Et plus entière. signifie que la raison lui porle en
2. Expression remarquable qui vie en cela et ne peut l'aueindrc.
C'est de cette façon que Ton peut aujourd'hui prendre d'autres sentiments et de nouvelles opinions sans mépriser les anciens et sans ingratitude envers eux, puisque les premières connaissances qu'ils nous ont données ont servi de degi*és aux nôtres ; que , dans ces ouvrages , nous leur sommes redevables de l'ascendant que nous avons sur eux, parce que, s'étant élevés jusqu'à un certain degré où ils nous ont portés, le moindre effort nous fait monter plus haut ; et avec moins de pdne et moins de gloire nous nous trouvons au-dessus d'eux. C'est de là que nous pouvons découvrir des choses qu'il leur était impossible d'apercevoir. Notre vue a plus d'étendue : et quoiqu'ils connussent aussi bien que nous tout ce qu'Us pouvaient remarquer de la nature, ils n'en connaissaient pas tant néanmoins, et nous voyons plus qu'eux.
Cependant, il est étrange de quelle sorte on révère leurs sentiments. On fait un crime de les contredire et un attentat d'y ajouter , comme s'ils n'avaient plus laissé de vérités à connaître.
N'est-ce pas là traiter indignement la raison de l'homme , et la mettre en parallèle avec l'instinct des animaux, puisqu'on en ôte la principale différence , qui consiste en ce que les effets du raisonnement augmentent sans cesse, au lieu que l'instinct demeure toujours dans un état égal? Les ruches des abeilles étaient aussi bien mesurées il y a mille ans qu'aujourd'hui , et chacune d'elles forme cet hexagone aussi exactement la première fois que la dernière. Il en est de même de tout ce que les animaux produisent par ce mouv^ent occulte. La nature les instruit à mesure que la nécessité les presse. Mais cette science fragile se perd avec les besoins qu'ils en ont : comme ils la reçoivent sans étude , Us n'ont pas le bonheur de la conserver; et toutes les fois qu'elle leur est donnée elle leur est nouvelle, puisque la nature n'ayant pour objet que de maintenir les animaux dans un ordre de perfection bornée , eDe leur inspire cette science simplement nécessaire et toujours égale , dé peur qu'Us ne tombent dans le dépérissement;
et ne permet pas qu'ils y ajoutent, de penr qu'ils ne passent les limites qu'elle leur a prescrites.
Il n'en est pas ainsi de Thomme , qui n'est produit que pour l'infinité. Il est dans l'ignorance au premier âge de sa vie; mais il s'instruit sans cesse dans son progrès : car il tire avantage, non seulement de sa propre ei^rience, mais encore de celle de ses prédécesseurs, parce qu'il garde toujours dans sa mémoire les connaissances qu'il s'est une fois acquises, et que celles des anciens lui sont toujours présentes dans les livres qu'ils en ont laissés. Et comme il conserve ces connaissances, il peut aussi les augmenter facilement; de sorte que les hommes sont aujourd'hui en quelque sorte dans le même état où se trouveraient ces anciens philosophes, s'ils pouvaient avoir vieilli jusqu'à présent, en> ajoutant aux connaissances qu'ils avaient celles que leurs études auraient pu leur acquérir à la faveur de tant de siècles. De là vient que , par une prérogative particulière , non seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences , mais que tous les hommes ensemble y font un continuel progrès , à mesure que l'univers vieillit , parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents» d'un particulier. De sorte que toute la suite des honunes, pendant le cours de tant de siècles, doit être conffldérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement. D'où l'on voit ^ avec combien d'injustice nous respectons l'an»tiquité dans ses philosophes. Car, comme la vieillesse est l'âge le plus distinct ^e l'enfance , qui ne voit que la vieillesse de cet homme universel ne doit pas être cherchée dans les temps proches de sa naissance, mais dans ceux qui en sont le plus éloignés?
Ceux que nous appelons anciens étaient véritablement uour veaux en toutes^ choses, et formaient l'enfance des hommes proprement; et comme nous avons joint à leurs connaissances l'expérience des »ècles qui les ont suivis , c'est en nous que
i. De là Ton voit.
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l'en peut txouver cette anëquité que uous révéreus dau» les autres. lis doivent êtce admirés dans les conséquences qu'ils ont bien tirées du peu de principes qu'ils avaient , et ils doivent être excusés danscefles où ils ont plutôt manqué du bon-* heur de Fexpérience que de la force du raisonnement.
L*Biiioiir*iHP09re.
La nature de Famour-propre et de ce moi humain est de Q-aimer que soi , et de ne considérer que soi. Mais que ferat-il? Il ne saurait empêcher que cet objet qu'il aime ne soit {^in de défauts et de misères; il veut être grand, et il se voit petit; il veut être heureux, et it se voit misérable ; il veut être parfait , et il se voit ptein d'imperfections; il veut être l'objet de l'amour et de l'estime des hommes, et il voit que ses défauts ne méritent que leur aversion et leur mépris. Cet embarras où il se trouve produit en lui la plus injuste et la plus criminelle pasMon qu'il soit possible de s'imaginer ; car il conçoit une haine mortelle contre cette vérité qui le reprend et qui le convainc de ses défauts. Il désirerait de l'anéantir ; et ne pouvant la détruire en elle-même , il la détruit, autant qu'il peut, dans sa connaissance et dans celle des autres , c'est-à-dire qu'il met toute son* application à couvrir ' se» défauts et aux autres et à soi-même, et qu'il ne peut s(mffrir qu^on les Itai tose voir, ni qn'on les voie.
C'est sans doute un mai que d'être plein de déiiauts ; mais c'est encore un plus grand mal que d'en être plein et de ne pas vouloir les connaître, puisque c^est y ajouter encore celui d'une illusion volontaire. ?9ons ne voulons pas que les autres nons trompent ; nous ne trouvons pas jnste qu'ils veuillent être estimés de nous plus qu'ils ne le méritent : il n'est donc pas juste aussi que nous les trompions, et que ^ nous voulions qn'ils nous estiment plus que nous ne méritons.