‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 64 sur 101 · POUR LES YEUX · texte numérisé non relu

POUR LES YEUX

Le dictionnaire de rimes de Lanoue (vers 1625, je crois) est fait par un homme qui connaît son métier, sur le principe de la rime pour l'oreille. Déjà, à cette époque, toute différence entre la prononciation de oit et de oient avait disparu. Il trouve donc très naturel de les faire rimer :

Qjie si on ne veut escri l'assemblage de mots de rat escrits : veu que la bonne ou firie, et non de l'œil, pour l Si donc celui qui aura escri

comme on parle, qu'on ne tro

e pronontiation, quoiqu'ils soient dijj, ! reuiment

wvaise rime se discerne de Y oreille, estant pro~

iitilitihk qu'elle tiyt sur le papier en Yescrittire.

Ceux qui tant de lien luy donnaient, Maintenant il les me'cognoist,

Trouve cette rime mauvaise contre l'opinion de ceux qui lui orront prononcer, qu'il la baille à lire à un autre pour en juger, et son ouye lui fera juger ce que sa veue (incapable juge d'un tel procès) lui faisoit réprouver '.

Pourquoi les dictionnaires de rimes subséquents n'ont-ils pas suivi Lanoue à cet égard? — Pour ce qu'il y avait les pédants, les grammairiens.

Ceux-ci s'imaginaient faire d'autant plus montre de science qu'ils témoignaient plus d'exigences. Ils ne démontraient que leur igno-

. Bcllatigcr, pagu 18».

rance de l'ancienne grammaire et des lois qui régissaient la métrique de leurs pères. Qui trop veut faire le savant, aucunes fois il fait la bétc.

Mais quoil les grammairiens eux-mêmes ne sauraient penser à tout.

Lanoue avait écrit à oing :

Oing. Tous les mots que la coutume attribue à cette terminaison se trouveront à celle en oin, où ils sont placez, à meilleur droict que sous celle-ci, d'autant qu'on ne prononce point le g.

Pour rimer à l'œil, il aurait fallu séparer les rimes en oing de celles en oin. On oublia de ce faire, et les dictionnaires de rimes, y compris îc sévère Richelct, copiant Lanoue, admettent la rime coing et soin, sans songer qu'il faut alors admettre la rime sang et Persan! — Le patriarche Quitard fut plus logique, et encore dans une édition de son dictionnaire, sans date, mais postérieure a 1884, peut-on lire : « Les mots en oing ne riment pas avec ceux en oin, quoiqu'ils se prononcent de même, a

M. Pujol et M. Landais autorisent les rimes soin-coing, mais ils proscrivent toujours sang et Persan, parce qu'ils l'ont trouvé ainsi dans le précédent dictionnaire, qui l'avait pris dans le précédent, et ainsi de suite jusqu'au premier, qui, lui, avait proscrit ces rimes parce qu'on prononçait alors sank'.

La sottise de la rime pour les yeux avait frappé Voltaire. Il n'était guère poète, il est vrai, mais il avait infiniment de bon sens :

La bizarrerie de l'usage, ou plutôt des hommes qui l'établissent, écrivait-il dans sa préface d'Œdipt, est étrange sur ce sujet, comme sur bien d'autres. On permet que le mot abhorre, qui ; n'en a qu'une. Par la même raison, tonnerre pire et mire. Cependant on ne le souffre pas *, 1 e injustice.

le, d'après Pal-.gr.ive, la prononciation de c et g finals dans blanc et

nir, nuis faiblement (rimissely inundtil). I.i consonne devait

(n UlUl sotntdé). Il y avait sans doute des variétés dialectales. A

et terre devraient rimer ;t personne ne réclame a

t Malherbe qui a

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