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LE VERS ITALIEN ET ESPAGNOL

Ce vers est fondé, comme le vers français : t° sur le syllabisme; : place déterminée pour les lèves, avec cette différence qu'en français il n'y a qu'une seule lève intérieure a place fixe, et cela seulement dans les vers de plus de huit syllabes, tandis qu'en n il y a le plus souvent deux lèves à places fixes, et cela dans tous les vers, longs ou courts. Encore une différence, c'est que, en français, on exige que la lève à l'intérieur termine le mot, d'où le plus souvent pause. En italien et en espagnol, il n'est nullement nécessaire que la îéve intérieure termine le mot. Quand elle ne le termine pas, les romanistes disent qu'il y a une césure enjambante, t plus exact en disant qu'il n'y a pas de césure, mais seulement une lève nécessaire.

Dans le vers suivant, les lèves nécessaires sont sur la 4', la 8' et 1 10 e syllabe (il peut y avoir d'autres lèves moins importantes, au é du poète) :

E nposato ddia longa via ', (Dante.) On voit que non seulement il n'y a pas de pause après les lèves nécessaires, mais que celles-ci ne terminai! pas le moi. Ceci est absoit caractéristique de la poésie italienne et espagnole.

césure, les Fiançai

1 E riposa|to dclU Uj::|ï[:l

!1 y a Jcs vers sans rime, mais le plus grand nombre des vers < avec rime.

On n'entrera ici dans aucun détail, parce que, nu fur et à mesure que nous étudierons un métré français, nous rapprocherons le mètre analogue en italien et en espagnol, mais il est indispensable d'expliquer d'abord la terminologie usitée pour cette prosodie.

Dans ces deux langues, les vers terminés par un oxyton, OU, si l'on aime mieux, les vers à désinence masculine, sont l'exception ; les vers a désinence féminine sont l'immense majorité. Aussi les deux peuples dénomment-ils le vers, non pas comme nous, d'après le nombre de syllabes d'un vers masculin, maïs d'après le nombre de syllabes d'un vers féminin, en comptant ainsi la dernière syllabe atone.

Par conséquent, ce que nous appelons décasyllabe en français s'appellera aitkcasillaba en italien, et ainsi du reste.

Seulement, lorsqu'en italien il se présentera un aidecasillabo à désinence masculine, ce vers n'aura plus en réalité que dix syllabes. C'est pourquoi l'Italien lui donnera le nom d'hendéeasyllabe tronqué (cudecasiilaba truiico).

Mais au rebours il peut arriver que le vers se termine par un proparoxyton (sorte de mot qui n'existe pas en français), c'est-à-dire par un mot qui a deux post-toniques, comme dans sdrtlcciolo (glissant). Le vers aura cette fois une syllabe de plus que VmdeeasUJàbo féminin (puisque la seconde post-tonique est ajoutée et ne compte pas) ; il sera dît sdntcciolo .

Donc trois espèces d'endeaisilhtbo : l'endecasillabo sdmcciolo qui compte douze syllabes réelles ; VemlecasUlabo piano (l'endecasillabo féminin ordinaire) qui compte onze syllabes réelles ; l'endecasillabo franco (notre décasyllabe masculin) et qui compte dix syllabes réelles. — Et ainsi pour tous les vers.

Le vers espagnol primitif était fondé, comme le vers français, sur le syllabisme, sur la rime et sur la césure, celle-ci très marquée. Cette césure (à l'cucontre de la nôtre dans le décasyllabe) partage toujours le vers eu deux parties égales : 7-J-7; 6 + 6 ; S + 5 , en

comptant à la manière française, c'est-à-dire que les vers de quatorze syllabes peuvent en avoir ainsi quinze ou seize; ceux de douze syllabes, treize ou quatorze, etc.

e vers de quatorze, qu'on imprime toujours comme deux vers ;ept, est celui des romance!, où par conséquent les vers pairs c'est-à-dire ceux formant les seconds hémistiches) riment seuls, le septénaire rythmique des soldats de César (voyez page to). Toutes les poésies (sauf les Poenm de! Cid, et deux autres en vers très irréguliers) qui composent le recueil de Sanchez, sont en vers alexandrins où la césure est aussi nettement accusée que dans Ils alexandrins français de la même époque, sur lesquels peut-être ils se sont modelés. Ils présentent parfois des sdruedoli à la césure. Dans ce cas, par conséquent, après la lève nécessaire, il y a deux syllabes atones qui ne comptent pas, absolument comme il arrive à ; fin d'un vers sdnicc'wlo. Un quatorze syllabes, avec des sdrucdoli la césure et à la rime, peut ainsi avoir dix-huit syllabes. En somme, avec les différences propres au génie de la langue, le vieux vers espagnol repose sur les mêmes bases que le vieux vers français.

