CHEMINÉES A CHIMÈRES ET À FIGUR
A mesure que nous avancons, nos exemples arrivent à une
plus grande richesse et à une plus grande variété de formes. Les
chimères et les cariatides qui supportent la tablette des che-
minées que nous allons passer en revue, ne sont pas unesimple
modification accessoire; elles donnent carrière à des combi-
naisons d’une originalité véritable, qui, modifiées par leg
nie, peuvent amener les résultats les plus satisfaisans. Prascme 19. Des deux cheminées dues au crayon de
M. Vaudoyer père, que nous avons gravées sur cette plan-
ryptien. Les deux figures qui
che, la première est de style
supportent la traverse du chambranle sont des imitations de l'antique ; le chapiteau , formé de feuilles de lothus, ainsi que les autres ornemens en bronze doré appelés à l'embellissement de cette cheminée, qui a été exécutée en granit rouge avec beaucoup de soin , ont bien le caractère qui convient; mais à la place des deux lions qui servent de chenets, deux sphyux eussent produit plus d'effet.
La seconde a été faite pour un riche négociant de Venise; ici
le lion était en quelque sorte obligé. Les chimères qui rappellent les armes de la cité, sont bien ajustées. Elles supportent
ùt; le tout est
une corniche complète, riche et de bon
exécuté en griotte d'Italie; les chenets participent au reste
de la composition, soin que les artistes négligent fort sou-
vent.
Praveng 20. Ces deux cheminées à chimères à face hu-
maine sont des exemples de cette variété, de ce goût qu'on
peut apporter dans l'emploi de ce riche accessoire. Les pieds
de lion sur lesquels on les pose presque toujours sont é Jement susceptibles d'être modifiés dans leur ajustement; l'antique en fournit de nombreuses preuves. Ici ces chimè-
res brillent d’un éclat d'autant plus grand qu'elles sont en-
tourées de parties lisses qui font ressortir l'élégance de leur
forméet la perfection de leur ciselure, car elles sont en bronze
eu probablement moulées sur quelque beau type antique. La cheminée tirée de l'Hôtel-de-Ville de Paris démontre t souvent un mérite; sa tablette paraît
stre-
que la simplicité
peut-être mince pour sa grande portée, mais son enca
ment dans la construction lui donne la force désirable.
PLaxeng 21. En architecture les parties s ménagées
ayec art sontun grand moyen pour faire valoir les ornemens
Cette petite cheminée de chambre à coucher en est un bel
exemple. Deux figures d'Isis, supportant une tablette sans
moulure , mais se détachant sur un fond uni, constituent
toute sa décoration, qui cependant est riche , et d'une ri-
chesse de bon goût.
L'autre cheminée est tirée de l’une des chambres du rez-
e-chaussée du Luxembourg, chambre que M. Provost, ar-
hitecte de ce palais, a été chargé de restaurer dansces derniers
temps. IL a employé dans sa décoration quatre thermes
n arbre blanc
sculptés sous le règne de Marie de Mé-
icis, savoir : deux à la cheminée gravée sur cette planche et
deux autres à un meuble servant de bibliothèque placé vis-àvis. Pour l’un comme pour l’autre usage ces thermes sont ajustés avec goût. Un heureux mélange de simplicité et de
richesse, des repos bien ménagés, une parfaite unité de
moulures, les unes dorés sur marbre, les autres sur bois , et desarabesques qui rappelent celles dont la pièce est décorée ent le goût de l'ar-
epuis la construction du palais, atte
Liste à qui cette restauration a été confiée.
Pranoug 22. Cette cheminée est une preuve que
A1 n'est point de serpent, ni de monstre odieux,
Qui, par l'artimité, ne puisse plaire aux yeux
Les deux harpies, en marbre jaune antique qui en font l'ornement principal, et à l'ajustement desquelles tout le reste a été subordonné, produisent ici un effet original et de grand caractère. Il fallait tout le talent de M. de Waiïlly, architecte, qui a fait exécuter cette cheminée, pour ne point tomber dans le grotesque ou le bizarre en voulant utiliser des matériaux
ue che-
destinés primitivement à un usage bien différent. minée se voit aujourd'hui dans l'une des salles du rez-dechaussée du palais du Luxembourg.
