MABLY
fd, ces prétendus hommes libres ne pouvaient disposer de leurs biens ni par testament ni par acte entre vifs» et lenr seigneur était leur héritier, au défaut d'enfants domiciliés dans son fief; là , il ne leur était permis de disposer que d'une partie médiocre de leurs immeuUes ou de leur mobilier; ailleurs , ils ne pouvaient se marier qu'après en avoir acheté la permission. Chargés partout de corvées fatigantes, de devoirs bnmiliants et de contributions ruineuses, ils avaient contiaueOement à craindre quelque amende , quelque taxe arbitraire, ou la confiscation entière de leurs biens. La qualité d'homme libre était devenue à charge à une foule de citoyens. Les uns vendirent par désespoir leur liberté à des maîtres qui forent du moins intéressés à les faire subsister ; et d'autres, qui s'étaient soumis pour eux et pour leur postérité à des devoirs serviles envers une église ou un monastère , consentirent sans peine que leur dévotion devînt un titre de leur esclavage.
Cette tyrannie des seigneurs avait commencé dans les campagnes , et elle en chassa les plus riches habitants , qui se réfugièrent dans les villes, où ils se flattaient de vivre sous la protection des lois; mais les maux qu'ils fuyaient les y poursuivirent , quand les comtes eurent changé leurs gouvernements héréditaires en des principautés souveraines. Ces nouveaux seigneurs exercèrent à leur tour sur les bourgeois la même autorité que les autres seigneurs avaient acquise sur les vilains de leurs terres. Les péages , les droits d'entrée » d'escorte et de marché se multiplièrent à l'infini Les villes fvireat sujettes , comme les camps^es, aune taille arbitraire, et obligées de défrayer leur seigneur et ses gens quand il y venait Vivres , meubles , chevaux , voitures , tout était alors en» levé , et on aurait dit que les maisons des bourgeois étaient au piUage.
(OAfCTMn'cM tm- PkUtoin de Frmneê.)
EfÉ EN i7il.
RAYNAL (€rirn.L&viEE-THOHA9-FB4ivçois , abbé) naquit à Saiii^ Gaàè» en Roueipie. Soo Histoire du, parUmmi ^Angleterre el celle du Stathoudérat sont aujourd*hai complètement oubliées ; 8a réputation n'est fondée que sur son Histoire philosophique et politique des deux Indesy qui obtint dans le dernier siècle un grand succès de parti. Cet ouvrage , rempli de déclamations philosophiques contre les lois et les gouvernants , plot alors par ses défauts mêmes. Aujourd'hui, tout en fidsant la part des errears, des iaexactitudes et des oontradîctîoDs nonbreuses que renferme ce livre, on est forcé de reconaaitre qu'il préseote des faits curieux et des tableaux intéressants, que la narration en est vive, rapide, animée, et que le style en est souvent noble et élevé.
Ra^mal mourut à Passj près Paris le 6 mars 1796.
lOi, on la Ltamae rcc— nalwaate.
