OBSERVATIONS SUR LE
i° II est très musical, et comme détrempé de langueur divine. Ce balancement trois fois répété à chaque vers donne la sensation d'un bercement très doux, que ne connaîtra jamais l'alexandrin coupé à 6. Mais, par cela même, une pièce de ce genre ne peut qu'être excessivement courte. Rien ne serait plus vite monotone que cet éternel retour des quatre syllabes. Imaginez un recueil écrit dans ce rythme, on n'irait pas à trois pages !
2° Le rythme ne se prête à aucun développement, enserré qu'est le poète dans ses petites tranches. Rien de cette pompe, de cette vastitude qu'amène le roulement des six syllabes dans l'alexandrin classique. C'est un autre genre d'effet, charmant à ses heures, mais dont il faut être ménager, et qui est pauvre en ressources ;
3° II est fort difficile à traiter. Cela coule goutte à goutte, pas en cascade. On comprend combien il est plus facile de se retourner dans six syllabes que dans quatre;
4° Pour assouplir le vers, besoin est d'éviter les longues pauses trop répétées entre les tronçons. Dans ce but, il faudrait que le rythme souvent fût plus marqué par l'intensité des lèves que par les pauses. La césure enjambante serait donc ici fort à sa place. Maïs on ne peut presque pas s'en servir. Si elle est suivie d'une pause (c'est le cas neuf fois sur dix), l'e atone final devient syllabe de chute, et cela fait boiter le vers. Dans ces quatorze vers, il n'en est qu'un où elle figure :
Dans l'air subtil | semblaient répanldre les ardeurs.
5° Mais la plus grande difficulté pour faire goûter ce genre de vers, c'est que l'oreille est accoutumée au 6+6 (plus ou moins masqué, mais réel même dans l'alexandrin romantique) et qu'elle est devenue automatiquement rebelle à une cadence différente. Comme le dit très bien M. le Goffic, » cela est si vrai que, dans les vers classiques où le sens n'est point suspendu â l'hémistiche, on arrêtait pourtant la voix sur la sixième syllabe. Nous-mêmes, n'avons-nous point gardé, en lisant les trimètres romantiques, cette habitude de reposer un peu la voix à l'hémistiche ? Et n'est-ce
point pour cela qu'u voir à l'hémistiche u La plupart de ceux turbabkmcnt :
G muette nous gêne, et que nous tenons à mot ou une fin de mot? n qui je faisais lire ces vers, scandaient imper-
O Doritha, fleur de | l'Hadès, ton corps si tendre, Ils trouvaient à !a césure n quelque chose qui n'allait pas très 'engagt "
t affectueuse ment à faire de;
1 eût mieux valu n'accuser la 1 par les pauses) il était essentiel
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tout le monde a
C'est la raison pourquoi (biei mesure que par les lèves et no ici, dès le début, d'accentuer fortem que, suivant l'expression d'un de mes amis, l'oreille, partant du pied gauche, continuât, pour ainsi dire malgré elle, à scander le vers en trimètre. C'est du reste l'avantage d'une coupe suivie d'un bout à l'autre de la pièce : l'oreille n'est jamais déconcertée.
De rien ici-bas l'on n'a l'étrenne. J'imagine, disais-je plus haut, que ce rythme a déjà été essayé par plus d'un moderne, mais celui-ci, vraisemblablement, ignorait que la lyrique du moyen âge avait déjà connu cette coupe, ainsi qu'en témoignent les jolis vers suivants :
Prise m'avez | cl bois ramé, | reportez m'i...
Mignotement | la voi venir, | celi que j'aim '.
Et déjà, en provençal, vers l'an 1280, on trouve tout un poème didactique de seize cents vers, la Chirurgie, de Raimon, écrite en 4-I-4-I-4. Et chose à noter, parce qu'elle est en contradiction a la métrique du temps, l'auteur y fait un très fréquent emploi césure enjambante :
De la cerve|la te coven | gran cura fort...
Et fay o tôt | bolir en ay|ga mesclament...
Aquesta poljvera ti laus | e sa vertu 1 .
i de la
1. ■ De la cemelle il te conv dans l'eau... Je le fais l'éloge de
bois feuillu; reporte? -ni' y.
. De façon charn Et fais bouillir 1(
On pourrait faire choix d'une autre coupe que le 4 + 4+4, par exemple du î + É + 3. Comme il n'est possible de se rendre compte d'un effet que par un exemple, on a essayé ce rythme dans la pièce suivante :
La saison des renoncules d'or, la saison Qui transforme, en écrin scintillant, le gazon, Reparait, les yeux baignés d'amour ; elle éveille La fourmi, dans ses greniers blottie, et l'abeille, Attendant, sous l'abri tiède et clos, le moment Où la fleur, dont le bouton hâtif pointe à peine, Va s'unir, alourdie et pâmée, à l'amant.
