‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 56 sur 101 · EN ANGLAIS L'EXTRÊME IDENTITÉ DES SONS CONSTITUE LA RIME FAUVÏ · texte numérisé non relu

EN ANGLAIS L'EXTRÊME IDENTITÉ DES SONS CONSTITUE LA RIME FAUVÏ

jpui, parce qu'ainsi l'a prouvé la coutume. Foi est argument des choses de nulle apparence, disent les Sorbonnistes. Banville avait la foi, et i! n'eût pas fait bon lui dire que la consonne d'appui n'était peut-être qu'une « superstition a destinée à disparaître au <t beau de la science ».

Tout un chacun n'a pas la foi de Banville. Il estime que Boileau ne rimait pas exactement en faisant rimer abbé- de Pure avec figure, et qu'il eût fallu l'abbé de Gure. Les Anglais, au rebours, estiment que Pure rime avec figure, mais que figure ne rime pas avec dire. Et si n'ont-ils pas l'oreille autrement que la nôtre.

En anglais, ne riment que le; mots où la syllabe rimante n'est pas précédée de la même consonne.

En français l'extrême identité des sons constitue la rime riche; en anglais l'extrême identité des sons constitue la rime pauvre. Un poète anglais fera rimer staff avec cal/, quoique a soit bref dans le premier et long dans le second ', mais il ne fera pas rimer correctement hùght et nigbt, parce que les deux mots se prononcent c même : nalte. Aussi notre amour de la rime riche est-tl, aux yeux des Anglais, une aberration de l'esprit français.

Ceci est beaucoup moins absurde que ne l'eût cru Banville, répond, au fond, à un instinct harmonique. Ce n'est pas pour I< pur amour du médire que Laharpe reprochait à Gilbert d'user de rimes trop riches.

Remarque bien, lecteur, qu'en français nous goûtons la rime riche, mais que nous réprouvons la rime trop riche :

prodigue alité.

On volt à l'hôpital main Qui pleure amèrement s

Cette trop longue homophom'e nous fatigue, et l'identité des sons provoque une fausse identité d'idées. Cette délicatesse est u peu plus poussée chez les Anglais que chez nous : voila tout. I Romantiques admiraient fort ces rimes de Corneille :

i. Les Anglais ont parfois de drôles de rimes. Pope fail rimer stitl et milable,

faine a F Que tous si

Les Anglais trouvent pénibles ces deux devoir, dont on ne sait d'abord pas très bien distinguer quel est le substantif et quel est le verbe.

Après tout, c'est une question que de savoir si les Anglais ne donnent pas dans le vrai de la chose. Leur sentiment est parfaitement défendable, et s'étaye d'aussi bonnes raisons qne le nôtre. Il n'est pas impossible que, s'il se formait en France une nouvelle école proscrivant la rime avec consonne d'appui, elle ne prît un jour le dessus. Et dans cent ans d'ici, nous pourrions voir (voir est une image) un dictionnaire classant les rimes à l'inverse de celui de N. Landais, id est n'associant que celles qui n'ont pas la même consonne d'appui et proscrivant les autres.

Parmi toutes les bourdes de nos traités de versification, la plus bourde est sans doute l'obligation de

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