ENTRE LES DEUX LÈVES
Il a commis l'erreur d'appliquer à la généralité des cas (cela arrive souvent) une règle restreinte à un certain nombre, La pause (scripturalement une virgule), en séparant les deux lèves, remplit en effet l'office d'une atone. Quoi de plus adorable que ces vers de Chénier, combien que, dans le premier, il y ait une lève au sixième et au septième lieu :
Muses ! vous savez tout, vous, déesses, et nous Mortels, ne savons rien qui ne vienne de vous.
Et, en dépit de sa règle, Quicherat n'eût certainement pas osé blâmer ces nobles vers de Racine :
Cieux, écoutez ma voix; terre, prêtez l'oreille!... Temple, renverse-toi; cèdres, jetez des flammes 1 !... Le vers suivant d'Hugo est légèrement ridicule à cause de l'épithète fauve (Hugo manquait souvent de goût), mais le rapprochement des lèves n'y cause aucun heurt :
Et Jean, fauve songeur, qu'en frémissant on nomme... En revanche, le vers suivant, du même poète, est cacophone, pour n'avoir pas de repos entre regard et croit :
Il est là, le regard croît, sous son porche obscur,...
Il faut remarquer que certaines consonnes finales, se prolongeant
après la première lève en contact, affaiblissent l'effet de la rencontre
(sans cependant la rendre jamais aimable). Par exemple, dans le
vers suivant le choc est affreux :
[ont venant après quatre atones : la la in la pouf pouf I — « Inébranlable cime > est m contraire un hémistiche de grande allure, qu'en cherchant bien on rencontrerait certainement dans un de nos bons poètes modernes.
i. C'est bien à tort que Quicherat blâme cet excellent vers de Corneille :
• Et je banniiols, moi, tous ces lâches amants. » Et celui-ci, de Molière :
n Je le savois bien, moi, que vous l'épouseriea,