‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 29 sur 101 · CONSÉQUENCE DE LA CÉSURE ROMANTIQUE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCE DE LA CÉSURE ROMANTIQUE

Du déplacement de l'antique césure à la sixième syllabe, il résulte

que, de par la construction du discours, beaucoup de vers reçoivent

une double césure. Par ainsi le vers se trouve divisé en trois parts,

qui peuvent être égales ou inégales. Voici des modèles tirés d'Hugo :

Rien n'existe. Le ciel est creux. | L'être est un songe...

C'est un 3-I-5-I-4. La première césure est enjambante; la seconde est masculine.

Je vis la Mort, | je vis la Hon|te; toutes deux...

C'est un 4-7-4+4, dont la première césure est masculine et la seconde enjambante.

Dans ces vers d'Hugo (comme d'ailleurs dans ceux des poètes lyonnais que nous avons cités), le poète, soit instinctivement, soit de façon préméditée, tout en déplaçant la pause, nou seulement n'a lais omis de mettre un accent tonique (ce que nous avons appelé une demi-Iève), sur la sixième syllabe, mais encore il s'est toujours arrangé pour que celle syllabe terminât le mot. — II n'a supprimé que la pause. C'est, avons-nous dit déjà, la césure romantique. Bien remarquer de plus que cette demi-léve ne porte jamais que sur un

tintions seraient trop abondantes, et que je serais embarrassé pour le choix. Il ite i Lyon un mouvement Htlénlre très prononcé. Dde foule Je jeunes poètes se t réunis dans une société dénommée il Caveau , destinée à l'expansion de la Chanson cl qui ne compte pu moins de trois cents membres. 11 s'y débite mainte chose charmante. II eiiste aussi un reeueil périodique, l.i Revue du Sirctt, dirigée par M. Camille Roy, lui-même poète distingué et président Ju Caveau. La partie poétique V est très nourrie et souvent bien remlrauablc.

tnot smsibU, jamais sur un article, sur une préposition, sur une conjonction, etc., à plus forte raison sur une syllabe faible. A cet égard, le vers romantique, — et en général avec raison, — a respecté toutes les lois de la césure classique.

Ainsi vous pouvez feuilleter tout Victor Hugo, vous ne trouverez pas un seul vers comme les suivants :

Les clairs feuillalges SOUS les rayons | semblaient rire. (Banville.) Des brises tiè|des qui font défaillir | le cœur (Maupassant.) Ton cœtlr, | jeune liOm|me, est la sourjce où chacun veut boire. (J. AlCARD.)

Hugo, qui, en tant que choix des sons et cadence, était le plus grand artiste qui eût jamais existé, se fût plutôt coupé la main que d'écrire quelque chose de semblable. Dans les vers que nous avons appelés romantiques, la césure classique n'est pas supprimée-, mais seulement affaiblie; la demi-léve sur la sixième syllabe doit attirer légèrement l'attention et permettre à celui qui débite le vers, non pas d'insister sur cette syllabe, mais de la marquer légèrement au passage, de façon que

1. OREILLE PUISSE INSTINCTIVEMENT RECONNAITRE L SYLLABES COMPOSANT LE VERS.

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