DUMARSAIS
semer et pour cultiver les plantes, aussi bien que pour les changements des temps.
Les anciens Romains ne commençaient aucune affaire sans consulter les dieux par le moyen des auspices, pour savoir si Fentreprise serait heureuse ou malheureuse. Il est évident que le vpl des oiseaux et les autres opérations de ces animaux n*ont aucune liaison nécessaire avec les événements futurs, et que par conséquent ils ne peuvent en être ni la cause ni même le signe; ainsi, que Tauspice fût favorable ou non, c'était mal raisonner que d'en attendre un événement heureux ou malheureux.
Lorsque Claudius Puicher, consul romain et général de l'année navale, fut envoyé contre les Carthaginois, on consulta les sacrés poulets , qui ne voulurent point manger. Le consul ordonna que , puisqu'ils ne voulaient pas manger, on les jetât dans la mer pour les faire boire. Il arriva par l'événenient que les Romains perdirent la bataille ; mais on ne doit point attribuer cette perte aux am^ices : ce serait prendre pour cause ce qui ne serait pas cause, et tomber dans le sophisme, post hoc y ergdpropter hoc.
Les historiens remarquent que les Carthaginois avaient de meiReurs vaisseaux et des rameurs plus habiles que ceux des Ronoâins. Ils ajoutent que les Carthaginois avaient choisi un lieu plus avantageux ; que les Romains ne pouvaient rompre l'ordre de l'ennemi , ni l'envelopper, à cause de la pesanteur de leurs vaisseaux et de l'incapacité de leurs rameurs; d'ailleurs le trouble intérieur et les remords que le mépris de la religion inspirait aux soldats leur abattaient le courage, et ils croyaient combattre contre les dieux irrités. Voilà les véritables causes de la perte de la bataille de Claudius Puicher contre les Carthaginois. Il faut rapporter les événements à leurs véritables causes, si on les connaît; siaon il faut avouer qu'on les ignore.
Si une femme joue heiu*eusement pendant que quelqu'un est auprès d'elle, elle s'imagine que cette personne lui porte bonheur. C'est le sophisme cum hoc , ergd propter hoc. Jjè bonheur n'est point un être réel qu'on puisse porter.
23à PROSE.
Quelques personnes ont de la peine à se trouTa* à table au nombre de treize convives.
£n effet, il arrive souvent que, de treize personnes qui se sont souvent trouvées ensemble à table, il en meurt quelqu'une dans le courant de Tannée ; ce qui serait bien moins étonnant si, au lieu de treize convives , il y en avait eu trente. Ainsi un convive est mort , non parce qu'il s'est trouvé à table avec douze autres personnes, mais parce que les hommes sont mortels, et qu'ainsi , plus il y a de personnes assemblées, plus il est vraisemblable de dire que, dans l'espace d'un certain temps, quelqu'une de ces personnes paiera à la nature le tribut que toutes les autres paiercmt chacune à leur tour.
Ceux qui consultent les songes, ceux qui ajoutent foi à la chiromancie , ceux qui croient qu'on est heureux quand m est né coiffé, etc., tombent dans le sophisme dont nous venons de parler.
La honte d'^norer, le goût du merveilleux et le penchant à la superstition sont la cause de ce sophisme.