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Ici c'est Ccndé qui est le su- ses périodes

BOUR»ALOUE. 119

rer, parce que ses vœux seront accompiis, où il goûtera le [^sir le phis doax pour hii , et do»t il est le plus sensiblement tonché : savoir, de dominer, d'ordomier, d'être l'arbitre des affiûres et le dispensateur des grâces, de brilla* dans un ini* nistère , dans une dignité éclatante; d*y recevoir Fenc^ns du public et ses soumissions ; de s*y foire o-aiiidre , honorer , respecta.

Tout cela rassemblé dans un point de vue lui trace Fidée la ^us agréable , et peint à son ioM^iiation Fobjet le plus conforme aux yœnx de son cœur. Mais dans le iond ce n'est qn'une idée, et voici ce qu'il y a de plus réel : c'est que pour atteindre jusque là, il y a mie route à tenir, pleine d'épines et de difficultés : c'est que, pour parvenir à cet état où Tarn* Mtion se figure tant d'agréments , il faut prendre mille mesures toutes également gênantes , et toutes contraires à ses inclinations; qu'à faut se miner * de réflexions et d'étude; rouler pensées sur pensées , dessus sur desseins, compter toutes ses parties , composer toutes ses démarches; avoir une attention perpétuelle et sans relâche, soit sur soi-même, soit sur les autres : c'est que, pour contenter une seule passion, qui est de s*élever à cet état , il faut s'exposer à devenir la proie de tontes ses passions; car y en a-t41 une en nous que l'ambition ne suscite contre nous?

Et u^est-ce pas elle qin, sdon les différentes conjonctures et les divers sentiments dont eOe est émue, tantôt nous aigrit des dépits les x^us amers , tantôt nous envenime des plus mortelles inimitiés , tantôt nous enflamme des plias profondes colères , tantôt nous accable des plus cruelles jalousies, qui font souffrir à une âme comme une e^ce d'enfer , et qui la déchirent par mille bourreaux intérieurs et domestiques? C'est que, pour se pousser à cet état, et pour se faire jour au travers de tous les (obstacles qui nous en ferment les avenues , il faut entrer en guerre avec des compétiteurs qui y prétendent aussi bien que Jions, qui nous éclairent dans nos intrigues»

1* Se fatiguer jusqu'à périr.

qui nous dérangent dans nos projets, qui nous arrêtent dans nos voies; qu'il faut opposer crédit à crédit, patron à patron , et pour cela s'assujettir aux plus ennuyeuses assiduités, essuyer mille rebuts , digérer mille dégoûts , se donner mille mouvements , n*être plus à soi et vivre dans le tumulte et la confusion. G*est que , dans l'attente de cet état , où Ton n'arrive pas tout d'un coup , il faut supporter des retardements capables non seulement d'exercer, mais d'épuiser toute la patience ; que , durant de longues années, il faut languir dans l'incertitude du succès, toujours flottant entre l'espérance et la crainte , et souvent , après des délais presque infinis , avoir encore l'affreux déboire de voir toutes ses»prétentions échouer, et ne remporter , pour récompense de tant de pas malheureusement perdus , qae la rai^e dans le cœur et la honte devant les hommes.

Je dis plus : c'est que cet état, si l'on est enfin assez heureux pour s'y ingérer', bien loin de mettre des bornes à l'ambition et d'en éteindre le feu , ne sert au contraire qu'à la piquer davantage etqu'à l'enflammer; que d'un degré on tend bientôt à un autre , tellement qu'il n'y a rien où l'on ne se porte, ni rien où l'on se fixe ; rien que l'on ne veuille avoir, ni rien dont on jouisse; que ce n'est qu'une perpétuelle suc^ cession de vues, de désirs, d'entreprises , et par une suite nécessaire , qu'un perpétuel tourment. C'est que, pour troubler toute la douceur de cet état, il ne faut souvent que la moindre circonstance et le sujet le plus léger , et qu'un esprit ambitieux s'en fait un monstre.

L'AmMtteaz.

Quelle idée vous formez-vous d'un ambitieux préoccupé du désir de se faire grand ? Si je vous disais que c'est un homme ennemi par profession de tous les autres hommes (j'entends de tous ceux avec qui il peut avoir quelque rapport d'intérêt) , un homme à qui la prospérité d'autrui est un supplice ; qui

i. S'y introduire.

BOUKDALOUE. 121

ne peut Toir le mérite , en quelque sujet qu*il se rencontre , sans le haïr et sans le combattre ; qui n*a ni foi , ni sincérité ; toujours prêt, dans la concurrence, à trahir Tun, à supplanter l'autre , à décrier celui-ci , à perdre celui-là , pour peu qu'il espère d'en profiter^; qui, de sa grandeur prétendue et de sa fortune , se fait une diyinité à laquelle il n'y a ni amitié, ni reconnaissance, ni considération , ni devoir qu'il ne sacrifie ; ne manquant pas de tours et de déguisements spécieux pour le faire même honnêtement selon le monde ; en un mot , qui n'aime personne , et que personne ne peut aimer; si je vous le figurais de la sorte, ne diriez-vous pas que c'est un monstre dans la société , dont je vous aurais fait la peinture? Et cependant , pour peu que vous fassiez de réflexion sur ce qui se passe tous les jours au milieu de vous , n'avouerez-vous pas que ce sont là les véritables traits de l'ambition , tandis qu'elle est encore aspirante , et dans la poursuite d'une fin qu'elle se propose ?

Un homme livré à l'ambition se laisse-t-il rebuter par les difficultés qu'il trouve sur son chemin? Il se refond, il se métamorphose, il force son naturel, et l'assujettit à sa passion. Né fier et orgueilleux, on le voit , d'un air timide et soumis, essuyer les caprices d'un ministre, mériter par mille bassesses la protection d'un subalterne en crédit, et se dégrader jusqu'à vouloir être redevable de sa fortune à la vanité d'un commis ou à l'avarice d'un esclave ; vif et ardent pour le plaisir, il c<Hisnme ennuyeusement, dans des antichambres et à la suite des grands, des moments qui lui promettaient ailleurs mille agréments ; ennemi du travail et de l'embarras , il remplit des emplois pénibles, prend non seulement sur ses aises, mais encore sur son sommeil et sur sa santé, de quoi y fournir ; enfin, d'une humeur serrée et épargnante, il devient libéral, prodigue même ; tout est inondé de ses dons, et il n'est pas jusqu'à l'affabilité et aux égards d'un domestique qui ne soient le prix de ses largesses.

{Strmons.)

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