‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 54 sur 101 · I78 LZS CLA5SKJUM ONT DONNÉ 5A VRAIE PU.CB A LA RIKI · texte numérisé non relu

I78 LZS CLA5SKJUM ONT DONNÉ 5A VRAIE PU.CB A LA RIKI

Qjaand je dy que la rythme doibt estre riche, je n'entends qu'elle soit contrainte et semblable à celles d'aucuns qui pensent avoir fakt un chef d'ceuvre en François, quand ils ont rymé un imminent et un eminent, un miscrkardieusmml et un mélodieusement... encore qu'il n'y ait sens ou raison qui vaille; maïs la rhythme de nostre poète sera volontaire, non forcée; receué, coq appelée; propre, non aliénée; naturelle, non adoptive. Bref, elle sera telle, que le vers tombant en icelle, ne contentera moins l'oreille que une bien amoureuse musique tombante en un bon et parfait accord.

Ce pauvre du Bellay, naturellement, fut fort injurié. n Ne defendz pas aux autres ce que lu desespères pouvoir parfaire, » lui crie Charles Fontaine.

Cependant Ronsard et ses amis abandonnèrent la rime léonime et la rime équivoquée, mais ils s'adonnèrent constamment à la rime riche, à l'aide d'inversions multipliées. Dans ce genre de rime excella Régnier, sans que pourtant chez lui elle soit autrement que « volontaire », non « forcée ».

Malherbe lui-même sacrifia à la rime riche lorsque l'inspiration (qu'il n'eut jamais terrible) se tarissait de pîus en plus, a Sur la fin de sa vie, dît son élève Racan, il étoit devenu rigide en ses rîmes... et s'étudioit fort à chercher des rimes rares et stériles, sur la créance qu'il avoit qu'elles lui faisoient produire quelques nouvelles pensées (c'est proprement le procédé de nos poètes modernes, et dont ils se vantent), outre qu'il disoit que cela sent son grand poète de tenter des rimes difficiles qui n'avoient point encore été rimées. »

Les classiques, Corneille, Racine, Boileau, Molière, ont donné sa vraie place à la rime, et Port-Royal a porté sur elle un jugement fort

beauté des vers sens que trop s<

: gène, quoique agréable et très nécessaire pour la aut mieux y être un peu libre pour favoriser un beau

Impossible de mieux dire. Sacrifier l'exactitude de la pensée à la richesse d'une rime, c'est proprement ravaler la poésie. La poésie est pour autre chose que cela. Qu'eût dit le divin Homère, si

M. de Banville était venu lui affirmer que la poésie, c'était l'art d'assembler des rimes riches avec des chevilles bien dissimulées ! Boileau, dans une tirade de vers assez plats 1 , en a frappé un qui mérite de rester :

La rime est une esclave et ne doit qu'obéir.

C'est là le difficile de la faire obéir, mais c'est le sine qtta non. C'est pour cela que loin de l'arrêter toujours à l'avance ne varieiur, selon le procédé Banville, il faut, si du coup elle ne colle pas à votre pensée, en essayer successivement plusieurs, jusqu'à ce qu'enfin la vraie, la bonne, éclate à la fois à la pensée et a l'oreille. Tel est certainement le procédé de Racine, de Chéuier, de Lamartine. Quant à Hugo, il n'inscrivait certes pas ses rimes à l'avance comme des lépidoptères piqués sur une planche de liège. Le premier mot sonore qui répondait à sa pensée se présentait naturellement. C'est presque toujours une splendide image. La seconde rime, choisie uniquement à cause de sa richesse, forme souvent un rapprochement incohérent, et c'est l'art du poète de le dissimuler (s'il peut). Souvent c'est le vers tout entier qui est un bouche-trou.

Tu verras par moments le fronton blanc d'un temple,

Avec la methitie auguste de. l'exemple,

Se montrer à demi derrière un bois vermeil.

C'est le chapeau 1 qui est auguste ! Je veux bien être étranglé si je comprends pourquoi un fronton est un exemple, et en quoi un exemple peut avoir de la modestie I

Parfois l'obligation sotte d'alterner les rimes féminines et masculines amène deux chapeaux de suite : un pour l'hiver, l'autre pour l'été. A témoins les vers grotesques qui déparent (avec d'autres) la pièce épique d'Aymerillot ;

. Échantillon : « Lorsqu'à lo bien chercher i. Dan! le jargon des rimeurs, un chapeau tt

Les:

Et pardieu! j'oubliais

x énormes tours en pierre Je liais

Voilà de ces grossières k ficelles a que vous ne rencontrer jamais chez les poètes absolument sincères, tels que Racine.

Mais à quoi n'ont pas songé les adorateurs de la rime riche, c'est à l'insupportable monotonie de leurs vers. Les rimes riches, par elles-mêmes, sont peu nombreuses. De ce petit nombre il en faut encore exclure les mots qui ont trop de rapport de sens, comme horreur-terreur, etc.; il en faut exclure les mots composés sur le même radical, comme parvctiu-revetiu, etc. ; il en faut exclure les mots prosaïques, ou vulgaires, ou plats, ou bêtes (en dépit des railleries de Banville et d'Hugo, langue de la poésie et langue de la prose sont deux). Les mots qui restent disponibles sont en nombre si limité qu'en entendant un vers on peut, avec faible chance d'erreur, annoncer la rime qui le suivra. Jadis, guerrier appelait laurier, et montagne, campagne. Aujourd'hui, dites rose, j'attends morose; dites cœur, j'atlends vainqueur; dites toile, j'attends étoile, et vingt-neuf fois sur vingt-huit je ne me tromperai pas.