Mais au xvi a siècle, avec Boscan et Garctlaso de la Vega, les poêles abandonnèrent l'ancienne structure du vers espagnol pour se conformer aux lois de la versification italienne, sauf pour quelques détails.

Nous en avons, je crois, terminé avec les divers genres de cadence inployés pour constituer le rythme. Je ne connais pas le vers slave, ii j'en crois M. Dumur, il serait fondé sur les mêmes principes e le vers germanique.

On voit difficilement quelles nouvelles bases on pourrait inventer r asseoir le rythme', c'est-à-dire pour permettre à l'oreille de :onnaître lorsqu'un vers finit et lorsque l'autre commence.

■. Certaine! littératures ont combiné .[■■■. iiwnii divers. Nous avons vu que, dans s nllemand primitif, à côté de l'accent, la quantité sylhbique ternit un certain Un sinscritiste m'apprend que la i/l>(u indienne était un vers de seiie syllabes, en deux hémistiches de huit sylljbts, duut lis quatre dernières doivent faire

Terminée cette excursion en terres étrangères, nous allons entreprendre l'étude de chaque type de vers français en commençant, dans l'ordre de leur apparition, par Ses trois plus importants : l'octosyllabe, le décasyllabe, le dodécasyllabe. Puis, repartant du lieu d'origine, l'octosyllabe, nous examinerons les autres mètres, en progressant d'abord vers les plus longs, pour redescendre ensuite vers les plus courts, ceux qui ont le moins d'importance dans notre poésie.

l'octosyllabe

Nous l'avons vu apparaître au x c siècle, dans la Vie de sain! Lfger et dans la Passion. Comme son ancêtre de la poésie liturgique, il est en strophes, savoir, dans le Saitil-Lèger, de six vers :

Envi* lo fist, non voluntiers,

Laisse l'imrar in u monstier :

Cio fud L.U50S ut il intrat.

Clerj' Evvruî illo trovat.

Cil EvvruÏDS molt li vol miel

Toth per enveia, non per el '.

Et dans la Passion de quatre vers, aussi en assonances plates :

Amïcz, zo dis Jhcsus lo bons,

Per quem trades in to baisol ?

s. Le ver:

litre, :

est fondée sur la quantité. Ci: situ Jus combinaisons qui ne se reproduiront plus dans les langues modernes où partout la quantité a été détrônée par l'accent.

Le grée moderne, comme veut bien me le faire connaître M. Beaudouin, n'a point échappé à la loi générale, ut sa poésie n'est plus fondée sur la quantité Jus syllabes. Tout ainsi que la poésie romane, elle repose sur le nombre eus syllabes, sur la rime, et, sauf de rares exceptions, sur des accents à place déterminée. Le vers « politique « des Byzantins, vers de 1$ syllabes, est un dérivé, comme notre quinu syllabe I latin rythmique, du tétramétre catalectique; et dans l'empire d'Orient, comme dans celui d'Occident, la même évolution rythmique s'est accomplie, peut-être, selon certains savants, sous des influences sémitiques, la poésie syrienne ayant été imitée dans sa forme par les poètes de l'k'^lise chrétienne orientale, et Augustin ayant été le premier qui ait compté les syllabes.

Quoi qu'il en soit, n'est-ce pas quelque chose d'étrange, que la poésie mesurée, qui a gouverné toute la littérature primitive, ne soit plus sur notre globe qu'une espèce disparue, comme Yelr-phos primigeniui?

I, n II le fit malgré lui, non volontiers : il le laine entier dans un monastère. Ce fut à Lisieus qu'il entra. Il y trouva le clerc Ebroin. Cet Ebroïn lui voulait moult mal, uniquement par envie, non pour autre cliose. »

Melz ti fura non fusses nu Qja me tradas per cobetad'.

