et quoique je ne fusse pas insensible à la manière dcHit j'avais été joué la veille au Palais-Royal, où l'on m'avait même prié de faire savoir à ceux qui étaient de mes amis dans le parlement que la bataille de Lens n'y avait causé que des mouvements 4e modération et de douceur; quoique, di&-je, je fusse très piqué, je ne laissai pas de prendre le parti, sans balancer, «d'aller trouver la reine et de m'attacher à mon devoir préférahlement à toutes choses. Je le dis en ces propres termes à Chapelain, à Gombenille et à Plot, chanoine de Notre-Dame et présentement chartreux , qui avaient dîné chez moi. Je sortis en rocbet et camail, et je ne fus pas au Marché-Neuf que , je fus accablé d'une foule de peuple qui hurlait plutôt qu'il * ne criait. Je m'en démêlai en leur disant' que la reine leur ferait justice. Je trouvai sur le Pont-Neuf le maréchal de la Meilleraye à la tête des gardes, qui , bien qu'il n'eût encore en tête que quelques enfants qui disaient des injures et qui jetaient des pierres aux soldats, ne laissait pas d'être fort embarrassé,
1. Elle ; il s'agit m de la foule 2. Lai ; ce mot se rapporte à du peuple fouie, qui est du singulier*
liarce qu'il voyait qne le nuage commençait à grossir de tous côtés. Il lut très aise de me voir et m'exhorta à dire à la reine ia vérité. Il s'offnt d'en venir lui-même rendre témoignage. J'en fus très aise à mon tour, et nous allâmes ensemble au PjdaifrAoyal , suivis d'un nomlffe infini de peuple qui criait : « BroQssdl, ftroDssel! » Noo» trouvâmes la reine dans le grand cabinet, accompagnée de M. le duc d'Orléans, du cardinal Mazaiin , -de AL le duc de LongueviUe, du maréchal de YHleroyvde l'abbé <deia ilivière, de Beautru, deOuitaut, capitaine 4e ses gardes, et de Nogent. Elle me reçut < ni bien ni mal Elle était trop ôère et trop aigre pour avoir de la hiuite de ce qu'elle avait dit la veille; et le cardinal n'était pas assez honnête homme pour en avoir de ia bonne \ Il me parut toutefois mi peu «sbarraasé et il me fit une e^ce de galimatias ,par lequel , sans me l'oser toutefois dire, il eût été bien aise que j'eusse GOBÇtt qn'My avait eu des raisons toutes nouvelles qui avaient oUigé la reine à se:porter à la résolution que l'on avait prise. Je feignis que Je prenais pour bon tout ce qu'il lui plut de me dire, et je lui répondis simplement que j'étais venu là pour me rendre à mon devoir, pour recevoir les commandements de la reine et pour contribuer de tout ce qui serait en mon pouvoir an repos -et à la tranquillité. La reine me fit un petit signe de la tête comme pour me remercier; mais je ^us depuis qu'elle avait remarqué, et remarqué en mal, cette dernière fiarole , qui était pourtant très innocente et même fort dams l'ordre en la bouche d'un coadj^eur de Paris. Mais il est vrai de dire qu'auprès des princes il est aussi dangereux et presque aussi criminel de pouvok* le bien que de vouloir le mal Le maréchal de la Meilleraye, qui vit que la Rivière, fieantru et Nogent traitaient l'émotion de bagatelle et qu'ils la tournaient même en ridicule, s'em^rta ; il parla avec force et s'en raj^rta à mon témoignage. Je le rendis avec liberté et je confirmai ce qu'il af¥<aît dit et prédit du mouvement. Le car-