Les Ëspagodb avaient fondé Buénos-Ayres en 1535. La nouvelle c^oaie manqua bientôt de vivres , tous ceux qoi se permettaient d'en aller chercher étaient massacrés par les Sauvages, et Ton se vit réduit à défendre, sous peine de la vie , de sortir de Tenceinte du nouvel établissement Une femme, à qui la faim sans doute avait donné le courage de braver la mort , trompa la vigilance des gardes qu'on avait établis autour de la colonie pour la garantir des dangers où elle se trouvait par la famine. Maldonata (c'était le nom de la transfuge) , après avoir erré quelque temps dans des routes inconnues et désertes , entra dans une caverne pour s'y reposer de ses fatigues. Quelle fut sa terreur d'y rencontrer une lionne, et sa surprise quand elle vit cette bête formidable
fl^approchor d'elle d*uii air à d^ni tremblaat , la caresser et loi lécher les mains avec des cris de douleur plus propres à ratteodrir qu'à l'eifrayer I L'Espagnole s'aperçut bientôt que la tioime était pleine, et que ses gémissements étaient le langage d'une mère qui rédamait des secours pour la délivrer de ma fiardeau. Maldonata aida la nature dans le moment douloureux où elle semble n'accorder qu'à regret à tous les êlres naissantB le jour et cette vie cpi'eUe leur laisse respirer si peu de temps. La lionne, heureusement délivrée, va bientôt cher* dier une nourriture abondante, et l'apporte aux pieds de sa bienÊiitrice: celle-ci la partageait chaque jour avec les jeunes lionceaux qui, nés par ses soins et élevés avec elle, semblaient reconnsdtre , par des jeux et des morsures innocentes, un bienâdt que leur mère payait de ses plus tendres empressements Mais quand l'âge leur eut donné l'instinct de chercher euxmêmes leur proie, avec la force de l'atteindre et de la dévorer, cette famille se dispersa dans les bois; et la lionne , que la tendresse maternelle ne rappelait plus dans sa caverne , disparut elle-même , et s'égara dans un désej^t que la faim dépeuplait chaque jour. Maldonata , seule et sans subsistance , se vit réduite à s'éloigner d'un antre redoutable à tant d'êtres vivants, mais dont sa pitié avait su lui faire un asile. Cette femme , privée avec douleur d'une société chérie , ne fut pas longtemps errante sans tomber entre les mains des sauvages indiens. Une lionne l'avait nourrie , et des hommes la firent esclave ! Bientôt après, elle fut reprise par les Espagnols, qui la ramenèrent à Buénos-Ayres. Le commandant, plus féroce lui seul que les lions et les sauvages , ne la crut pas sans doute assez punie de son évasion par les dangers et les maux qu'elle avait essuyés ; le barbare ordonna qu'elle fût attachée à un arbre , au milieu d'un bois , pour y mourir de faim , ou devenir la pâture des monstres dévorants. Deux jours après , quelques soldats allèrent savoir la destinée de cette malheureuse victime. Ils la trouvèrent p^ïne de vie au milieu des tigres affamés qui , la gueule ouverte sur cette proie, n!osaient approcher devant une lionne couchée à ses piedk avec des hon-
ceaux. Ce spectacle frappa tellement les soldats qu'ils en étaient immobiles d'attendrissement et de frayem*. La lionne , en les voyant, s'éloi^a de l'arbre, comme pour leur laisser la libatê de délier sa bienfaitrice. Mais quand ils voulurent l'emmener avec eux , l'animal vint à pas lents confirmer par des caresses et de doux gémissements les prodiges de reconnaissance que cette fenune racontait à ses libérateurs. La lionne suivit qaelque temps les traces de l'Espagnole avec ses lionceaux, donnant toutes les marques de respect et d'une véritable douleur qu'une famille fait éclater quand elle accompagne jusqu'au vaisseau un père ou un fils chéri qui s'embarque d'an port de TEurope pour le Nouveau-Monde , d'où peut-être il ne reviendra jamais. Le commandant , instruit de toute l'aventure par ses soldats, et ramené par un monstre des bois aux sentiments de l'humanité que son cœur farouche avait dépouillés sans doute en passant les mers, laissa vivre une femme que le ciel avait si visiblement protégée.
L'Oaraffan des AntUlcs*
L'ouragan est un vent furieux, le plus souvent accompagné de pluie, d'éclairs, de tonnerre, quelquefois de tremblements de terre , et toujours des circonstances les plus terribles , les plus destructives que les vents puissent rassembler. Tout-à-coup, au jour vif et brillant de la zone torride , succède une nuit universelle et profonde ; à la parure d'un printemps éternel , la nudité des plus tristes hivers. Des arikis aussi anciens que le monde sont déracinés, ou leurs débris dispersés ; les plus solides édifices n'offrent en un moment que des décombres. Où J'œil se plaisait à regarder des coteaux riches et verdoyants, on ne voit plus que des plantations bouleversées etdes cavernes hideuses. Des malheureux, dépouilles de tout, pleurent sur des cadavres, ou cherchent leurs parents sous des ruines. Le bruit des eaux, des bois, de la fondre et des vents , qui tombent et se brisent contre les rochers ébranlés et fracassés; les cris et les hurlements des hommes