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Terme de barreau, par allusioa à l'état du conseiller

tESAGE. 237

Je demandai au conseiller de quelles qualités il voulait que ce précepteur fût pourvu , et il me repartit : Je cherche un sujet qui soit un grand homme, un savant homme, un homme de Dieu et un homme du monde en même temps. 11 faut qu'il réunisse tous les talents, qu'il possède toutes les sciences divines et humaines, depuis le catéchisme jusqu'à la théologie naystique, et depuis le blason jusqu'à l'algèbre. Tel est le maître que je veux; et, comme il est juste de faire un sort agréable à une personne de ce mérite, je lui donnerai ma table avec cinquante pistoles d'appointements. Ce n'est pas tout, ajouta-t-il; je pourrai bien, l'éducation finie, lui faire avoir par mon crédit un bénéfice , ou bien le gratifier d'une petite pension viagère.

J'admirai la générosité de ce magistrat , et , demeurant d'accord avec moi-même que je n'étais point ce pédagogue dont il s'était formé une si parfaite idée, je me levai de dessus la sellette en disant au juge : Adieu, seigneur; puissiez-vous rencontrer l'homme que vous cherchez; mais, franchement , je ne le crois pas plus facile à trouver que l'orateur de Cicéron. *

Je rendis compte de cette conversation au père Thomas : nous rimes un peu tous deux aux dépens du conseiller, qui nous parut un original. Je ne serai pas content, me dit ensuite le religieux , que je ne vous aie bien placé ; plus je vous vois, plus je vous aime. Je vais me donner pour vous de nouveaux mouvements : il y aura bien du malheur si je ne vous mets pas à la fin dans quelqu'une de ces bonnes maisons où les précepteurs font la pluie et le beau temps.

Véritablement, peu de jours après, s'imaginant avoir fait ma fortune, 0 vint à mon hôtel garni et me dit avec une émotion qui relevait le prix du service : Enfin , mon cher bachelier, j'ai un poste excellent à vous offrir. Le marquis de Buendia, l'un des principaux seigneurs de la cour, veut vous confier l'éducation de son fils sur le portrait que je lui ai fait de vous. Venez me prendre demain au matin ; je vous mène-

1. Cicéron a fait un traité inti* orateur parfait , par conséquent tttlé Curateur y où il représente un impossible à rencontrer.

rai chez lai. Vous verrez un seigneur des plus polis. Vous serez charmé de la réception qu'il vous fera, et je ne doute nullement que vous ne soyez parfaitement bien chez ce courtisan.

Le lendemain , le père Thomas me conduisit au lever du marquis, et ce seigneur me reçut d'un air gracieux , en me disant qu'il était persuadé que j'avais du mérite , puisque le révérend père, qui était son ami, m'avait choisi pour me mettre auprès du jeune marquis son fils. Je vous reçois, poursuivit-il, aveuglément de la main de sa révérence. A l'égard de vos honoraires, je vous donnerai cent pistoles tous les ans, et vous ne sortirez de chez moi qu'avec une récompense digne de vos soins et mesurée à ma reconnaissance.

Je fis portw dès le même jour mon coffre à l'hôtel du marquis, où je trouvai une chambre meublée exprès pour mol Je vis mon disciple. C'était un enfant de sept ans , beau comme le jour et d'une grande douceur. Il était encwe entre les mains des femmes; mais il me fut livré sur-le-champ, et l'on nous donna un valet de chambre et un laquais pour nous servir. Comme les enfants naissent ordinairement avec quelques inclinations qui ont besoin d'être corrigées, je m'attachai à étudier les siennes. Je ne lui en remarquai point de mauvaises, tant les femmes qui avaient élevé sa {première enfance avaient eu soin de ne souffrir en lui aucun penchant vicieux. Elles lui avaient même appris à lire et à écrire, de façon qu'il ne savait déjà pas mal former ses lettres.

Je lui achetai un rudiment, et je c(»nniençai à lui enseigner les premiers principes de la langue latine. Je mêlais à mes leçons de petites faUes propres à lui ouvrir l'esfn'it en le divertissant II les retenait avec une facilité surprenante, et, lorsqu'il les débitait à son père, il s'en acquittait de si bonne grâce, que le marquis en pleurait de jme. Il est constant qne ce jeune seigneur promettait beaucoup. J'étais ravi de ses heureuses dispositions et fier par avance de l'honneur que son éducation me devait faire.

J^étais si content de mon état > que je ne pus m'empêcher

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