‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 32 sur 101 · Ce repos de la · texte numérisé non relu

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Enfin, il est indispensable de n'employer que la césure masculine pour indiquer plus solidement la division des tranches.

5° Observez que si les deux césures sont fortement marquées, une demi-lévc sur la sixième syllabe ne change rien à la marche du vers; mais l'exigé, c'est qu'il n'y ait aucune hésitation sur la place des césures; faute de quoi l'oreille est tentée de transformer le vers en 6 + 6 : adieu l'unité!

Après tout, ces analyses ténues dans l'emploi d'un rythme très particulier, que l'on a observé d'un bout â l'autre d'une pièce, n'ont qu'un intérêt restreint, car cet emploi est borné. L'intéressant, le curieux, c'est de savoir s'il serait possible de mêler, dans une même pièce, les différents types de l'alexandrin à double césure, sans se préoccuper, comme le fait Hugo, d'une dcmi-lève sur la sixième syllabe. Dans le nouveau vers, au contraire, cette sixième devrait rester atone, pour ne pas faire rentrer dans l'ornière du vieil alexandrin , soit classique, soit romantique. C'est cela qui constituerait une véritable révolution dans la métrique!

Par exemple, pourrait-on écrire une pièce où fraterniseraient les types suivants, et d'autres faciles à imaginer :

Lents, courbés, | et sur leurs manteaux | croisant les mains... (C. Mendès.)

Lui qui vécut | dans les murs froids | d'une mansarde... (Coppée.) 1 Et ce cen|tre, tu te sais bien | n'existe point... (Richefin.)

Les clairs feuillages, sous les rayons, | semblaient rire... (Banv.)

Où j'épiais, | de mon ccil de marbre | étonné... (E. Raynaud.) ft Un faune enfant, | tout délabré, | s'accoude encore... (Id.)

S'enfon|ce plus profondément ] dans sa tristesse... (Id.)

Le cher profil | qui fut cruel | dans sa pileur... (L. Denise.) 9 Bruit ou glt | en des somnolences scélérates. (Verlaine.)

Et pour le res|te ! vers telles morts | infamantes. (Id.)

J'ai )oué fair play, j'ai choisi les vers les mieux coupés, il eût été facile, pour démontrer par l'absurde, de choisir des vers informes. Dieu soit loué, le phylloxéra ne s'y est pas mis ; la récolte en est riche,

Remarques :

i° Tous ces vers ont deux césures;

; vers 3, 4, 7, 9, 10 ont des césures enjambantes. Les moins cadencés sont les n° s 3, 4 et 10 parce que l'atone qui suit la première césure est elle-même suivie d'une pause, ce qui transforme cette atone en syllabe de chute et semble enlever une syllabe au vers'.

Écartons ces derniers. Relisons les autres en file indienne. Chacun, pris séparément se cadence. Réunis, non. On ne saisit pas la chaîne qui doit relier le rythme. Ces coupes changeantes leur donnent quelque chose de flottant, d'indécis; l'oreille s'égare et fait effort pour se reconnaître dans le nombre de syllabes; pour atteindre au vol un rythme qui fuit toujours, ni plus ni moins que si l'on voulait empoigner l'eau. Cela proviendrait-il de ce que le fil de l'oraison n'y est pas continu? — J'ai essayé de tisser un bout d'étoffe de cette espèce : je me suis rebuté à la première façure. 11 y avait quelque chose de dérangé a la mécanique. Le dessin ne se suivait pas. Ai-je été simplement mauvais canut ?

Somme, je me permettrai de poser hardiment en principe ce qui

i° Pour se bien reconnaître dans le nombre des syllabes, pour ie balancement musical du rythme, il n'est rien tel que la césure classique a la médiane, avec pause. Elle divise les douze syllabes eu deux parties égales. Numéro tiens impart gaudel , ce n'est pas démon-

:, mais numéro versus pure gaudel, c'est certain 1 .

Ce caractère spontané, si j'ose dire, de la césure médiane est si

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marqué, — j'en appelle à tous ceux de mes maîtres qui ont chevillé, — que la phrase naturelle, jaillissant du cerveau lorsqu'on fait le vers, celle dont on berce son oreille, — dont on se grise parfois, — c'est la phrase formée d'un groupe de sis syllabes. Elle sort toute seule, toute brandie. Tous ces vers à césure dérangée, comme tous ces vers de onze et de treize syllabes, ils ne coulent pas de source, et force est de confesser que, dans leur procréation, le violentent a plus de part que l'amour.

Le témoignage de cette spontanéité harmonique, c'est que, même dans Victor Hugo, sans cesse à l'appétit de la double césure (mais avec syllabe forte au sixième lieu), les vers dans le moule classique sont encore, au bas pied, au nombre de trois contre un' : c'est à désespérer.

J'ajoute : Escrimez-vous à faire des vers à double césure, la sixième syllabe atone. Dans le nombre il s'en trouvera de plus harmonieux, de mieux venus, qui vous feront plaisir. Regardez-y de prés : vous découvrez avec effroi que, manque d'attention, vous avez laissé passer une forte au sixième lieu. Vous vous donnez alors beaucoup de mal pour remplacer la forte par une faible, et, Dieu soit loué, vous êtes enfin parvenu à faire un vers tout à fait moderne, c'est-à-dire moins bon.

2° Excellents aussi les vers romantiques a double césure, avec leur demi-lève à six, discret rappel à l'oreille pour l'aider à scander; excellents surtout à la condition de ne pas les prodiguer constamment, et de s'en servir en temps et lieu pour faire opposition au vers classique, d'allure trop régulière s'il est répété longtemps. De cette sorte de vers on a fait surgir des visions absolument ii avant l'apparition de la fée romantique.

,, je «ik géDteui. J-H «oi» fe 7»! l»P m'assure avec Utetpait que, sur sûiiaiit^-^iui classique. Mais quelle heureuse opjKisitiOT] l'jii .u

d'Hugo, intitulée Gtavc, Ires «lui qui a la césure

juUrais | saisir le monde |

3° Le dodécasyllabe à double césure, sans demi-lève a la médiane, peut être très beau pris isolément. Il a le tort de ne se pouvoir mêler aux dodécasyllabes classiques ni au\ romantiques. On pourra , choisissant un rythme uniforme, faire — non sans quelque peine — de courtes pièces agréables, parfois exquises, mais ceci sera toujours, aux deux autres alexandrins, ce qu'est le taillage d'un onyx à la grande sculpture du Parthénon. Sans vouloir prétendre ici qu'un camée de Dioscoride soit de mince prix!

Peut-on aller plus outre et construire des pièces avec des dodécasyllabes de ce genre, en mêlant les rythmes, sans places fixes pour les doubles césures? — L'avenir le dira, mais j'imagine diffi-

(cilement qu'on puisse jamais, sous cette forme, constituer la poétique d'une époque... ou bien l'oreille de nos descendants ne sera plus faite comme !a nôtre.

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