Aussi découvrir dans quelque vocabulaire technique une rime baroque, non encore employée, est devenu un titre de gloire. La rime baroque, n'est-ce pas la beauté des bouts-rimés? Gautier conseillait au poète la lecture des dictionnaires des métiers, et c'est fort sérieusement que Banville écrit :

Je vous ai dit de ne lire que votre livre (sk) en fait de poésie ; mais je ne vous interdis pas, je vous ordonne au contraire de lire, le plus qu'il vous sera possible, des dictionnaires, des encyclopédies, des ouvrages techniques traitant de tous les métiers et de toutes les sciences spéciales, des catalogues :, des livrets des musées, enfin tous les livres qui pourront augle répertoire des mots que vous savez.

Ceci n'est pas affaire d'un poète, mais d'une de ces dames

patientes qui font des couvre-pieds avec des rognures de toute espèce d'étoffes cousues ensemble.

I! est nécessaire, pour ne pas rabâcher éternellement les mêmes rimes, de fournir au poète la possibilité d'user de rimes moins éculées que les rimes romantiques, sans tomber pourtant dans l'extravagance des rimes insolites. C'est avec un vrai bon sens que Voltaire écrit dans une des lettres servant de préface a son Œdipe :

J'ai fait rimer hnvs à tombaux, cfinhigiûn à poison, etc. Je ne défends point ces rimes parce que je les ai employées; mais je ne m'en suis servi que parce que je les aï crues bonnes. Je ne puis souffrir qu'on sacrifie à la recherche de la rime toutes les autres beautés de la poésie, et qu'on cherclic plutôt a plaire à l'oreille qu'au cceur et à l'esprit.

Si fait, Voltaire, il faut plaire à l'oreille en même temps qu'au reste, mais ce qu'il fallait dire, c'est que la beauté d'un vers à l'oreille ne consiste pas toujours dans l'emploi de la consonne d'appui. On pourrait même ajouter que la recherche trop grande de 1a rime peut être un signe de la pauvreté de l'imagination (on comprend que je ne dis pas cela pour Hugo!) ou de la pauvreté des idées (je crois que cette fois on pourrait quasi le dire).

Véritablement l'on ne sent pas que les délicieux vers qui suivent aient l'impérieux besoin de la consonne sacrée :

Solitude où j'éprouve une douceur secrète, lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais! Oh! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles I (la Fontaine.)

s Musset, parmi les poètes qui ont eu la vogue, Baudelaire , le seul qui ne soit pas embabouiné de la rime riche. Ce qui suit était pour faire frémir le pauvre Banville :

Encore la plupart n'ont-ils jamais connu La douceur du foyer, et n'ont jamais vécu.

au contraire combien M. Coppée s'astreint à dir.

choses les plus simples, quelquefois les plus prosaïques, en rimes richissimes.

Chez les Lyonnais je ne vois que Soulary et, après lui, M 11 ' Siefert qui aient tenu à rimer à la moderne. Jean Tisseur faisait remarquer que l'honneur d'avoir invente la rime riche n'appartenait pas aux romantiques, et il considérait qu'a ce titre Régnier (il aurait pu ajouter tous les poètes du xvi e siècle) était leur père. Il écrivait sur un carnet :

Chez Régnier la recherche de 1a rime retentissante est visible. A ce titre il a engendré Méry et tous les forts rimeurs de ce temps. De là, encore, peu de composition ; les idées ne sortent pas les unes des autres avec ordre. C'est que la rime les tire & elle suivant ses exigences. Nous avons aujourd'hui la rime si riche qu'elle en fait calembour; la rime tellement extraordinaire que l'esprit ne peut plus se préoccuper d'autre chose que savoir comment l'auteur s'en tirera pour en amener une seconde. Quand il a réussi à la trouver sans trop de peine visible, nous applaudissons intérieurement, mais en même temps nous perdons de vue le sujet; et après un ahurissement de sons, tous plus extraordinaires les uns que les autres, nous ne savons plus oii en est l'auteur; rien n'est clair dans notre esprit, si ce n'est que l'oreille nous bourdonne 1 .

Jean Tisseur avait accoutumé de dire que la rime, telle qu'on la cherche aujourd'hui, est un clou où îe vers est suspendu, ou plutôt une patère large comme un chapeau. Le vers tombe comme un gros drap, à plis roides et droits, mais ne se modèle plus sur la pensée, tandis qu'au contraire, pour bien saisir le relief des formes sur lesquelles s'appuie le vêtement, il faudrait, à l'exemple des anciens statuaires, mouiller le lin dont on les recouvre.

Selon Jean Tisseur, Chénier seul avait compris le juste mouvement du rythme :

Dans son vers, pas plus que dans celui de Boileau, la rime ne joue un rûle trop prépondérant; mais l'alexandrin de Boileau, qui sortait de la forge, est resté roide souvent. Celui de Chénier est souple. A sa suite,

i. Pour Barthélémy et Jean Tisseur la rime devait tellement sortir de h pensée et non la pensée de la time, qu'ils ne possédèrent jamais ni l'un ni l'autre un dictionnaire de rimes.

l'école moderne a voulu le vers souple, mais elle ne s'est pas aperçue qu'en y voulant joindre une rime constamment riche, il n'y a pas de vers souple possible. Le coup de timbre que frappe au bout de l'hexamètre la rime trois fois retentissante est autrement monotone que la césure cassée au sixième pied. Si nos bœufs marchent d'un pas moins égal, deux â deux, comme dit Alfred de Musset, ils marchent en portant au col le bourdon de Notre- Dame. Ils sont restés lourds. Ce sont des bœufs qui font des faux pas.

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