‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 94 sur 127 · CONDORCET · texte numérisé non relu

CONDORCET

CONDORCET (MABn-JBAN-ÂNTonB-NicoLAsGABiTAT, marquis de) naquit à Ribemont en Picardie. Il préféra l*étude des lettres et des sciences à ravancement que sa naissance lui promettait dans la carrière militaire. En effet, ses travaux le firent admettre à TAcadémie des sciences, et bientôt il en fut le secrétaire. Il justifia ce choix par plusieurs écrits et par divers éloges de ses confrères. Ces éloges devinrent à leur tour un titre pour le faire admettre à TAcadémie française, où il fut reçu en 1782. Son discours de réception eut pour objet Texposé des progrès que les connaissances physiques et morales avaient faits dans les derniers temps, et Tinfluence que les sciences doivent avoir sur le caractère d^une nation et sur son gouvernement.

La révolution éclata. Gondorcet fut un de ceux qui favorisèrent le plas ce mouvement; un de ceux qui, devançant tous les autres, récla* mèrent les premiers la déchéance du monarque et rétablissement de la république. Mais, ce résultat obtenu , il crut qu'il fallait s'arrêter dans cette voie de supplices; il demanda que Louis XVI (di jugé par des députés particuliers des départements. Il n'en fallut pas davantage pour le rendre suspect. Mis hors la loi le 28 juillet 1793 , il fut obligé de se sauver et de se cacher ; découvert enfin et enfermé le soir dans un cachot, à Bourg-la-Reine, on le trouva mort le lendemain matin, soit dlnanition, soit plutôt du poison qu'il portait sur lui*

Le Jardin des plantes sous radmtQlsirattoii de Boffon.

On doit mettre au nombre des services qu'il a rendus aux sciences , les progrès que toutes les parties du Jardin du Roi ont faits sous son administration. Ces grands dépôts ne dispensent point d'étudier la nature. La connaissance de la dispoâtion des objets et de la place qu'ils occupent à la surface ou dans le sein de la terre , n'est pas moins importante que

celle des objets eux-mêmes. C'est par là seulement qu'on peut connaître leurs rapports , et s'élever à la recherche de leur origine et des lois de leur formation ; mais c'est dans les cabinets qu'on apprend à se rendre capable d'observer immédiatement la nature ; e'esirlà erooi», ^'apnès l'avoir étudiée, on apprend à juger ses propres observations, à les comparer, à en tirer des résultats, à se rappder ce qui a pu échapper ^u premier coup d'oeil. C'est dans les cabinets que commence réducation du narturaliste , et c'est là aiisiii qu'il peut mettre la dernière perfection à ces pensées. Le cabinet du roi est devenu, entre les mains de M. de BufTon, non un simple monument d'ostentation,' mais un dépôt utile, et pour l'instruction publique , et pour le progrès des sciences. Il avait su intéresser toutes les classes d'homme» à l'histoire naturelle ; et pour le récompenser du plaisir qu'il leur avait procu ré , tans s'empressaient d'apporter à ses {Meds les objets curieux qu'il leur avait appris à chercher et à connaître. Les savants y ajou- . talent aussi Ibeur tribut ; car ceux mêmes qui comb attaient ses opinions, qui désapprouvai^t sa méthode de traiter lea sciences , reconnaissaient cependant qu'ils devaient une pmrlâe de leurs lumières aux vérités qu'il avait recueillies, et une partie de leur gloire , à cet enthousiasme pour l'histoire naturelle qui ' était s(Mi ouvrage. Les souverains lui envoyaient les productions rares ou curieuses , dont la nature avait enrichi leurs États. C'est à lui que ces présents étsdent adressés, mais il les remettait dans le cabinet du roi , comme dans le lieu où , exposés aux regards d'un grand nombre d'hommes éclairés , ils pouvaient être le plus utiles.

Dans le commencement de son administration , il avait consacré à l'embellissement du cabinet une gratification qui lui était offerte , mais qu'il ne voulait pas accepter pour luimêtne ; procédé noble et doublement utile à ses vues , puisqu'il lui doniiait le droit de solliciter des secours avec plus de hardiesse et d'opiniâtreté.

La botaai<pie était celle des parties de l'histoire naturelle «but il s'était le mdns occupé ; mais son goût particulier n'in-

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flua point sur les fonctions de l'intendant du Jardin du Roi. Agrandi par ses soins , distribué de la manière la plus avantageuse pour renseignement et pour la culture , d'après les vues des botanistes habiles qui y président , ce jardin est devenu un établissement digne d'unanitionâotairée et puissante.

Parvenu à ce degré de splendeur, le Jardin du Roi n'aura plus à craindre sans doute ces vicissitudes de décadence et de renouvellement , dont notre histoire nous a transmis le souvenir ; et ie zèle éclairé du successeur de M. de Buffon suffirait senl pour en répondre à l'Académie et aux sciences.