L'autre est celle du salon de M. Molinos, architecte. On voit, par le bon goût qui a présidé à son ajustement, et par le bon choix des griffons qui supportent sa tablette, que son auteur avait étudié l'antique avec fruit. L'alliance des bronzes
dorés et du plus beau marbre vert de mer dont cette chemi-
née est formée, ajoutent un nouveau prix à la beauté qu'elle
tient de l’art.
PLanoue 23. Des deux cheminées gravées sur cette planche .
celle du haut tire son plus bel éclat des bronzes dorés dont elle est ornée, bronzes fondus et réparés par M. Feuchère, des mains duquel il ne sort rien d'imparfait. Ceux de Ja frise sont appliqués sur un fond en marbre rouge,
incrusté dans le chambranle, qui est en marbre blanc veiné.
Les deux chimères et les pieds de lion, le chapiteau et les
différentes moulures, ainsi que le garde-feu, sont autant
testent du goût et du talent de M. Feuchère.
de bronzes qui L'autre cheminée se voit au Louvre , dans la salle des anti-
quités égypliennes. Elle est en marbre de Carrare, et proba-
blement exécutée en Italie. Ses ornemens sont inspirés de l'antique, bien traités et bien disposés. Les deux chimères
arrondis, lui donnent
à tête de lion, qui occupent ses ang inale et tant soit peu étrange.
une physionomie or PLancne »4. Cette cheminée de la salle des banquets, dite des Cent Sui
exemples qu'on puisse donner de cette espèce de meuble obligé
$ à Fontainebleau, est l'un des plus beaux
Fan
des grandes pièces de nos anciens palais, meuble dont la & ait le dé
veloppement
deur, presque toujours colossale, ex d'un luxe extraordinaire, et l'emploi simultané de l’architecture, de la sculpture et de la peinture. Au milieu des chefsd'œuvres du pinceau de Primatice qui décorent les panneaux de la pièce et son immense plafond que supportent deux li-
ard d’une tribune
gnes d’arcades magnifiques ; placée en reg
richement ornée et dont la masse s’harmonise avec elle, celle
cheminée produit un effet véritablement extraordinaire sur l'artiste qui la contemple. Malgré quelques vices d'éroulele a quelque
mens , de cartouches, d'ornemens bizarres, €
chose de noble, d’imposant, on pourrait dire de sauvage,
le a été
qui donne une bien grande idée du siècle où €
cutée, 11 ne fallut rien moins que deux ordres d'architecture l'un sur l'autre pour atteindre la hauteur immense du plafond
de la pièce où elle est placée. Ce n’est pas qu'elle soit elle-
e haut, mais
son emplacement, on a dù la combiner avec des accessoires
même colossale, puisqu'elle n'a que six pieds c
pour la faire valoir et Jui donner l'importance que réclamait
gigantesques qui lui soient cependant subordonnés. Disons mieux : cette cheminée nous parait avoir subi des changemens notables dans des temps plus où moins rapprochés de nous. Nous croyons que lechambranleen marbre, encastré entre les deux satyres qui supportent l'entablement dorique de l'ordre
inférieur, est étranger à la conception première; qu'on le sup-
prime , ainsi que le chifire eu les entrelacs qui sont au-dessus , on verra la cheminée reparaître dans toute sa grande ur originelle et redevenir en proportion avec la salle qu'elle est destinée à chaufler.
Quant aux deux satyres en bronze que nous avons substi-
tués aux deux colonnes quisoutiennent aujourd'hui l'entoble-
ment dorique formant, selon nous, la traverse du chambranle istait
sont la restauration authentiquedece qui
primitif, ils
sous François L°'; une tradition sûre nous en est garant. En
avant de cette cheminéenous avonsrendu compte aussi de trois
marches qui existaient autrefois et qui formaient une espèce d’estrade de 8 pieds carrés environ , sur laquelle, dans les grandes cérémonies , se plaçaient les personnages de dis-
divers motifs du
tinetion. La plaque est un ajustement de
temps , dû au goût et à l’érudition de M. Bury, architecte. E 5 Yo