DE LA PLACE DES LÈVES ET DES PAUSES
1 Ne pas mettre une lève marquée à la onzième syllabe. Sûr, puisqu'elle serait en contact avec la lève de la syllabe rimante. Nous savons aussi que plus le premier des mots en contact est long, plus sensible le défaut.
Jusqu'aux pieds des chevaux les carapaçtms pender
carapaçtms pendent, pas d'hésitation à décider en faveur du sourcilleux roc.
Mais si le premier mol est court », si la lève y est peu marquée,
des dens lÈTf
it résonné a son oreille
fers de Laprade :
Le sacrificateur tombe, le cœur percé. »
le de la prose, et vins aucune -ui-ivn =1,1:1 i l'hémistiche, le choc éprouvant. Mais lorsque L.ipradc lisait ce vers (et c'est ainsi le faisant), il s'arrêtait légèrement après incrifica-
.mbe le et
la grammaire, était appelée, pour ainsi dire, hémistiche dans tons les vers qui l'avaient
nsion suffisait pour changer toute la physio- * préférable, qui
Cette suspension, bien que coi par l'habitude constante d'une pa précédé; et l'on conçoit d'ailleurs ce qui allai! survenir. Cette légère suspe:
nomie du vers et le cadencer. Je recounai pût se débittr sans cent pause artificielle.
i. En général, les monosyllabes à la rime ont besoin d'être précédés : ou deu* syllabes seulement, sans quoi ils fout explosion a la fin du
n Et des femmes,
i. A pas furtifs, ainsi que les hyènes font... • (VEBLAmE.) ■ Jusqu'au Zénith, plafond où l'uptrance va • Se casser l'aile... . (Hugo.) Le vers feil patatras,
disparait même. En dépit de la rencontre de roseaux et de verts, ce vers d'Hugo n'a rien de choquant :
Les sables, les graviers, l'herbe et les roseaux verts.
En ceci, comme partout, affaire de nuance.
Si le monosyllabe est un mot très important, fortement frappé de l'accent oratoire; si, de plus, il est précédé d'une pause marquée, il peut, à l'occasion, couronner royalement un vers :
Oui. — Combien de vivutits êtes-vous ici? — Trois. (Hugo.) Je la tire du sein ; tu l'aimes aussi, toi. (Ir>.)
Dans le vers suivant de Louisa Siefert, la pause après la cinquième syllabe détruit la cadence, mais c'est un effet voulu, et le mot rien termine excellemment la pièce. Il est, d'infortune, précédé de épigraphe fut, c'est-à-dire d'un monosyllabe explosif après un long mot, avec circonstance aggravante de l'allitération de/ ;
Cette existence, dont l'épigraphe fat : Rien.
Mais quoi de plus charmant que ces vers de Hérédia, où, dans le premier, le monosyllabe de la fin est précédé d'une forte pause ;
Aux pentes de l'Othrys l'ombre est plus longue. Reste, Reste avec moi, cher hôte, envoyé par les dieux.
2° On ne peut mettre de lève sur la septième syllabe, car, s'il n'y a pas de pause après la sixième, elle serait en contact avec celle-ci 1 . Et pire encore la coulpe s'il y a, après la septième syllabe, une pause qui marie plus étroitement la sixième et la septième :
Retiens ceci : je peux tout, | mais je ne peux rien... (Hugo.) Mais laissons l'empereur faire... | Adieu, le temps presse, (lu.)
* En simple plai H faut remarquer que, dans
ant brunete | ai tôt mon cuer mis. n :e cas, la septième syllabe terminait' fortes à la sisième et à la septième.
Comme l'écrit tris bien M. Brunetiere a propos du premier de ■s : o les plus belles théories du monde sur la « dîssonnance j> ne feront jamais que cette ligne soit un vers français '. »
Cela ne changerait rien à l'affaire si cette septième syllabe était iuivie d'un e muet, suivi lui-même d'une pause :
Comme par une main noire, dans la nuit... (Hugo.) Leur regard est souvent fauve, jamais moqueur, (Id.)
Car cette pause oblige toujours à unir plus étroitement les syllabes coupables 1 .
Je ne sais pas m'expliquer, je le confesse, comment l'oreille d'Hugo a pu se faire à cette discordance, aussi pénible qu'une note fausse à l'oreille d'un musicien. Réduit aux conjectures, j'imagine qu'il aura cherché « un effet », en faisant succéder une tranche de pure prose à des vers cadencés. Soit. Mais alors il ne faut pas donner a la phrase une fausse apparence de césure. Mieux vaut dire tranquillement avec M. Verlaine :
Le cauchemar d'une incessante mise en scène.
Ou bien ;
La fille de ma portière s'est mariée (ffl, c'est un vers; il y a le compte, comme chei M. Verlaine).
Et dire qu'Hugo, qui, dans la sérénité de sa conscience, a cassé de la sorte au rythme le col du fémur, n'a jamais eu le courage de
i. Il y a donc des théories sur Ij dissonnance, au moyen de quoi l'on peut expliquer ces sortes de versî Je confesse que je les ignore. A Ij campagne on ignore tant de choses I II m'est bien avis, cependant, qu'ici ce n'est point affaire de dissonnance, mais de discordance. Si la discordance était visée, le coup a donné dans le noir.
a. La division en 7-f 5 (comme ferai! aussi la division en 5 +7, car il importe peu quelle tranche commence) a un autre résultat : le vers est partagé eu deux parties inégales presque égales. Tous les architectes vous diront que cette proportion, dans une &tade comme dans un plan, est tout ce qu'il y a de plus fâcheux. Le vers ne se comporte pas autrement. Le très noble poète, Sully-Prudhontmc, n'a pas donné dans le vrai lorsqu'il a écrit : • Dans le vers d'un nombie impair de syllabes, la césure se place de manière a répartir le* syllabes Ju vers le moins inégalement possible. ■ C'est le contraire qu'il faudrait dire.
faire rimer un singulier avec un pluriel ! Il avait peur de choquer son œil, certes! mais son oreille, non 1 .
Après cela, il y a des effets qui peuvent être tirés de la violation même des règles. Qui oserait blâmer Chênicr d'avoir mis une lève sur la septième syllabe dans l'admirable vers suivant :
Le quadrupède Héiups fuit; l'agile Crantor, Le bras levé, l'atteint.
Cette progression ascendante, ce mouvement pressé, cette chute brusque, énergique après Hèlùps, qu'est-ce que tout cela deviendrait, si l'on accentuait le vers régulièrement, en faisant de Crantor le régime de fuit :
Le quadrupède Hélops ] fuit l'agile Crantor.
On aurait un beau vers sonore, mais lent et froid. Besoin est-il d'ajouter, après ce qui a été dit de la lève sur la onzième syllabe, que si la septième syllabe portant lève est entre deux pauses, non seulement le heurt disparaît, mais encore l'équilibre du vers n'est nullement rompu. Il devient un vil alexandrin classique :
Toi, tes nuages noirs, toi, tes haillons hideux. (Hugo.) 3° Puisque 7+5 ou 5 + 7, c'est jus vert ou vert jus, ce que l'on a dit de 1a septième lève Rapplique tout entier à la cinquième. Suffise de citer :
Il fut attendri rien qu'en le voyant marcher. (Hugo.) Quand il expira, vide(?) et riche comme Tyr. (Id.)