‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 57 sur 101 · RIMER POUR LES YEOX · texte numérisé non relu

RIMER POUR LES YEOX

On a déjà fait remarquer (page j) que le vers étant une sorte particulière de musique, il doit être fait uniquement pour l'oreille. Autrement, c'est comme si vous disiez que tous ces petits pochons à cheval sur des lignes horizontales qui composent une sonate de Mozart, sont écrits pour le plaisir de les lire, et non d'entendre les sons qu'ils expriment.

Pourtant, tous les auteurs des traités de versification exigent que, pour la satisfaction de l'œil, les consonnes muettes qui suivent la voyelle rimante soient identiques (ou prétendues équivalentes) dans les deux mots à la rime.

Dans leur ignorance de la grammaire historique, les grammairiens n'ont pas seulement eu l'idée de cette chose si simple, c'est que les exigences de la rime dite correcte remontent à une époque où les consonnes finales n'étaient pas encore devenues muettes,

ISS AU XVI* StSCLE

Il faut tenir pour assuré que toute consonne muette s'est prononcée à l'origine, sans quoi sa présence dans le mot serait inexplicable, « S'il est un principe que la philologie comparative et historique ait mis hors de doute, dit M. Gaston Paris, c'est que les différences graphiques, à l'origine, correspondent toujours à des différences graphiques; en d'autres termes que tout caractère distinct a d'abord représenté un son distinct, a

La prononciation des consonnes finales tomba d'abord lorsque le mot suivant, commençant par une consonne, était iié avec le précédent sans aucun repos. Encore au sn* siècle, le moindre repos, celui d'une virgule, par exemple, appelait la prononciation des consonnes finales 1 .

Dans sou bilrodudorie for to lern to speke Frencb truly, Dewes (le Français du Guez) explique aussi que la dernière lettre de chaque mot finissant en s, I, p est insonore, hormis le cas où Von doit faire un repos sur ce mot 3 .

A la fin du vers, la consonne finale se prononçait toujours ï.

Les grammairiens français sont d'accord avec du Guez. Fabri demande l'élision, à la fin des mots, de Vs et de IV; Meigret, l'élision de Ys dans les, des, es; Ramus, de l'j et du /; quelquefois de IV et de l't, etc. Mais le plus léger repos de la voix faisait immédiatement reparaître ces consonnes*.

Geoffroy Tory allait plus loin et il regrette que les dames de Paris laissent » le s finalle de beaucoup de dictions, quand elles disent : Nous avons mengé des prune blanche et noire, des amende

ï. Every frenche worde comynge next unto a poynt... or... comma; or virgula.... al suche words shal soimde theyr last letters distincily or rcmissely : and so shal ail the lasi «'ordes in the Iynes of suche thynges as bc made io ryme. (Palsgbave, édit. GéDin. p. 19.)

a. The seconde rule. Also in redyng frenche, ye shall leave the last letter of every worde uusounde, enilyng in s, t jnd p, save of thu saint worde wherupon ye do prouounce everv worde hv hynisclFe. I.n: i.^ lu sav, rviTvng upon the samc, you ought for lo prou ou iut .'.lui souri Ju litm thorowe.

3. For the truc pronoms, og 0! tbyngÇè 9 rites in ryme» ir is to he nottd, that the last wordes of the Iynes slialî ever souude theyr consonaules whiche folowe after theyr last vowels. (Palsgrave, p. 60.)

Page 1