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avec un sonnet en dodécas. Ronsard s'est fréquemment serri de ce mètre, mais il a cru que le décasyllabe seul convenait à l'épopée, et c'est lui qu'il a réservé pour sa Fraticiadc ; et je ne sais si, en nombrant bien, on ne trouverait pas encore dans ses œuvres beaucoup plus de décas que de dodécas, sans compter l'octosyllabe, le mètre favori de ces poètes.
Tout n'est que changement en ce monde sublunaire. Nous ne faisons guère état du maigre filet du décasyllabe, au prix du vaste flot de l'alexandrin. Pour nos pères, c'était l'inverse ! Ils prisaient fort ce qu'ils appelaient la légèreté du vers de dix syllabes. Sîbilet (cité par M. de Souza) dit, à propos de l'alexandrin, que « cette espèce ne se peut proprement appliquer qu'à choses fort graves, comme aussi au pois de l'oreille se trouve pesanic. a Fabri l'appelle * une antique manière de rythmer ». Ronsard déclare « que les alexandrins sentent trop la prose très facile, sont trop l'uervcs ci ' flasques (\) t si ce n'est pour les traductions, auxquelles, à cause de leur longueur, ils servent de beaucoup pour interpréter le sens de l'auteur n
Mais il semble bien que tout de suite après Ronsard, on ait senti que l'alexandrin était le vers par excellence, celui qui a l'harmonie la plus vaste, la marche la plus solennelle, et qui se prête à la plus grande variété de coupes, par la raison toute simple-que douze a plus de diviseurs que dix. Régnier, cet excellent artiste en vers, iu respect de qui Malherbe n'est qu'un ouvrier laborieux 1 , se sert
■esque exclusivement de l'alexandrin. Malherbe lui-même aban-
outre. Pardon, il es! réfléchi. Malherbe classiques. S'il ri 'eût fut que ses vers, si rognenx y ■ contribué, et ses amères e que Ronsard, n'ayant ni la verve, ni la Régnier, ignorant le sentiment agreste
nuïsier soigneux, Boileau un ébéniste qu'un tissu de platitudes, d'enflures, de
■eaux de la langue. Cela tient à ce qu'il plus grand que ne l'a eu aucun de ses mais cela lui a suffi pour J'jJminibles
■ indi-
que nous ont léguée le loindfe. Son caractère critiques de Desportes. Cent fois moins poi franchise, ni la prestesse, ni la fermeté dt et horatien de Raean, tout gjié qu'était celi ouvrier que Boileau (Malherbe fut un n adroit), son œuvre n'est pas beaucoup plu ur lequel se de«i rs, dont quelques-uns sont parmi les plu; n très grand sentiment Je la cadei
donne le décasyllabe à son malheureux sort. Au xvrr siècle, on ne le connaît plus guère, sauf la Fontaine, qui d'ailleurs le mêle a d'autres rythmes. La tragédie, qui avait fait usage du décasyllabe avec Robert Garnier, se sert exclusivement de l'alexandrin avec Corneille et Racine, comme la comédie avec Molière. Le déca coupé à quatre, encore employé par Voltaire dans ses deux faibles comédies, la Prude et Xani'u, est aujourd'hui complètement abandonné dans l'art dramatique.
LA CÉSCRE DANS LE DODÉCASYLLABE
Le premier qui usa du dodéca le divisa par le milieu', soit à l'aide de la césure masculine (v. p. 47), soit à l'aide de la césure
< Et vous, la fin de toi
• Peut-il pas languir à
■ Dans la prison île vo
■ Mon Dieu, nso
ici e
Us
e cela quasi à
pages. Et dire que Boileai
I. Ou rencontre au moyen âge, dan; la poésie lyrique seulement, une autre coupe fort singulière, c'est celle de 7 -f- î, soit avec césure masculine :
• Amors n'ont point de seigneur : | étire le porroie. 1 (Ap. Jeaneot.)
• Por vos morra vostre amis | sans nnle demoree. ■ (Bahtsch, E., p. 109,) Soit avec césure féminine :
« Sire, que volés vos faire, | dist la pucelote. ■ J'imagine que cette curieuse division provient d'un décatrisyllabe primitif, coupé a 7 (sur le patrou du vers trochaïque de quinze syllabes), dans lequel on aura raccourci le second membre. Peut-èlre aussi la musique la comportait-elle. Quoi qu'il en nit, cette forme persista, appuyée sur la musique, car, dans son Pat'taise prin'tnfal, M. Clubaneau cite une chanson dans ce rythme, qui date du commencement du svn" siècle ou de la fin du xvi\ 11 me signale aussi un recueil de cantiques, publié à Arles en 1772,
■ Apprend- moi, mon Sauveur, | ce que je dois faire... •
■ Dès Ion réveil, donne-moi | toutes tes pensées. 11 Et même avec césure enjambante :
» Pour arriver ou ma grA|ce veut te conduire. ■ st peut-être ce type de vers qui, divisé en deux, a donné le rythme de l.i Cbanson
d'Alceste :
■ Si le Roi n
it donné I Par:
J'ville. ■
féminine (v, p. 48). Je ne sais si l'on rencontre au moyen âge, dans le dodéca, quelques exemples de césure enjambante (v. p. 54) '. Je n'en connais pas, non plus que de césure atonique (v. p. 52)'.
La division du vers en deux membres s'imposait à plus forte raison que dans le déca. Le nombre de syllabes était trop considérable pour que l'oreille pût instinctivement le compter sans y penser et par conséquent pût en saisir la cadence. Songez que les premiers poètes qui manièrent l'octosyllabe l'avaient déjà trouvé trop long pour ne pas le diviser!
Depuis la proscription de la césure féminine par Jean Lemaîre (voy. page 48) jusqu'à notre siècle, le dodéca a conservé rigoureusement la césure masculine avec ses deux caractères : i° la lève terminant le mot; 2° la pause qui le suit. Ce repos semblait nécessaire pour mieux accuser la division :
Va le voir de ma part, | Timagêne, et lui dire Que pour cette beauté | Je lui cède l'empire. (Corneille.) Je ne sais qui m'arrèt(e) | et retient mon courroux. (Racine.) A peine citerait-on quelques rares vers (peut-être parfois contre l'intention de leurs auteurs) où la pause ne soit pas observée, ou plutôt où une pause plus forte que celle de 1a césure suspende la sur un autre point. Lorsque cela se présente, la lève qui précède la césure obligatoire perd de son importance et ne devient plus qu'une demi-léve. C'est là proprement