BOURDALOUE
BOURDALOUE (Louis) naquit à Bourges. Il Gt ses études chez les jésuites et y enseigna pendant quelque temps la rhétorique, la philosophie et la théologie. Il vint à Paris en 1669, époque où, dans la chaire « le mauvais goût dominait encore ; ses sermons commencèrent la réforme et alors, dit Voltaire, on entendit enfin dans la chaire la raison élo^' quente. Louis XIV fut vivement ému de son éloquence, et il fit appeler dix ans de suite Bourdaloue à Versailles pour y prêcher soit TA vent, soit le Carême.
Bourdaloue est surtout remarquable comme dialecticien ; il est admirable du côté di} raisonnement. Mais il a peu d'onction et même de pathétique. II a cette force qui vient de la raison, du vrai mis dans toat son jour, par un esprit solide et ferme, et non celle qui vient du sentiment, des mouvements d'un cœur tendre et affectueux.
Bourdaloue mourut à Paris le 13 mai 170Â.
L'oubli et l'ftlMindOD des pauTres.
Combien de pauvres sont oubliés ! combien demeurent sans secours et sans assistance! Oubli d'autant plus déplorable, que, de la part des riches, il est volontaire, et par conséquent criminel. Je m'explique : combien de malheureux réduits aux dernières rigueurs de la pauvreté et que Ton ne soulage pas, parce qu'on ne les connaît pas, et qu'on ne veut pas les connaître ! Si l'on savait l'extrémité de leurs besoins , on aurait pour eux, malgré soi, sinon de la charité, au moins de l'humanité. A la vue de leur misère, on rougirait de ses excès, on aurait honte de ses délicatesses, on se reprocherait ses folles dépenses, et l'on s'en ferait avec raison des crimes. Mais parce qu'on ignore ce qu'ils souffrent , parce qu'on ne veut
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pas s*cn instruire , parce qu*on craint d*en entendre parler, parce qu'on les éloigne de sa présence, on croit en être quitte en les oubliant; et , quelque extrêmes que soient leurs maux, on y devient insensible.
Combien de véritables pauvres, que l'on rebute comme s'ils ne l'étaient pas , sans qu'on se donne et qu'on veuille se donner la peine de discerner s'ils le sont en effet I Combien de pauvres dont les gémissements sont trop faibles pour venir jusqu'à nous , et dont on ne veut pas s'approcher pour se mettre en devoir de les écouter ! Combien de pauvres abandonnés ! Combien de désolés dans les prisons ! Combien de languissants dans les hôpitaux I Combien de honteux dans les fainilles particulières! Parmi ceux qu'on connaît pour pauvre , et dont on ne peut ni ignorer ni même oublier le douloureux état, combien sont négligés! combien sont durement traités , combien manquent de tout, pendant que le riche est dans l'abondance , dans le luxe , dans les délices I S'il n'y avait point de jugement dernier , voilà ce que l'on pourrait appeler le scandale de la Providence , la patience des pauvres outragée par la dureté et par l'insensibilité des riches.
( Sérmotu.)
Ce qui Unît les héros.
J'appelle le principe de ses grands exploits cette ardeur martiale qui, sans témérité ni emportement, lui faisait tout oser et tout entreprendre; ce feu qui, dans l'exécution, lui rendait tout possible et tout facile ; cette fermeté d'âme que jamais nul obstacle n'arrêta , que jamais nul péril n'épouvanta, que jamais nulle résistance ne lassa , ni ne rebuta : cette vigilance que rien ne surprenait; cette prévoyance à laquelle rien n'échappait; cette étendue de pénétration avec laquelle, dans les plus hasardeuses occasions, il envisageait d'abord tout ce qui pouvait ou troubler, ou favoriser l'événement des choses ; semblable à un aigle dont la vue perçante fait en un moment la découverte de tout un vaste pays : cette promptitude à prendre son parti, qu'on n'accusa jamais en lui de
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précqntatkm, et qui , sans aToir ]*inconTénieiit de la lenteur des autres, en avait toute k malurité; cette science qu'il pratiquait si bien , et qui le readait si habile à {M*oûter des conjonctures, à prévenir les desseins des enn^ms presque avant qu'ils fussent cosiçus, et à ne pas perdre en vaines délibérations ces moments heureux qui décident du sort des armées ; cette activité que rien ne pouvait égaler , et qui , dans un jour de bataille , le partageant, pour ainsi dire, et le multipliant, faisait qu'il se trouvait partout , qu'il suppléait à tout, qa'û ralliait tout, qu'il maintenait tout : soldat et général tout à la fois , et , par sa présence , inspirant à tout le corps d'armée, jusqu'aux plus vils membres qui le ccmaposaient» son courage et sa valeur, ce sang-froid ^'11 saurait é lûen oonsarver dans la dialeur du combat, cette tnmqniffîté dont il n'était jamais plus sûr que quand on en venait awL mains, et dans l'horFeur de la mêlée ; cette modéraMion et cette douceiu* pour les siens, qui redouMaient à mesure que sa fierté contre Fennemi étak ^ne ; cet inflexft^e oubli de sa penNHUie , qui n'écouta jama» la ren«ntrance>, et auquel constamment déterminé ^, il se fit toujours un dciYvir de prodiguer sa vie, et un Jeu de braver la mort; car tout cela est le vif portrait que chacun de vous se fait, au moment que je parle, du prince que nous avons perdu ; et voilà ce qui fait le héros.
{Oraison funibrt da prince de Coudé. )
L'ambition montre à celui qu'elle aveugle, pour terme de ses poursuites, un état florissant où il n'aura plus rien à dési-
1. Phrase très obscure. Bour- jet. Il est déterminé auquel oubli; daloue veut dire que Condé, ou- mais oubli , comme nous venous de bliant tottt à fait le soin de sa per* le dire, ngnifiait Condé pour ]a sonne, ne voulut jamais écouter première phrase; il ne peut plus le les remontrances qu^on lui faisait signifier dans celle-ci : c'est donc à ce sujet. L'oubli ici est donc per- un véritable am|Aûgouri. Boardafonnifié; il représente Condé ou^ loue tombe quelquefois dans ce débliani. faut, pour vouloir trop allonger