‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 21 sur 101 · DE LA PLACE DE LA CÉSURE DANS LE DÉCASYLLABE · texte numérisé non relu

DE LA PLACE DE LA CÉSURE DANS LE DÉCASYLLABE

Nous avons vu, dans VEuIalie, le décasyllabe coupé tantôt à quatre, tantôt à six, suivant les strophes, mais lorsqu'il prend vraiment place dans notre langue, c'est la coupure à quatre qui est générale. Il est probable qu'elle fut préférée, parce que le premier membre du vers étant plus court, il servait pour ainsi dire d'introduction au second membre, ce qui prétait mieux au développement harmonique. Toutefois, l'emploi de la césure à six n'est pas sans exemple. Toute la partie de la geste d'Aiol, qui est en décasyllabes,

t césurée a six :

Ct) veulent les dieux

Vasal, dist li lecliie]re Anuit herbergercs [ a

Une de n

Trestoute le plus be]!e que quesiris,

cités par M. Rochat, et

e la plus l,u| Jf.

Autres exemples de la césure à empruntés à la poésie lyrique :

N'en est pas l'ocoisons | Avrieus ne Mais...

Ki est a corapaignie, | a cuer volaige...

Et en aversité | de la pointure 1 ...

En provençal, la geste de Gérard de Rossillon (xn° s.) est tout entière en 6-7-4. Une longue chanson sur la peste de .Marseille, en 1580, citée par M, Chabancau dans son Pansasse provençal, est en ternaires décasyllafaiques, césures à six.

La césure à six fut au reste tôt délaissée. Je puis faillir, mais je n'eu connais pas d'exemple chez les poètes du xv e siècle. Tous ceux de la Renaissance, dans leurs interminables décasyllabes, césurent régulièrement à quatre, ce qui n'est pas sans donner quelque monotonte à un vers déjà peu souple par lui-même.

En toute occurrence, le moyen âge est soigneux de ne pas mélanger les deux mesures. Chez lui l'idée d'unité domine toujours l'idée de variété. On a vu qu'au rebours les Italiens mêlaient constamment le décasyllabe 6 + 4 au 4+4-1-2, et certes l'harmonie de leurs vers ne paraît nullement en souffrir.

Voltaire est le premier, ce me semble, qui ait mêlé (quoique :nt) dans ses comédies les deux espèces de mesure :

Cher ami Biaise, | aide-moi donc à faire Un beau bouquet de fleurs, | qui puisse plaire A Monseigneur... (Nanine.)

Page 1