‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 79 sur 127 · LES AGE · texte numérisé non relu

LES AGE

LESâGE (Renb-âlain), né à Ruys en Bretagne, vint de bonne heure à Paris. Il apprit Tespagnol , goûta fort les ouvrages écrits en cette langue, et transporta chez nous dans des imitations bien supérieures IQX originaux ce quHl avait lu avec le plus de plaisir. Ses principaux titres à Tadmiration de la postérité sont ses romans, surtout Gil Bios de Santillane et ses comédies de Crispin rival de son maître et de 7\trcaret ; Chénier regarde cette dernière comme la pièce qui approche le plus de celles de Molière.

Lesage mourut en 17A7 à Boulogne-sur-Mer.

Don €h€nibln et la Bonte expote les trtlNilattoiis de Pétat ût pr«eepteiir.

J'allai dès le même jour trouver mon religieux de la Merci, qui ne me blâma point d'avoir quitté le seigneur Isidore. U me dit , au contraire, qu'il était fâché de m'avoir placé dans nne si mauvaise [maison : Monsieur le bachelier , ajoutat-il, revenez ici dans trois jours, je vous aurai peut-être déterré une meilleure place. ,

Effectivement, quand je le revis, il m'apprit qu'il en avait une nouvelle à me proposer. Un conseiller du conseil de GastiUe, me dit-il, a besoin d'un précepteur pour son fils unique. Vous pouvez aller vous présenter de ma part à ce magistrat ; je lui ai parlé de vous, et je crois que vous vous conviendrez l'un à l'autre. Je vous avertis seulement que c'est un homme fier, comme ces messieurs le sont pour la plupart; à cela près, il est aimable et d'un très bon caractère, à ce

qu*on m*a dit. Je souhaite que vous soyez plus content de lui que du seigneur Montanos.

Je me rendis à Fhôteldu conseiller. Je trouvai ce juge prêt à monter en carrosse pour aller au conseil. Je m'approchai de lui très respectueusement, et lui dis que j*étais le bachelier dont le père Thomas de Villaréal lui avait parlé. Vous avez mal pris votre temps, me répondit-il d*un air grave et sec : je ne puis voiis donner audience présentement Revenez sur les six beurqs du soir.

Me voyant assigné pour être ouï S je ne manquai pas de comparaître devant mon magistrat avant même le temps presorit. On m'annonce. Je demeure et j'attends deux grandes heures pour le moins dans l'antichambre , après quoi l'on m'introduit dans un cabinet où j'aperçois le juge assis dans un fauteuil. Je lui fis une révérence si profonde, que je pensai donner du nez à terre. Il répondit à mon salut par une légère inclinaison de tête, et, me montrant du doigt un petit tabouret qui ressemblait assez à une sellette , il me fit sipe de m'y asseoir.

Je n'ai jamais vu de personnage d'un maintien plus orgueilleux. Il jeta sur moi des regards critiques, et, se disposant à m'interroger sur faits et articles, il m'adressa la parole dans ces termes: Êtes-vous gentilhomme? — Je ne croyais pas, lui répondis-je, qu'il fallût l'être pour devenir précepteur. — Cela n'est pas, si vous voulez, absolument nécessaire, me répliqua-t<il ; mais, outre que cela ne gâte rien, il me semble que le dogme a plus de force dans la bouche d'un maître gentilliomme que dans celle d'un roturier.

Le respect que je devais à un conseiller de Castille m'empêcha de faire un éclat de rire à ces derniers mots, tant ils me parurent ridicules. — Cependant, continua le magistrat, quand vous ne seriez pas noble, je veux bien me relâcher làdessus, pourvu que vous ayez d'ailleurs toutes les qualités du précepteur que je prétends mettre auprès de mon fils , qui pourra bien un jour remplir ma place.

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