Le Sahd-Lêger n'a que des vers a désinence masculine. De même, ,ns h Passion pour l'immense majorité des vers, mais il en est :i de féminins. Les vers ont presque constamment une césure à a quatrième syllabe, soit pleine :

Jhesus li bons ben red par mal' :

Soit enjambante :

La destre aurelia li excosi.

En d'autres termes, il suffît qu'il y ait une lève sur la quatrième syllabe, sans s'inquiéter de la pause*.

usage de la lève nécessaire à la 4 e ne s'est pas conservé pour le

de huit syllabes, et dès le siècle suivant, quoiqu'elle se ren-

e fréquemment, elle n'est plus de règle*.

Il est assez singulier que la nécessité d'employer l'octosyllabe en

strophes n'ait pas continué à être sentie par les poètes du moyen

âge. Les auteurs des lais, des romans d'aventures, usèrent de ce vers

longues suites. Je ne connais rien de plus monotone que les

elles d'octosyllabes à rimes plates des lais de Marie de France,

c bu

n Jésus

;r?Miei

J !■■ Iiimi |-

Jhir par i

11 de geste du

siècle, C, a

« Le bon Jésus • Lui arracha i'orcille dr 4. C'est aussi le cas pour u

I* syllabe porte presque toujou

M. Tobler conteste ta présence île 1j césure dans l'iK '.(.'Syllabe primitif, car, dit-il,

'* ne manque pas de vers qui ne peuvent avoir Je césure, la quatrième syll.ilv éunt

parable de la cinquième. « Assurément I mais ce n'est pas Je la césure masculine

jn'il s'agit, c'est de ta césure enjambante (ou mieux ta Ihv aicasairi), la césure de

$. On a peut-être remarqué que, dans nos vers, ta construction est "iambique : ■ Envi! | 13 fist | non vollûntiërs. • s français est essentiellement iambique, et c'est en qnoi il diffère du latin rythmique. 1res souvent trochaïque. Le trochée n'est toléré qu'an début d'un vers : ■ Clïrj Êïvrûi, • parce que là il ne met pas deuï fortes eu contact, ce que fait son introduction j l'intérieur du vers.

Je ne sais, mais il m'est avis que cette monotonie engendre autre chose, et que ce ne sont pas que les rimes qui sont plates. Aux xv" et xiv siècles, on revient a un sentiment plus exact de l'octosyllabe, et il parait surtout sous forme de stances'. Pourtant Olivier de Magny et Clément Maint alignent encore d'insipides enfilades, et c'est en vain que, pour en rendre la lecture plus facile, Marot les découpe en alinéas'.

Quoi qu'il en soit, depuis près de mille ans, la fortune de l'octosyllabe ne s'est point démentie. D'autres mètres s'introduisirent rapidement, mais sans le détrôner. L'octosyllabe à rîmes plates est surtout le mètre narratif par excellence. Dès le xn e siècle, il est le rythme des romans d'aventure et d'amour, des ouvrages édifiants, historiques, didactiques, bref, de tout ce qui est lu, non chanté. Au xn c siècle, c'est celui du Mystère d'Adam; de Tristrait ; de Wace, dans !e Roman de Rou; de Benèoît de Sainte-More, dans le Roman d'Enêas et dans le Roman de Troie; de Flaire et Bhncefior; de Crestien de Troie, dans li Chevalier au Lyon, li Contes del Graal, CHgis, Guillaume d'Angleterre (si le Crestien de Guillaume est le même que Crestien de Troie); de Marie de France, du Roman de Renari; au xm e siècle, de Guiot de Provins, dans sa traduction de la Bible ; du Fabliau- des Perdris; de Jehan de Meung, dans sa continuation du Roman de la Rose; au xiv c siècle, le rythme est employé par Machaut, par Jehan de Condé. Au x\ Tt , Alain Chartier, Charles d'Orléans, Villon en font constamment usage, ces derniers au moins, toujours en stances. On l'emploie pour la plupart des ballades, des rondels, des poèmes à formes fixes en général. Tous les poètes du xvi° siècle s'en servent concurremment avec le décasyllabe.

Les fortunes sont changeantes. Après avoir été narratif et didac-

l'octosyllsbe en stances de douze vers, lataison entre les deos modes de traiter

t. Au xiv- s

ccle, J

ban de Condé

emploie

i rimes embrassées.

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