‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 67 sur 127 · J. RACINE · texte numérisé non relu

J. RACINE

fit EN 16S9.

Pour la Notice , voir le Tome //.

Ëo quel état se troorait la seè&e française lorsque GoraeiUe comflKuçaàtrayailier! Quel désordre! quelle irrégnlanté l Nul ^m , nutte conoaissanGe des véritabies beautés du tiiéltre; les acteurs aussi igucunsHits que les spectateurs; la phqrartdes sujets extrayagants et dénués de Yraisembluioe; pcHnt de moeurs , point de caraetères ; la diction eaeore plus ▼icieuse que l'action, et dont les pointes et de misérables jeu de fliet» faisaient le principal ornement ; en un mot toutes les r^esée l*art, celles même de Fhonnêteté et de la bienséasce partout Titrées.

DaoBoeCte ei^nee, ou, pour mieux dire, dans ce cha»» du psëmedraBoatique parmi nous, ComeUle, aprè&aroir quelque temps dierehé le bon chemin , et lutté, si je l'ose ainn dôe» contre le mauTais goût de son siècle, enfin inspiré d'un géme extra(Hrdinaire , et aidé de la lecture des anciens , fit voir sur la scène la raison, mais la raison accompagnée de toute b pompe, de tons les ornements dont notre langue est capable, accorda heureusement la vraisemMance et le merveilleux, et laissa bien loin derrière lui tcnit ce qu'il atait de rivaux dont la plupart dése^rèrent de l'attendre, et: n'osant {dus entrepreiMlre de lui disputer le prix , se bornèrent à com* battre k Toix puMique déclavée pour kii, et essayèrent en

vain , par leurs discours et par leurs frivoles critiques, de rabaisser un mérite qu'ils ne pouvaient égaler.

La scène retentit encore des acclamations qu'excitèrent à leur naissance le Cid, Horace , Cinna^ Pompée, tous ces chefs-d'œuvre représentés depuis sur tant de théâtres, traduits en tant de langues, et qui vivront à jamais dans la bouche des hommes. A dire le vrai , où trouvera-t-on un poète qui ait possédé à la fois tant de grands talents, tant d'excellentes parties, l'art, la force, le jugement, l'esprit? Quelle noblesse, quelle économie dans les sujets! quelle véhémence dans les passions ! quelle gravité dans les sentiments! quelle dignité et en même temps quelle prodigieuse variété dans les caractères ! Combien de rois, de princes, de héros de toutes nations, nous a-t-il représentés, toujours tels qu'ils doivent être, toujours uniformes avec eux-mêmes, et jamais ne se ressemblant les uns aux autres ! Parmi tout cela, une magnificence d'expression proportionnée aux maîtres du monde qu'il fait souvent parler, capable néanmoins de s'abaisser quand il veut , et de descendre jusqu'aux plus simples naïvetés du comique, où il est encore inimitable ; enfin , ce qui lui est surtout particulier, une certaine force, une certaine élévation qui surprend, qui enlève et qui rend jusqu'à ses défauts» si on lui en peut reprocher quelques uns, plus estimables que les vertus des autres : personnage véritablement né pour la gloire de son pays; comparable, je ne dis pas à tout ce que l'ancienne Rome a eu d'excellents tragiques, puisqu'elle confesse elle-même qu'en ce genre elle n'a pas été fort heureuse ; mais aux Eschyle, aux Sophocle, aux Euripide, dont la fameuse Athènes ne s'honore pas moins que des Thémistocle, des Périclès, des Alcibiade, qui vivaient en même temps qu'eux.

Que l'ignorance rabaisse tant qu'elle voudra l'âloquence et la poésie, et traite les habiles écrivains de gens inutiles dans les États; nous ne craindrons point de dire, à l'avantage des lettres, que, du moment que des esprits sublimes, passant de bien loin les bornes communes , se distinguent , s'immortalisent par des chefs-d'œuvre, quelque étrange inégalité que,

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dorant leur vie , la fortune mette entre eux et les plus grands héros, après leur mort cette différence cesse. La postérité qui se plaît, qui s'instruit dans les ouvrages qu'ils lui ont laissés, ne fait point de diflBculté de les égaler à tout ce qu'il y a de plus considérable parmi les honmies, fait marcher de pair Texcellent poète et le grand capitaine. Le même siècle qui se glorifie aujourd'hui d'avoir produit Auguste, ne se glorifie guère moins d'avoir produit Horace et Virgile. Ainsi , lorsque, 1 dans les âges suivants, on parlera avec étonnement des victoires prodigieuses et de toutes les grandes choses qui ren- { droDt notre siècle l'admiration de tous les siècles à venir, I Corneille, n'en doutons point , Corneille tiendra sa place parmi toutes ces merveilles. La France se souviendra avec plaisir qae, sous le règne du plus grand de ses rois, a fleuri le plus grand de ses poètes.

{Distoun prononcé à PAcadémio /nMc«i««, Itjour de la réception j d4 Thomas CorneUlc.)

Élof e de IioalB XIV.

Qui l'eût dit au commencement de l'année dernière , et dans cette même saison où nous sommes, lorsqu'on voyait de I toutes parts tant de haines éclater, tant de ligues se former, ' et cet esprit de discorde et de défiance qui soufflait la guerre I aux quatre coins de l'Europe ; qui l'eût dit qu'avant la fin du I printemps tout serait calme ? Quelle apparence de pouvoir dissiper sitôt tant de ligues? Gomment accorder tant d'in- ! térêts contraires? Gomment cahner cette foule d'États et de princes , bien plus irrités de notre puissance que des mauvais traitements qu'ils prétendaient avoir reçus? N'eût-on pas cru que vingt années de conférences ne suffiraient pas pour terminer toutes ces querelles ? La diète d'Allemagne, qui n'en devait examiner qu'une partie, depuis trois ans qu'elle y était appliquée, n'en était encore qu'aux préliminaires. Le roi cependant, pour le bien de la chrétienté, avait résolu dans son cabinet qu'il n'y eût plus de guerres; la veille qu'il doit partir pour se mettre à la tête d'une de ses armées , il trace six

138 PROSfi.

lignes^ et les envoie à son ambassadbir à La H«fe. Là-dessus les proTÎnces délibèrent, les ministres des haots alMés s'assemblent; tout s'agite, tout se remue : les uns ne veulent rien céder de ce qu'on leur demande; ks autres redemandent ce qu'on kur a pris, et tousont résolu de ne pas posm* les armes. Mais hn, qui sait bien ce qui es doit arriver, ne semble pas même prêter d'attention à kurs assemblées, et., comme k Jupiter d'Homère, après avoir envoyé k terreur parmi ses esnemis, tournant ks yeux vers ks autres endroits qui ont be- «om de ses regards, d'un côté il fait prendre Luxembourg, de l'autre il s'avance lui-même aux portes de Mons : ici il envoie des géniaux à ses alliés ; là il fait foudroyer Gênes ; il force Alger à lui demander pardon ; il s'applique même à ré- ^er le dedans de son royaume, soulage ses peuples, et les fiaôt jouir par avance des fruits de la paix ; et enfin , comme il l'a-vait prévu , il voit ses ennemis, après bien des conférences , bien des projets , bien des plaintes inutiles , contraints d'accepter ces mêmes conditions qu'il leur a offertes, sans avoir pu en rien retrancher, y rien ajouter, ou, pour mieux dire, sans avoir pu, avec tous kurs efforts, s'écarter d'un seul pas dn cerde étroit qu'il lui avak plu de kur tracer.

{Même Discours.)

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