MÂURY ( Jean-Siffrcin^ cardinal ),^ fils d*un cordonnier de Valréa» ( Comtat-Venaissin ), naquit le 26 jain 17&6. 11 préluda par des triomphes académiques aux succès qu'il obtint dans la chaire. Ses Sermons et ses Panégyriques fixèrent Tattention de TAcadémie française, qui rappela , en 1785 , à succéder à Le Franc de Pompignan. L^éloge de Le Frang exigeait autant de réserve que d'habileté ; le récipiendaire sut remplir, aux applaudissements de tous les partis, cette tâche difficile et délicate. Membre de l'Assemblée constituante , il lutta avec plus de talent que de bonheur contre le plus éloquent tribun des temps modernes» le célèbre Mirabeau. A l'époque de la Terreur, il se réfugia en Italie, et ne revint en France qu'après la fondation de l'empire. Il publia en 4810 son Essai sur l'éloquence de la chaire. Napoléon le nomma à Tarchevèché de Paris, siège dont il fut dépossédé en 181 A. Il se retira alors à Rome, et y expira , le 11 mai 1817, après avoir subi de longues persécutions.

SalDt Vincent de Panl.

A la tête de ces protecteurs de Thumanité soaffirante, je vois un homme qui a reçu du Ciel le don de Félocution et la sensibilité la plus profonde, éloquent à force d'âme et de verto , fécond en pensées du cœur, et par là même également sublime et populaire dans ses discours , doué du plus rare courage d'esprit , de la conception des grandes entreprises et de la patience des plus petits détails, d*une imagination hardie et d*an jugement sage, d*une prudence consommée pour discerner IV propos des moments opportuns , saisir le point de maturité des projets utiles, et s'attacher aux établissements durables ;

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enfin d*im zèle ardent et inébranlable, d'un attrait de persuasion qui rallie toutes les opinions à ses sentiments , et du talent plus heureux encore et plus rare d'embraser les cœurs du feu divin dont il est consumé lui-même. Cet homme aiûme tout , propose les bonnes œuvres, discute les nu)yens, indique les ressources, écarte les obstacles, correspond à la fois avec le gouvernement, avec les riches, avec les malheureux. Son regard embrasse toutes les provinces ; il veille sans cesse pour la partie ; il est présent à toutes les calamités ; il atteint tous les malheurs par sa bienfaisance; il transporte tous ses auditeurs au milieu des désastres publics ; il les entraîne dans ce tourbillon de charité qui l'environne , les pénètre de terreur, les fait fondre en larmes, les oppresse de sanglots, leur ôte leur âme pour leur donner la sienne ; et cet homme de la Providence est Vincent de Paul^, qui , du milieu de son assemblée de charité, semble dire, comme le Filsde Dieu, d'une voix qui est entendue jusqu'aux extrémités du royaume : Venez à moi^ à vous qui souffrez^ et je vous soulagerai.

(Panégyriqut de saint Fincent de Paul.)

BOMvet orateur.

Au seul nom de Bémosthène, mon admiration me rappelle celui de ses émules avec lequel il a le plus de ressemblance , l'homme le plus éloquent de notre nation. Que Ton se représente donc un de ces orateurs que Cicéron appelle véhéments, et en quelque sorte tragiques, qui, doués par la nature de la souveraineté de la parole, et emportés par une éloquence toujours armée de traits brûlants conmie la foudre , s'élèvent audessus des règles et des modèles, et portent l'art à toute la hauteur de leurs propres conceptions; un orateur qui, par ses élans , monte jusqu aux cieux , d'où il, descend avec ses vastes pensées, agrandies encore par la religion, pour s'asseoir sur les bords d'un tombeau , et abattre l'oi^ueil des princes et des rois devant le Dieu qui , après les avoir distingués sur la terre durant le rapide instant de la vie, les rend tous à leur

tt06 PROSE.

néant, et les confond à jamais dans la pous^èrede notre commune origine; un orateur qui a montré, dans tons les gem^ qu'il invente^ou qu'il féconde , le premier et le plus beau génie qui ait jamais iUustré les lettres , et qu'on peut plac^, avec une juste confiance, à la tête de tous les écriyains anciens et modernes qui on fait le plus d'honneur à l'esprit humain; un orateur qui se crée une langue aussi neuve et aussi originale que ses idées, qui donne à ses expreanons un tel caractère d'^ergie, qu'on croit l'ent^dre quand on le lit, et à son style une telle majesté d'élocution, que l'idkmie d^t il se sert semble changer de caractère et se diviniser en quelque sorte sous sa ptttme; un apôtre qui instruit l'univers en pleurant et en célébrant les phis illustres de ses contemporains , qu'il rend eux-mêmes , du foioà de leurs cerc«eâb% les premiers instituteurs et les plus imposants moralistes de tous les siècles; qui répand la consternation autour de Im', en rendant , pour ainsi dire , présents les malheurs qu'il raconte, et qui, en déplorant la mort d'un seul homme, montre à découvert tout le néant de la nature humaine ; enfin un orateur dont les discours , inspirés ou animés par la verve la plus ardente, la plus odginale, la plus véhémente et la plus sublime, sont, en ce genre, des ouvrages absolument à part, des ouvrages où , sans gmdes et sans modèles , il atteint b limite et la perfection des ouvrages dassiques, consaorés, en quelque sorte, par le sufirage unanime du genre humain, et qu'il faut étudier sans cesse , comme dans les arts on va former son goût et son talent à Rome, en méditant les ebeièd'œnvrede Raphaël et de Michel-Ange : voilà le DémaslhèBe français ! voilà Bossuet ! On peut appliquer à ses écrits ontoh*es l'éloge mémorable que faisait Quintitien du Jupita'4e Phidias, lorsqu'il disait que cette statue avait ajouté à la reli- ^n des peuples.

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