Le dieu Pan, chéri des chevriers, dieu charmant, Dieu léger, descends des monts neigeux ; il ramène Tous ces dons, la grâce et le souci du domaine : Le chevreau, qui dans les thyms bondit, gracieux ; Et les pois, et l'oseille avivante, et les oeufs, Et le lait, dormant en flots épais, dans l'argile ; Les caillés, au frais baiser pareils, mets des rois !
Nous pourtant, paisibles et lassés, à Sosyle, N'allons plus, près des ruisseaux chanteurs, dans les bois, Adorer le glorieux Printemps ! Son pied rose, Vainement, sur le Cythore obscur, se repose ; Vainement, Cypris met-elle au cœur les émois : Cependant que dans son lit d'azur, le jour tombe, Nous songeons qu'il n'est pas de printemps pour la tombe.
Observations suggérées par l'emploi de ce rythme : i" Si le vers est bien construit (les vers se maçonnent et se lient comme les murs) ; si les trois tranches qui le composent sont bien accusées, sinon par des pauses à virgules, du moins par des lèves : fortes pour qu'en aucun cas il n'y ait d'Incertitude sur la scansion, il a de la cadence, une allure vive, preste, quasi sautillante, qui fait un singulier contraste avec le ronronnement alangui du 4-I-44-4. On a de la peine à s'imaginer que ces deux rythmes comportent le même nombre de syllabes.
Dans le 3 -J— é — |- 3 la tranche médiane permet plus de développement à la phrase mélodique.
Somme, le
stm \x ï+6 + j ,-ertêbres, et marque bien le pas. Mais i même lui ôte le coulant, et la simplicité qui it aussi bien aux vers qu'aux pucelles. Par exemple, dans le vers suivant, l'ordre des mots est imposé par la nécessité de placer les deux césures à leurs postes :
Le chevreau, qui dans les thyms bondit, gracieux.
Un de ces vieux classiques, si agréablement « bêchés d par les romantiques, aurait dit, tout bonhomme :
Le chevreau gracieux, qui bondit dans les thyms.
Et (entre nous) il aurait eu raison.
3° Dans ce rythme le vers est fait plutôt pour être lu que pour être ouï. Grave défaut. A la lecture, la fin de la ligne indique la place de la rime; mais à l'oreille, comme il arrive que souvent la phrase se termine, de nécessité, avec la tranche de six syllabes, c'est à cette fin de phrase que l'oreille attend instinctivement la rime (ce qui prouve que la règle classique de terminer la phrase avec la fin du vers était conforme à l'instinct rythmique). Et le phénomène se produit ici d'autant plus naturellement que, la tranche du vers précédent étant de trois syllabes, et la tranche initiale du vers considéré étant aussi de trois syllabes, suivies de la tranche de six où la phrase se termine, on a dans l'oreille un î + 3 + 6, qui est une des formes les meilleures, les plus aimables de l'alexandrin classique 1 . On pourrait, il est vrai, construire la la pièce en 2-f-6-f-4 ou en 4 + é-f-z, mais je doute que l'ïambe initial, et surtout l'ïambe terminal, fût d'un effet agréable.
n Dieu charmant,
• Dieu léger, descend des monts oeigsun... »
Feraient entre eus un vers bien autrement mélodieux, que je crois lire dans idylle du divin Chénier :
■ Dieu léger, dieu charmant, descends des monts neigeux I »
et que peut bien valoir un alexandrin ci
e le demande?
Resterait la ressource de faire la tranche du milieu de cinq syllabes. Cela ne me semble guère acceptable. Autant la tranche de sis est nette et saisit l'oreille, autant la tranche de cinq est vague et flottante ' ; il faudrait fixer un repère au moyen d'une lève, ou au moins d'une demi-lève à 6, et alors nous retombons dans l'alexandrin connu, ce qui n'est pas dans le programme. De plus, pour qu'un vers ait sa pleine cadence, il faut, si possible, que les divers membres composants aient, pour le nombre de syllabes, des diviseurs communs. Cela exclut le membre de cinq syllabes.
4° Suite inévitable de la place invariable des césures : nombreux enjambements; impossibilité fréquente de terminer la phrase avec le vers, sans une chute brusque, à cause des trois dernières syllabes qui forment une cadence interrompue. Tout cela disloque le vers. Or, en dépit de l'affirmation un peu(?) vaniteuse d'Hugo :
J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin,
les alexandrins ne sont pas plus faits pour être disloqués que les jolies femmes. Par ces moyens on peut obtenir des effets nouveaux, curieux, piquants, charmants parfois, mais cela ne peut être d'un user courant, à profit de ménage, comme le bon bceuf bouilli des classiques.
Autre conséquence : obligation de rimes sonores pour ne pas laisser l'oreille s'égarer. Nécessaire aussi, dans le débit, d'accentuer fortement la rime et par l'intensité de l'émission vocale, et même par une certaine pause, encore bien que, logiquement, le sens ne l'appelle pas toujours 1 .
r. En voici un eie
.pie t
mprunte
à Banville ;
■ Et
Etolie
et la Phtîotide
éblouie. •
Ceci appartient à \.
Mt*e
wiede v
ers que M. Jnle
Lemaitre appelle
spirituellement
les invertébrés.